PLINIUS ROMANO SUO SALUTAT
6, 33

Pline avocat lors d'un grand procès à Rome
 
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[6,33] PLINIUS ROMANO SUO SALUTAT
 
(1) 'Tollite cuncta' inquit 'coeptosque auferte labores !' Seu scribis aliquid seu legis, tolli auferri iube et accipe orationem meam ut illa arma diuinam - num superbius potui? -, re uera ut inter meas pulchram; nam mihi satis est certare mecum. (2) Est haec pro Attia Viriola, et dignitate personae et exempli raritate et iudicii magnitudine insignis. Nam femina splendide nata, nupta praetorio uiro, exheredata ab octogenario patre intra undecim dies quam illi nouercam amore captus induxerat, quadruplici iudicio bona paterna repetebat. (3) Sedebant centum et octoginta iudices - tot enim quattuor consiliis colliguntur -, ingens utrimque aduocatio et numerosa subsellia, praeterea densa circumstantium corona latissimum iudicium multiplici circulo ambibat. (4) Ad hoc stipatum tribunal, atque etiam ex superiore basilicae parte qua feminae qua uiri et audiendi - quod difficile - et - quod facile - uisendi studio imminebant. Magna exspectatio patrum, magna filiarum, magna etiam nouercarum.







(5) Secutus est uarius euentus; nam duobus consiliis uicimus, totidem uicti sumus. Notabilis prorsus et mira eadem in causa, isdem iudicibus, isdem aduocatis, eodem tempore tanta diuersitas. (6) Accidit casu, quod non casus uideretur: uicta est nouerca, ipsa heres ex parte sexta, uictus Suburanus, qui exheredatus a patre singulari impudentia alieni patris bona uindicabat, non ausus sui petere.





(7) Haec tibi exposui, primum ut ex epistula scires, quae ex oratione non poteras, deinde - nam detegam artes - ut orationem libentius legeres, si non legere tibi sed interesse iudicio uidereris; quam, sit licet magna, non despero gratiam breuissimae impetraturam. (8) Nam et copia rerum et arguta diuisione et narratiunculis pluribus et eloquendi uarietate renouatur. Sunt multa - non auderem nisi tibi dicere - elata, multa pugnacia, multa subtilia. (9) Interuenit enim acribus illis et erectis frequens necessitas computandi ac paene calculos tabulamque poscendi, ut repente in priuati iudicii formam centumuirale uertatur.




(10) Dedimus uela indignationi, dedimus irae, dedimus dolori, et in amplissima causa quasi magno mari pluribus uentis sumus uecti. (11) In summa solent quidam ex contubernalibus nostris existimare hanc orationem - iterum dicam - ut inter meas ὑπὲρ Κτησιφῶντος esse : an uere, tu facillime judicabis, qui tam memoriter tenes omnes, ut conferre cum hac dum hanc solam legis possis. Vale.




 
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(1)
Suspendez, leur dit-il, vos travaux commencés. Et vous aussi, soit que vous écriviez, soit que vous lisiez, abandonnez, quittez tout pour prendre mon divin plaidoyer, comme les ouvriers de Vulcain pour forger les armes d'Énée. Pouvais-je plus fièrement débuter? Aussi s'agit-il du meilleur de mes plaidoyers : car c'est bien assez pour moi de lutter avec moi-méme. Je l'ai composé pour Accia Variola. Le rang de la personne, la singularité de la cause, la solennité du jugement lui donnent de l'intérêt. Cette femme, d'une naissance illustre, mariée à un homme qui avait été préteur, s'était vue déshéritée par un père octogénaire, onze jours après qu'entraîné par une folle passion il avait donné une belle-mère à sa fille. Elle revendiquait sa succession devant les quatre tribunaux des centumvirs réunis. (3) Cent quatre-vingts juges siégeaient dans cette affaire : c'est tout ce qu'en renferment les quatre tribunaux. De part et d'autre, les avocats remplissaient en grand nombre les sièges qui leur avaient été destinés. La foule des auditeurs environnait de cercles redoublés la vaste enceinte du tribunal. On se pressait même autour des juges, et les galeries hautes de la basilique étaient encombrées, les unes de femmes, les autres d'hommes, avides d'entendre, ce qui n'était pas facile, et de voir, ce qui était fort aisé. Grande était l'attente des pères, des filles, et même des belles-mères.

(5) Les avis se partagèrent : deux tribunaux furent pour nous, et les deux autres contre. C'est chose remarquable et surprenante qu'une même cause, plaidée par les mêmes avocats, entendue par les mêmes juges, ait été dans le même temps si diversement jugée, ce semble par un effet du hasard, mais sans qu'il parût s'en être mêlé. Enfin la belle-mère a perdu son procès. Elle était instituée héritière pour un sixième. Subérinus n'a pas eu plus de succès, lui qui, après avoir été déshérité par son père, sans avoir jamais osé se plaindre, avait l'impudence de venir demander la succession du père d'un autre.

(7) Je vous ai donné ces détails, d'abord pour que ma lettre vous apprît ce que mon plaidoyer ne pouvait vous apprendre ; et puis, je vous avouerai mon artifice, pour vous mettre en état de lire mon discours avec plus de plaisir, quand vous croirez moins lire un plaidoyer qu'assister à un jugement. Quoiqu'il soit long, j'espère qu'il vous plaira autant que s'il était des plus courts : car l'abondance des matières, l'ordre ingénieux des divisions, les courtes narrations dont il est semé, et la variété de l'expression semblent le renouveler sans cesse. Vous y trouverez tour à tour (je n'oserais le dire à d'autres) de l'élévation, de la vigueur, de la simplicité. En effet, j'ai souvent été obligé de mêler des calculs à ces choses nobles et véhémentes, et de demander presque des jetons et un registre; si bien que le tribunal des centumvirs semblait changé tout à coup en tribunal domestique.

(10) J'ai donné l'essor à mon indignation, à ma colère, à ma douleur, et, dans une si grande cause, j'ai manœuvré, comme en pleine mer, sous plusieurs vents différents. En un mot, la plupart de mes amis regardent ce plaidoyer (je le répète) comme mon chef-d'oeuvre. C'est ma harangue pour Ctésiphon. Vous en jugerez mieux que personne, vous qui connaissez si bien mes plaidoyers : il vous suffira de lire celui-ci pour le comparer à tous les autres. Adieu.


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