PLINIUS ATTIO CLEMENTI SUO SALUTAT
4, 2

Un père indigne
 
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[4,2] PLINIUS ATTIO CLEMENTI SUO SALUTAT
 
(1) Regulus filium amisit, hoc uno malo indignus, quod nescio an malum putet. Erat puer acris ingenii sed ambigui, qui tamen posset recta sectari, si patrem non referret. (2) Hunc Regulus emancipauit, ut heres matris exsisteret; mancipatum - ita uulgo ex moribus hominis loquebantur - foeda et insolita parentibus indulgentiae simulatione captabat. Incredibile, sed Regulum cogita. 




(3) Amissum tamen luget insane. Habebat puer mannulos multos et iunctos et solutos, habebat canes maiores minoresque, habebat luscinias psittacos merulas: omnes Regulus circa rogum trucidauit. (4) Nec dolor erat ille, sed ostentatio doloris. Conuenitur ad eum mira celebritate. Cuncti detestantur oderunt, et quasi probent quasi diligant, cursant frequentant, utque breuiter quod sentio enuntiem, in Regulo demerendo Regulum imitantur.



(5) Tenet se trans Tiberim in hortis, in quibus latissimum solum porticibus immensis, ripam statuis suis occupauit, ut est in summa auaritia sumptuosus, in summa infamia gloriosus. (6) Vexat ergo ciuitatem insaluberrimo tempore et, quod uexat, solacium putat. Dicit se uelle ducere uxorem, hoc quoque sicut alia peruerse. (7) Audies breui nuptias lugentis nuptias senis; quorum alterum immaturum alterum serum est. Unde hoc augurer quaeris ? (8) Non quia affirmat ipse, quo mendacius nihil est, sed quia certum est Regulum esse facturum, quidquid fieri non oportet. Vale.




 
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(1) Regulus a perdu son fils; c'est le seul malheur qu'il ne méritait pas, parce qu'il ne le regarde peut-être pas comme un malheur. C'était un enfant d'un esprit vif, mais équivoque; il aurait pu cependant suivre la bonne voie, s'il n'eût ressemblé à son père. Regulus l'émancipa pour qu'il pût recueillir la succession de sa mère. 
Après l'avoir ainsi acheté (c'est le mot que suggérait à chacun le caractère de l'homme), il le courtisait en vue de son héritage en affectant une indulgence aussi indigne que rare chez des parents. C'est incroyable, direz-vous ? Mais songez qu'il s'agit de Regulus.

(3) Cependant maintenant qu'il l'a perdu, il le pleure follement. L'enfant avait un grand nombre de poneys gaulois pour le char et la selle; il avait des chiens grands et petits, il avait des rossignols, des perroquets et des merles; Regulus a tout fait égor- ger sur le bûcher. Ce n'était pas douleur, mais étalage de la douleur. Une foule incroyable s'empresse autour de lui. Tous le maudissent, le détestent, et pourtant, comme s'ils l'estimaient, comme s'ils l'aimaient, ils accourent, se pressent; pour dire en un mot toute ma pensée, afin de faire sa cour à Regulus, on imite Regulus. 

(5) Il s'est retiré au delà du Tibre dans ses jardins, où il a pris un vaste espace pour ses immenses portiques, la rive pour ses statues, car il sait unir la magnificence à la lésine et la vanité à l'extrême infamie. Il dérange tout le monde dans la saison la plus malsaine, et déranger est pour lui une consolation. Il dit qu'il veut se remarier nouvelle inconséquence à joindre à tant d'autres. Bientôt on apprendra les noces d'un homme en deuil, les noces d'un vieillard, quoique ce soit se marier et trop tôt et trop tard. D'où je tire cette prévision, demandez-vous ? (8) Non de sa propre affirmation, car c'est le plus menteur des hommes, mais de cette certitude que Regulus fera tout ce qu'il ne devrait pas. Adieu.

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