Versions grecques

ter



                                                                                                                                                                 


Honore ton âme


αὐτίκα παῖς εὐθὺς γενόμενος ἄνθρωπος πᾶς ἡγεῖται πάντα ἱκανὸς εἶναι γιγνώσκειν, [727β] καὶ τιμᾶν οἴεται ἐπαινῶν τὴν αὑτοῦ ψυχήν, καὶ προθυμούμενος ἐπιτρέπει πράττειν ὅτι ἂν ἐθέλῃ· τὸ δὲ νῦν λεγόμενόν ἐστιν ὡς δρῶν ταῦτα βλάπτει καὶ οὐ τιμᾷ· δεῖ δέ, ὥς φαμεν, μετά γε θεοὺς δευτέραν. οὐδέ γε ὅταν ἄνθρωπος τῶν αὑτοῦ ἑκάστοτε ἁμαρτημάτων μὴ ἑαυτὸν αἴτιον ἡγῆται καὶ τῶν πλείστων κακῶν καὶ μεγίστων, ἀλλὰ ἄλλους, ἑαυτὸν δὲ ἀεὶ ἀναίτιον ἐξαιρῇ, τιμῶν τὴν αὑτοῦ ψυχήν, ὡς δὴ δοκεῖ, ὁ δὲ [727ξ] πολλοῦ δεῖ δρᾶν τοῦτο· βλάπτει γάρ. οὐδ᾽ ὁπόταν ἡδοναῖς παρὰ λόγον τὸν τοῦ νομοθέτου καὶ ἔπαινον χαρίζηται, τότε οὐδαμῶς τιμᾷ, ἀτιμάζει δὲ κακῶν καὶ μεταμελείας ἐμπιμπλὰς αὐτήν. οὐδέ γε ὁπόταν αὖ τἀναντία τοὺς ἐπαινουμένους πόνους καὶ φόϐους καὶ ἀλγηδόνας καὶ λύπας μὴ διαπονῇ καρτερῶν ἀλλὰ ὑπείκῃ, τότε οὐ τιμᾷ ὑπείκων· ἄτιμον γὰρ αὐτὴν ἀπεργάζεται δρῶν τὰ τοιαῦτα σύμπαντα. οὐδ᾽ ὁπόταν [727δ] ἡγῆται τὸ ζῆν πάντως ἀγαθὸν εἶναι, τιμᾷ, ἀτιμάζει δ᾽ αὐτὴν καὶ τότε· τὰ γὰρ ἐν Ἅιδου πράγματα πάντα κακὰ ἡγουμένης τῆς ψυχῆς εἶναι, ὑπείκει καὶ οὐκ ἀντιτείνει διδάσκων τε καὶ ἐλέγχων ὡς οὐκ οἶδεν οὐδ᾽ εἰ τἀναντία πέφυκεν μέγιστα εἶναι πάντων ἀγαθῶν ἡμῖν τὰ περὶ τοὺς θεοὺς τοὺς ἐκεῖ. οὐδὲ μὴν πρὸ ἀρετῆς ὁπόταν αὖ προτιμᾷ τις κάλλος, τοῦτ' ἔστιν οὐχ ἕτερον ἢ ἡ τῆς ψυχῆς ὄντως καὶ πάντως ἀτιμία. ψυχῆς γὰρ σῶμα ἐντιμότερον οὗτος ὁ λόγος φησὶν εἶναι, [727e] ψευδόμενος· οὐδὲν γὰρ γηγενὲς Ὀλυμπίων ἐντιμότερον, ἀλλ' ὁ περὶ ψυχῆς ἄλλως δοξάζων ἀγνοεῖ ὡς θαυμαστοῦ τούτου κτήματος ἀμελεῖ.
                                                                                                                                                                                                          Platon, les lois, 5, 727a, etc.
 
 

παῖς εὐθὺς γενόμενος : dès l'enfance.

τὸ δὲ νῦν λεγόμενόν : ce qui est dit maintenant.

καὶ οὐ τιμᾷ : et ne pas l'honorer (au lieu de l'honorer)
τιμάω-ῶ : évaluer; honorer, estimer; récompenser.
(τιμάομαι) τιμῶμαι : réclamer une pein de.
πολλοῦ τιμᾶσθαι : estimer haut, attribuer une grande valeur.
πλείονος τιμᾶσθαι, μείζονος τιμᾶσθαι : évaluer plus cher, estimer davantage.

δεῖ δέ (τιμᾷ), ὥς φαμεν, μετά γε θεοὺς δευτέραν : car il faut, disons-nous, lui accorder le *deuxième rang après celui des dieux.
πολὺ δεύτερος μετά τι : qui vient tout à fait en seconde ligne après quelque chose, de beaucoup inférieur à quelque chose.

ὁ δὲ πολλοῦ δεῖ δρᾶν τοῦτο : il s'en faut de beaucoup qu'il fasse cela.
δράω-ῶ (imparf. ἔδρων, futur δράσω ; aor. ἔδρασα, parf. δέδρακα; passif aor. ἐδράσθην, parf. δέδραμαι): faire, exécuter.

βλάπτω (imparf. ἔϐλαπτον, futur βλάψω, aor. ἔϐλαψα, parf. βέϐλαφα; passif futur βλαϐήσομαι, aor.1 ἐϐλάφθην, aor.2 ἐϐλάϐην, parf. βέϐλαμμαι) : léser, endommager, nuire.


γηγενής, ής, ές : né de la terre; issu de la terre.
Ὀλύμπιος, α ou ος, ον : de l’Olympe, Olympien ou Olympique; par ext. du ciel.
memento o Ὀλύμπιος : l'Olympien, Zeus.
ἔντιμος, ος, ον : qui a de la valeur; estimé, considéré, honoré.
ἐντιμότερος : plus estimé.
θαυμαστός, ή, όν : étonnant, merveilleux, extraordinaire. --- cf. dico Bailly
ἀμελέω, -ῶ (futur ἀμελήσω, aor. ἠμέλησα, parf. ἠμέληκα) : ne pas s’inquiéter, négliger.
οὐδὲν γὰρ γηγενὲς Ὀλυμπίων ἐντιμότερον, ἀλλ' ὁ περὶ ψυχῆς ἄλλως δοξάζων ἀγνοεῖ ὡς θαυμαστοῦ τούτου κτήματος ἀμελεῖ : car rien de ce qui est né de la terre n'est plus estimable que ce qui vient du ciel, et quiconque pense autrement de son âme ignore quel admirable bien il dédaigne.






C'est ainsi que chaque homme dès l'enfance, se croyant capable de tout connaître et pensant honorer son âme en la louant, s'empresse de lui accorder la liberté de faire ce qu'elle veut. Mais nous, nous disons que se comporter ainsi, c'est nuire à son âme, au lieu de l'honorer, car il faut, disons-nous, lui accorder le premier rang après les dieux. Ce n'est pas non plus l'honorer de ne jamais reconnaître ses fautes et la plupart de ses défauts, même les plus considérables, d'en rendre les autres responsables, et de se tirer toujours du nombre des coupables, croyant par là honorer son âme, alors qu'il s'en faut de beaucoup, et qu'on ne fait que lui nuire. On ne l'honore pas du tout non plus, lorsqu'au mépris des prescriptions et des recommandations du législateur, on s'abandonne aux plaisirs; on la déshonore, au contraire, en la remplissant de maux et de remords. De même, lorsqu'on ne se donne pas la peine de surmonter les travaux loués au contraire par le législateur, les craintes, les douleurs et les chagrins, et qu'on y cède, on ne l'honore pas du tout, puisque en s'abandonnant à toutes ces faiblesses, on la rend indigne d'être honorée. On ne l'honore pas davantage, lorsqu'on se persuade que la vie est de toutes manières un bien; au contraire, on la déshonore par là; car, si l'âme se persuade qu'il n'y a que du mal dans l'Hadès, on cède à cette idée sans résister, et l'on fait voir et l'on démontre qu'on ne sait pas si les dieux de là-bas ne nous réservent pas au contraire les plus grands des biens. De même préférer la beauté à la vertu, ce n'est pas autre chose que déshonorer son âme réellement et entièrement; c'est, en effet, dire, contre toute vérité, que le corps est plus estimable que l'âme; car rien de ce qui est né de la terre n'est plus estimable que ce qui vient du ciel, et quiconque pense autrement de son âme ignore quel admirable bien il dédaigne.




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Le vrai Stoïcien

Τηρεῖτε οὕτως ἑαυτοὺς ἐν οἷς ἐπράσσετε καὶ εὑρήσετε τίνος ἔσθ' αἱρέσεως. τοὺς πλείστους ὑμῶν Ἐπικουρείους εὑρήσετε ... Στωικὸν δὲ δείξατέ μοι, εἴ τινα ἔχητε. ποῦ ἢ πῶς; ἀλλὰ τὰ λογάρια τὰ Στωικὰ λέγοντας μυρίους. τὰ γὰρ Ἐπικούρεια αὐτοὶ οὗτοι χεῖρον λέγουσι; τὰ γὰρ Περιπατητικὰ οὐ καὶ αὐτὰ ὁμοίως ἀκριϐοῦσιν; τίς οὖν ἐστι Στωικός; ὡς λέγομεν ἀνδριάντα Φειδιακὸν τὸν τετυπωμένον κατὰ τὴν τέχνην τὴν Φειδίου, οὕτως τινά μοι δείξατε κατὰ τὰ δόγματα ἃ λαλεῖ τετυπωμένον. δείξατέ μοί τινα νοσοῦντα καὶ εὐτυχοῦντα, (κινδυνεύοντα καὶ εὐτυχοῦντα,) ἀποθνῄσκοντα καὶ εὐτυχοῦντα, πεφυγαδευμένον καὶ εὐτυχοῦντα, ἀδοξοῦντα καὶ εὐτυχοῦντα. δείξατ'· ἐπιθυμῶ τινα νὴ τοὺς θεοὺς ἰδεῖν Στωικόν. ἀλλ' οὐκ ἔχετε τὸν τετυπωμένον δεῖξαι· τόν γε τυπούμενον δείξατε, τὸν ἐπὶ ταῦτα κεκλικότα. εὐεργετήσατέ με· μὴ φθονήσητε ἀνθρώπῳ γέροντι ἰδεῖν θέαμα, ὃ μέχρι νῦν οὐκ εἶδον. οἴεσθε ὅτι τὸν Δία τὸν Φειδίου δείξετε ἢ τὴν Ἀθηνᾶν, ἐλεφάντινον καὶ χρυσοῦν κατασκεύασμα, ψυχὴν δειξάτω τις ὑμῶν ἀνθρώπου θέλοντος ὁμογνωμονῆσαι τῷ θεῷ καὶ μηκέτι μήτε θεὸν μήτ' ἄνθρωπον μέμφεσθαι, μὴ ἀποτυχεῖν τινος, (μὴ περιπεσεῖν τινι,) μὴ ὀργισθῆναι, μὴ φθονῆσαι, (μὴ ζηλοτυπῆσαι) .... θεὸν ἐξ ἀνθρώπου ἐπιθυμοῦντα γενέσθαι καὶ ἐν τῷ σωματίῳ τούτῳ τῷ νεκρῷ περὶ τῆς πρὸς τὸν Δία κοινωνίας βουλευόμενον. δείξατε. ἀλλὰ οὐκ ἔχετε.
                                                                                                                                                                            Epictète, Entretien, II, 19, 20-27



τηρέω-ῶ (futur τηρήσω, aor. ἐτήρησα, parf. τετήρηκα) : observer, épier, guetter; garder, avoir la garde de.
οὕτω, devant une voyelle, οὕτως, adv. : ainsi, de cette façon.
οὕτως  ... ὥστε : tellement.... que.
τηρεῖτε οὕτως ἑαυτοὺς ἐν οἷς ἐπράσσετε : ainsi donc observez vous-mêmes en tout ce que vous faites.

αἵρεσις, εως (ἡ) : choix, préférence; secte (philosophique); cf. hérésie.
εὑρήσετε τίνος ἔσθ' αἱρέσεως : vous découvrirez de quelle école vous êtes.
τοὺς πλείστους ὑμῶν Ἐπικουρείους εὑρήσετε : vous découvrirez que la plupart d'entre vous sont Épicuriens.
εὑρίσκω (imparf. ηὕρισκον, futur εὑρήσω, aor. 2 ηὗρον, parf. ηὕρηκα; passif futur εὑρεθήσομαι, aor. ηὑρέθην, parf. ηὕρημαι) : trouver, découvrir; obtenir, se procurer.

σωμάτιον, ου (τὸ) : petit corps; corpuscule; pauvre corps, corps misérable.
νεκρός, ά, όν : mort.
νεκρὴ θάλασσα : la mer Morte.
ἐν τῷ σωματίῳ τούτῳ τῷ νεκρῷ : dans ce misérable corps voué à la mort.

κοινωνία, ας (ἡ) : association, participation
περὶ τῆς πρὸς τὸν Δία κοινωνίας βουλευόμενος : qui désire s'associer avec Zeus.



Observez vous-mêmes en tout ce que vous faites, et vous découvrirez de quelle école vous êtes. Vous découvrirez que la plupart d'entre vous sont Épicuriens. ... Mais montrez-moi un un Stoïcien, si vous en avez. Où et comment ? Oui, je sais, des gens qui récitent les maximes stoïciennes, vous en avez des milliers : au fait, ces mêmes gens récitent-ils plus pal les maximes épicuriennes ? Qu'est-ce donc qu'un Stoïcien ? De même que nous appelons "phidiaque" une statue qui porte la statue qui porte la marque de l'art de Phidias, ainsi montrez-moi un homme qui porte la marque des opinions qu'il proclame. Montrez-moi un homme malade et heureux, en danger et heureux, mourant et heureux, exilé et heureux, méprisé et heureux. Montrez-le : j'ai le désir, par les dieux, de voir un Stoïcien. Mais vous ne pouvez montrer l'homme qui porte cette marque; du moins celui qui se modèle, celui qui est déjà orienté dans cette direction. Faites-moi cette faveur : ne refusez pas à un vieil homme la vue d'un spectacle que je n'ai pas vu jusqu'ici. Vous vous imaginez que vous devez me montrer le Zeus de Phidias ou l'Athéna, une œuvre d'ivoire et d'or ? C'est une âme que l'un de vous doit me montrer, l'âme d'un homme qui veuille accorder sa volonté à celle de Dieu, ne plus récriminer ni contre Dieu ni contre un homme, ni plus se mettre en colère, ni plus envier, qui désire, d'homme qu'il est, devenir dieu et, dans ce misérable corps de mort, aspire à la société de Zeus.
                                                                                                                                             trad. P. Poulain; éd. J. de Gigord (collection A. Dain)


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Un messager décrit à Clytemnestre le prodige qui s’est produit
au moment où les Grecs allaient sacrifier sa fille Iphigénie pour favoriser leur départ vers Ilion.





Ἐς γῆν δ’ Ἀτρεῖδαι πᾶς στρατός τ’ ἔστη βλέπων.
Ἱερεὺς δὲ φάσγανον λαϐὼν ἐπεύξατο
λαιμόν τ’ ἐπεσκοπεῖ θ’ ἵνα πλήξειεν ἄν.
Ἐμοὶ δέ τ’ ἄλγος  οὐ μικρὸν εἰσῄει φρενὶ
5. κἄστην νενευκώς· θαῦμα δ’ ἦν αἴφνης ὁρᾶν.
Πληγῆς κτύπον γὰρ πᾶς τις ᾔσθετ’ ἂν σαφῶς,
τὴν παρθένον δ’οὐκ εἶδενοὗ γῆς εἰσέδυ.
Βοᾷ δ’ ἱερεύς, ἅπας δ’ ἐπήχησε στρατός,
ἄελπτον εἰσιδόντες ἐκ θεῶν τινος
10. φάσμ’, οὗ γε μηδ’ὁρωμένου πίστις παρῆν·
ἔλαφος γὰρ ἀσπαίρουσ’ ἔκειτ’ ἐπὶ χθονὶ
ἰδεῖν μεγίστη διαπρεπής τε τὴν θέαν,
ἧς αἵματι βωμὸς ἐραίνετ’ ἄρδην τῆς θεοῦ.
Κἀν τῷδε Κάλχας – πῶς δοκεῖς; – χαίρων ἔφη·
15. « Ὦ τοῦδ’ Ἀχαιῶν κοίρανοι κοινοῦ στρατοῦ,
ὁρᾶτε τήνδεθυσίαν, ἣν ἡ θεὸς
προύθηκε βωμίαν, ἔλαφον ὀρειδρόμον;
Ταύτην μάλιστα τῆς κόρης ἀσπάζεται,
ὡς μὴ μιαίνῃ βωμὸν εὐγενεῖ φόνῳ.
20. Ἡδέως τε τοῦτ’ ἐδέξατο καὶ πλοῦν οὔριον
δίδωσιν ἡμῖν Ἰλίου τ’ ἐπιδρομάς. »
πρὸς ταῦτα πᾶς τις θάρσος αἶρε ναυϐάτης
χώρει τε πρὸς ναῦν.

                                                                                                                                                                                 Euripide, Iphigénie à Aulis, 1577-1599


ἵστημι (au sens tr., impf. ἵστην, f. στήσω, aor.1 ἔστησα, parf. inus. ; passif fut. σταθήσομαι; aor. ἐστάθην, parf. inus. ; au sens intr., ao.2 ἔστην, parf. ἕστηκα, ας, ε, plur. ἕσταμεν, ἕστατε, ἑστᾶσι ; impér. ἕσταθι, subj. ἑστῶμεν, opt. ἑσταίην, inf. ἑστάναι, part. ἑστώς, ῶσα, ός (non ώς) ; pl.q.pf. ἑστήκειν, att. εἱστήκη) : mettre debout, rester immobile.
Ἐς γῆν δ’ Ἀτρεῖδαι πᾶς στρατός τ’ ἔστη βλέπων : les Atrides et toute l'armée restent immobiles, les yeux baissés vers la terre.
βλέπω (impf. ἔϐλεπον, fut. βλέψομαι, postér. βλέψω, aor. ἔϐλεψα, parf. inus. ; parf. passif βέϐλεμμαι) : jouir de la vue, voir, regarder.

φάσγανον, ου (τὸ) : coutelas; épée; glaïeul.

ἐπεύχομαι : adresser une prière, prier, supplier.
ἱερεύς, έως (ὁ) : prêtre.
ἱερεύς ἐπεύξατο : le prêtre adressa une prière.

λαιμός, οῦ (ὁ) : gorge, gosier.

ἐπισκέπτομαι : aller examiner ou visiter.
πλήσσω, att. πλήττω (futur rare et poét. πλήξω, aor. ἔπληξα, parf.2 πέπληγα) : frapper.
ἐπεσκοπεῖ ἵνα πλήξειεν ἄν : il examina l'endroit où il devait frapper.





Les Atrides et toute l'armée restent immobiles, les yeux baissés vers la terre. Le prêtre saisit le glaive, dit une prière, et examine l'endroit de la gorge où il doit frapper à coup sûr. Et moi, j'avais le cœur serré d'une poignante angoisse j'étais là, baissant la tête. Soudain, ô miracle ! chacun entend distinctement le bruit du coup, et personne ne voit où a disparu la jeune fille. Le prêtre pousse un cri, que répète l'armée entière, au spectacle inattendu d'un prodige accompli par quelque dieu : on le voit, et l'on ne peut y croire. Sur le sol est étendue, palpitante, une biche de grande taille, d'une remarquable beauté, dont le sang arrosait à flots l'autel de la déesse. Alors Calchas s'écrie, je te laisse à penser avec quelle joie ! « Chefs de cette grande armée achéenne, et vous, peuples, vous voyez la victime que la déesse a fait apparaître sur son autel, cette biche des montagnes. Elle l'agrée de préférence à la jeune vierge, pour ne pas souiller l'autel d'un sang généreux. C'en est la rançon, qu'elle accepte avec faveur; et maintenant elle nous accorde un vent propice et l'assaut d'Ilion. Que tous les matelots reprennent donc courage et courent à leurs navires.


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Belles pensées à mon réveil.


[1] Ὄρθρου, ὅταν δυσόκνως ἐξεγείρῃ, πρόχειρον ἔστω ὅτι ἐπὶ ἀνθρώπου ἔργον ἐγείρομαι. Ἔτι οὖν δυσκολαίνω, εἰ πορεύομαι ἐπὶ τὸ ποιεῖν, ὧν ἕνεκεν γέγονα καὶ ὧν χάριν προῆγμαι εἰς τὸν κόσμον; ἢ ἐπὶ τοῦτο κατεσκεύασμαι, ἵνα κατακείμενος ἐν στρωματίοις ἐμαυτὸν θάλπω ; [2] " Ἀλλὰ τοῦτο ἥδιον." Πρὸς τὸ ἥδεσθαι οὖν γέγονας, ὅλως δὲ πρὸς πεῖσιν, οὐ πρὸς ἐνέργειαν; Οὐ βλέπεις τὰ φυτάρια, τὰ στρουθάρια, τοὺς μύρμηκας, τοὺς ἀράχνας, τὰς μελίσσας τὸ ἴδιον ποιούσας, τὸ καθ᾽ αὑτὰς συγκοσμούσας κόσμον; [3] Ἔπειτα σὺ οὐ θέλεις τὰ ἀνθρωπικὰ ποιεῖν ; Οὐ τρέχεις ἐπὶ τὸ κατὰ τὴν σὴν φύσιν ; [4] " ἀλλὰ δεῖ καὶ ἀναπαύεσθαι." Δεῖ· φημὶ κἀγώ. Ἔδωκε μέντοι καὶ τούτου μέτρα ἡ φύσις, ἔδωκε μέντοι καὶ τοῦ ἐσθίειν καὶ πίνειν, καὶ ὅμως σὺ ὑπὲρ τὰ μέτρα, ὑπὲρ τὰ ἀρκοῦντα προχωρεῖς, ἐν δὲ ταῖς πράξεσιν οὐκ ἔτι, ἀλλ᾽ ἐντὸς τοῦ δυνατοῦ. [5] Οὐ γὰρ φιλεῖς σεαυτόν, ἐπεί τοι καὶ τὴν φύσιν ἄν σου καὶ τὸ βούλημα ταύτης ἐφίλεις. [6] Ἄλλοι δὲ τὰς τέχνας ἑαυτῶν φιλοῦντες συγκατατήκονται τοῖς κατ᾽ αὐτὰς ἔργοις ἄλουτοι καὶ ἄσιτοι· σὺ τὴν φύσιν τὴν σαυτοῦ ἔλασσον τιμᾷς ἢ ὁ τορευτὴς τὴν τορευτικὴν ἢ ὁ ὀρχηστὴς τὴν ὀρχηστικὴν ἢ ὁ φιλάργυρος τὸ ἀργύριον ἢ ὁ κενόδοξος τὸ δοξάριον ; [7] Καὶ οὗτοι, ὅταν προσπαθῶσιν, οὔτε φαγεῖν οὔτε κοιμηθῆναι θέλουσι μᾶλλον ἢ ταῦτα συναύξειν, πρὸς ἃ διαφέρονται· σοὶ δὲ αἱ κοινωνικαὶ πράξεις εὐτελέστεραι φαίνονται καὶ ἥσσονος σπουδῆς ἄξιαι;
                                                                                                                                                                 Marc-Aurèle, Pensées pour moi-même, V, 1-7.

ὄρθρος, ου (ὁ) : le point du jour, l’aurore.

δυσόκνως adv. : avec regret, avec peine

δυσκολαίνω : être chagrin, être mécontent, être bourru.

τρέχω (futur δραμοῦμαι, aor.2 ἔδραμον) : courir.
ἀναπαύω : faire cesser, arrêter, suspendre; faire se reposer; se reposer; moyen s’arrêter, cesser, se reposer,  être couché.
οὐ τρέχεις ἐπὶ τὸ κατὰ τὴν σὴν φύσιν ; ---  ἀλλὰ δεῖ καὶ ἀναπαύεσθαι : tu ne cours pas à la tâche qui est conforme à ta nature ? --- Il faut bien se reposer.
μέτρον, ου (τὸ) : mesure, juste mesure.
ὑπέρ adv. et prép. : au-dessus, au dessus de.

συγκατατήκομαι (seul. prés.)  : se consumer ou s’épuiser avec, + datif.
συγκατατήκονται τοῖς κατ᾽ αὐτὰς ἔργοις : ils s’épuisent dans les travaux qui les concernent.

προσπαθέω-ῶ : avoir un goût passionné pour, être pris par la passion.

διαφέρω : différer de, l'emporter sur.
διαφέρει, impers. : il importe.
διαφέρομαι (fut. διοίσομαι, aor. διηνέχθην) : différer d'avis, se disputer, se battre.
μᾶλλον ἢ ταῦτα συναύξειν, πρὸς ἃ διαφέρονται : plutôt accroître les biens pour lesquels ils se battent
memento διαφέρειν τῷ πλούτῳ : être supérieur par la richesse.
memento Κροῖσος ἁπάντων τῶν ἄλλων βασιλέων  διέφερε τῷ πλούτῳ : Crésus était supérieur par sa richesse à tous les autres rois.

κοινωνικός, ή, όν : disposé à partager, à donner une part de + gén.; qui communique volontiers avec d’autres, communicatif, sociable.
τῶν ὄντων κοινωνικός : toujours prêt à partager ce qu'il possède.
τὸ κοινωνικόν :  la sociabilité.
     
εὐτελής, ής, ές : qui coûte peu, de peu de prix, bon marché; en mauv. part, vil, bas, ou simpl. commun, vulgaire, en parl. de pers.; en b. part, simple, en parl. d’habitations; en parl. du genre de vie, simple, frugal.
compar. εὐτελέστερος; superl. εὐτελέστατος.
     

[5,1] Le matin, quand il te coûte de te réveiller, que cette pensée te soit présente : c'est pour faire œuvre d'homme que je m'éveille. Vais-je donc être encore être de mauvaise humeur; parce que je pars accomplir ce à cause de quoi je suis fait, en vue de quoi j'ai été mis au monde ? Suis-je constitué à cet effet, de rester couché et de me tenir au chaud sous mes couvertures ? — [2] C'est plus agréable ! Es-tu donc fait pour l'agrément ? Et, en général, es-tu fait pour la passivité ou pour l'activité ? Ne vois-tu pas que les plantes, les passereaux, les fourmis, les araignées et les abeilles font leurs tâches propres et contribuent pour leur part au bon agencement du monde ? [3] Alors toi, tu ne veux pas faire ce qui convient à l'homme ? Tu ne cours pas à la tâche qui est conforme à ta nature ? --- [4] Il faut bien se reposer. ---- Oui, d'accord; mais la nature a donné des bornes au repos : mais elle en a donné pour le manger et le boire. Et toi cependant, tu vas au-delà des bornes, et tu dépasses ce qu’il te faut; au contraire, quand tu agis, tu n’en fais pas autant; et tu restes en deçà de ce que tu pourrais faire.  [5] C'est que tu ne te chéris pas toi-même. Sinon, tu chérirais ta nature et son dessein. [6] D'autres, qui aiment leur métier, se consument aux travaux qui s'y rapportent sans se baigner et sans manger. Toi, estimes-tu moins ta nature que le ciseleur son art, le danseur la danse, l'avare son argent, le vaniteux la gloriole ? [7] Ces gens-là, quand la passion les tient, ne veulent ni manger ni dormir, mais bien plutôt accroître à mesure l'objet de leurs efforts. Pour toi, les actions utiles à la communauté te paraissent-elles être inférieures et valoir moins de soin ?
      pour une grande partie trad. Trannoy; éd. les belles lettres

 


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Plutarque rapporte un scandale qui eut lieu en 62 avant J.-C. : Publius Clodius, jeune aristocrate né dans l’illustre gens Claudia, profite de la célébration des Mystères consacrés à Cybèle, la Bona Dea, pour pénétrer dans la maison de sa maîtresse, l’épouse de Jules César.




[28] Ἐκ τούτων ἐγίνετο πολλοῖς ἐπαχθής, καὶ οἱ μετὰ Κλωδίου συνέστησαν ἐπ´ αὐτόν, ἀρχὴν τοιαύτην λαϐόντες. Ἦν Κλώδιος ἀνὴρ εὐγενής, τῇ μὲν ἡλικίᾳ νέος, τῷ δὲ φρονήματι θρασὺς καὶ αὐθάδης. Οὗτος ἐρῶν Πομπηίας τῆς Καίσαρος γυναικός, εἰς τὴν οἰκίαν αὐτοῦ παρεισῆλθε κρύφα, λαϐὼν ἐσθῆτα καὶ σκευὴν ψαλτρίας· ἔθυον γὰρ ἐν τῇ Καίσαρος οἰκίᾳ τὴν ἀπόρρητον ἐκείνην καὶ ἀθέατον ἀνδράσι θυσίαν αἱ γυναῖκες, καὶ παρῆν ἀνὴρ οὐδείς· ἀλλὰ μειράκιον ὢν ἔτι καὶ μήπω γενειῶν ὁ Κλώδιος ἤλπιζε λήσεσθαι διαδὺς πρὸς τὴν Πομπηίαν διὰ τῶν γυναικῶν.  Ὡς δ´ εἰσῆλθε νυκτὸς εἰς οἰκίαν μεγάλην, ἠπόρει τῶν διόδων, καὶ πλανώμενον αὐτὸν ἰδοῦσα θεραπαινὶς Αὐρηλίας τῆς Καίσαρος μητρός, ᾔτησεν ὄνομα. φθέγξασθαι δ´ ἀναγκασθέντος αὐτοῦ καὶ φήσαντος ἀκόλουθον Πομπηίας ζητεῖν Ἄϐραν τοὔνομα, συνεῖσα τὴν φωνὴν οὐ γυναικείαν οὖσαν ἀνέκραγε καὶ συνεκάλει τὰς γυναῖκας. Αἱ δ´ ἀποκλείσασαι τὰς θύρας καὶ πάντα διερευνώμεναι, λαμϐάνουσι τὸν Κλώδιον, εἰς οἴκημα παιδίσκης ᾗ συνεισῆλθε καταπεφευγότα. τοῦ δὲ πράγματος περιϐοήτου γενομένου, Καῖσάρ τε τὴν Πομπηίαν ἀφῆκε, καὶ δίκην τις ἀσεϐείας ἐγράψατο τῷ Κλωδίῳ.

                                                                                                                                                                                                    Plutarque, vie de Cicéron, 28


ἐπαχθής, ής, ές : lourd, pesant; qui est à charge, importun, insupportable, odieux.
τὸ ἐπαχθές :  caractère insupportable, caractère odieux.
compar. ἐπαχθέστερος; superl. ἐπαχθέστατος.
étym. ἐπί, ἄχθος, εος-ους (τὸ) : charge, fardeau.

γίγνομαι (imparf. ἐγιγνόμην, futur γενήσομαι, aor.2 ἐγενόμην, parf. γέγονα et γεγένημαι) : devenir, être fait; avec attrib. être (avec aor ou parf.).
έκ τούτων ἐγίνετο πολλοῖς ἐπαχθής : à la suite de ces propos il était devenu odieux pour bien des gens.

συνίστημι, anc. att. ξυνίστημι : réunir, rassembler; se réunir (contre), se concerter (contre), comploter.
imparf. συνίστην, futur συστήσω, aor.1 συνέστησα, parf. συνέστακα
οἱ μετὰ Κλωδίου συνέστησαν ἐπ´ αὐτόν : les partisans de Clodius se concertèrent contre lui.

λαμϐάνω (futur λήψομαι, aor.2 ἔλαϐον, parf. εἴληφα ; passif futur ληφθήσομαι, aor. ἐλήφθην, parf. εἴλημμαι) : prendre; prendre de force, saisir, arrêter; surprendre (à mal faire); recevoir; accueillir (bien ou mal).
οἱ μετὰ Κλωδίου : ceux avec Clodius = l’entourage de Clodius, voire simplement Clodius.
ἀρχὴν λαμϐάνειν est une périphrase pour ἄρχειν : commencer.
l’intérêt de la périphrase est de faire porter l’adjectif τοιαύτην sur le nom ἀρχὴν.
ἀρχὴν τοιαύτην λαμϐάνειν : prendre un tel commencement (de leur haine).   
οἱ μετὰ Κλωδίου ...  ἀρχὴν τοιαύτην λαϐόντες : ceux avec Clodius prenant un tel commencement (de leur haine).

ἡλικία, ας (ἡ) : âge; jeunesse; génération, époque.
νέος, α, ον : nouveau, jeune.
ἡλικίᾳ ἔτι τότε ὢν νέος, Thc. 5, 43 : étant alors encore jeune.

θρασύς, εῖα, ύ : hardi, résolu, courageux; arrogant, audacieux.
φρόνημα, ατος (τὸ) : sagesse, pensée profonde, sentiment; courage, grandeur d'âme, noblesse, sentiment élevé; orgueil, arrogance, fierté.
τῷ φρονήματι θρασὺς καὶ αὐθάδης : arrogant et audacieux.
 τὸ τῶν Αἰτωλῶν φρόνημα,  Pol. 4, 64, 8 : les fiers Étoliens.




[28] Cette habitude de railler le rendit odieux à bien des gens, et souleva surtout contre lui Clodius et ses partisans. Je vais dire à quelle occasion. Clodius, jeune Romain d'une grande naissance, mais insolent et audacieux, aimait Pompéia, femme de César : déguisé en musicienne, il se glissa secrètement dans la maison de César, le jour que les femmes romaines y célébraient un sacrifice mystérieux, interdit à tous les hommes. Il n'en était pas resté un seul dans cette maison; mais Clodius, si jeune encore qu'il n'avait pas de barbe au menton, espéra qu'il pourrait se glisser, parmi les autres femmes, dans l'appartement de Pompéia, sans être reconnu. Entré de nuit dans une maison très vaste, il s'égara, et il errait de côté et d'autre, lorsqu'il fut rencontré par une des femmes d'Aurélia, mère de César, qui lui demanda son nom. Forcé de répondre, il dit qu'il cherchait une des femmes de Pompéia, qui se nommait Abra. La suivante, ayant reconnu aisément que ce n'était pas la voix d'une femme, appelle à grands cris les autres femmes, qui, étant accourues, ferment toutes les portes, et font de si exactes recherches qu'elles trouvent Clodius dans la chambre de l'esclave avec laquelle il était entré. Le bruit que fit cet événement obligea César de répudier Pompéia, et de citer Clodius devant les tribunaux, pour crime d'impiété.



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Hercule entre le vice et la vertu

[2.1.21] καὶ Πρόδικος δὲ ὁ σοφὸς ἐν τῷ συγγράμματι τῷ περὶ Ἡρακλέους, ὅπερ δὴ καὶ πλείστοις ἐπιδείκνυται, ὡσαύτως περὶ τῆς ἀρετῆς ἀποφαίνεται, ὧδέ πως λέγων, ὅσα ἐγὼ μέμνημαι. φησὶν γὰρ Ἡρακλέα, ἐπεὶ ἐκ παίδων εἰς ἥϐην ὡρμᾶτο, ἐν ᾗ οἱ νέοι ἤδη αὐτοκράτορες γιγνόμενοι δηλοῦσιν εἴτε τὴν δι᾽ ἀρετῆς ὁδὸν τρέψονται ἐπὶ τὸν βίον εἴτε τὴν διὰ κακίας, ἐξελθόντα εἰς ἡσυχίαν καθῆσθαι ἀποροῦντα ποτέραν τῶν ὁδῶν τράπηται· [2.1.22] καὶ φανῆναι αὐτῷ δύο γυναῖκας προσιέναι μεγάλας, τὴν μὲν ἑτέραν εὐπρεπῆ τε ἰδεῖν καὶ ἐλευθέριον φύσει, κεκοσμημένην τὸ μὲν σῶμα καθαρότητι, τὰ δὲ ὄμματα αἰδοῖ, τὸ δὲ σχῆμα σωφροσύνῃ, ἐσθῆτι δὲ λευκῇ, τὴν δ᾽ ἑτέραν τεθραμμένην μὲν εἰς πολυσαρκίαν τε καὶ ἁπαλότητα, κεκαλλωπισμένην δὲ τὸ μὲν χρῶμα ὥστε λευκοτέραν τε καὶ ἐρυθροτέραν τοῦ ὄντος δοκεῖν φαίνεσθαι, τὸ δὲ σχῆμα ὥστε δοκεῖν ὀρθοτέραν τῆς φύσεως εἶναι, τὰ δὲ ὄμματα ἔχειν ἀναπεπταμένα, ἐσθῆτα δὲ ἐξ ἧς ἂν μάλιστα ὥρα διαλάμποι· κατασκοπεῖσθαι δὲ θαμὰ ἑαυτήν, ἐπισκοπεῖν δὲ καὶ εἴ τις ἄλλος αὐτὴν θεᾶται, πολλάκις δὲ καὶ εἰς τὴν ἑαυτῆς σκιὰν ἀποϐλέπειν. [2.1.23] ὡς δ᾽ ἐγένοντο πλησιαίτερον τοῦ Ἡρακλέους, τὴν μὲν πρόσθεν ῥηθεῖσαν ἰέναι τὸν αὐτὸν τρόπον, τὴν δ᾽ ἑτέραν φθάσαι βουλομένην προσδραμεῖν τῷ Ἡρακλεῖ καὶ εἰπεῖν· Ὁρῶ σε, ὦ Ἡράκλεις, ἀποροῦντα ποίαν ὁδὸν ἐπὶ τὸν βίον τράπῃ. ἐὰν οὖν ἐμὲ φίλην ποιησάμενος, [ἐπὶ] τὴν ἡδίστην τε καὶ ῥάιστην ὁδὸν ἄξω σε, καὶ τῶν μὲν τερπνῶν οὐδενὸς ἄγευστος ἔσει, τῶν δὲ χαλεπῶν ἄπειρος διαϐιώσῃ. [2.1.24] πρῶτον μὲν γὰρ οὐ πολέμων οὐδὲ πραγμάτων φροντιεῖς, ἀλλὰ σκοπούμενος διέσῃ τί ἂν κεχαρισμένον ἢ σιτίον ἢ ποτὸν εὕροις, ἢ τί ἂν ἰδὼν ἢ ἀκούσας τερφθείης ἢ τίνων ὀσφραινόμενος ἢ ἁπτόμενος, τίσι δὲ παιδικοῖς ὁμιλῶν μάλιστ᾽ ἂν εὐφρανθείης, καὶ πῶς ἂν μαλακώτατα καθεύδοις, καὶ πῶς ἂν ἀπονώτατα τούτων πάντων τυγχάνοις. [2.1.25] ἐὰν δέ ποτε γένηταί τις ὑποψία σπάνεως ἀφ᾽ ὧν ἔσται ταῦτα, οὐ φόϐος μή σε ἀγάγω ἐπὶ τὸ πονοῦντα καὶ ταλαιπωροῦντα τῷ σώματι καὶ τῇ ψυχῇ ταῦτα πορίζεσθαι, ἀλλ᾽ οἷς ἂν οἱ ἄλλοι ἐργάζωνται, τούτοις σὺ χρήσῃ, οὐδενὸς ἀπεχόμενος ὅθεν ἂν δυνατὸν ᾖ τι κερδᾶναι. πανταχόθεν γὰρ ὠφελεῖσθαι τοῖς ἐμοὶ συνοῦσιν ἐξουσίαν ἐγὼ παρέχω. [2.1.26] καὶ ὁ Ἡρακλῆς ἀκούσας ταῦτα, Ὦ γύναι, ἔφη, ὄνομα δέ σοι τί ἐστιν; ἡ δέ, Οἱ μὲν ἐμοὶ φίλοι, ἔφη, καλοῦσί με Εὐδαιμονίαν, οἱ δὲ μισοῦντές με ὑποκοριζόμενοι ὀνομάζουσι Κακίαν.                                                                                                                                           
                                                                                                                                                                    Xénophon, Mémorable, 2, 1, 21-26



ἐκ παίδων : au sortir de la catégorie des enfants, au moment d'entrer dans l'adolescence.
ἐκ παίδων εὐθύς, Plat. Leg. 694 d : dès la plus tendre enfance.

τοῦ ὄντος ... τῆς φύσεως : (plus que) la réalité, nature (complément de comparatifs).
ὥστε λευκοτέραν τε καὶ ἐρυθροτέραν τοῦ ὄντος δοκεῖν φαίνεσθαι, τὸ δὲ σχῆμα ὥστε δοκεῖν ὀρθοτέραν τῆς φύσεως εἶναι : pour se donner une apparence de couleurs plus blanches et plus vermeilles, cherchant par son maintien à paraître plus droite que nature.

ἡδύς, ἡδεῖα, ἡδύ, gén. ἡδέος, ἡδείας, ἡδέος : agréable, doux.
compar. ἡδίων, rarement ἡδύτερος; superl. ἥδιστος, rarement ἡδύτατος.
[ἐπὶ] τὴν ἡδίστην τε καὶ ῥάιστην ὁδὸν ἄξω σε : je te conduirai par la route la plus agréable et la plus facile.
ῥάϊστος, α, ον, superl. dorien de ῥᾴδιος.
ῥᾴδιος, α, ον : facile, aisé, commode; d'humeur facile, accommodant, complaisant.
compar. ῥᾴδιώτερος, ou ῥᾳδιέστερος; superl. ῥᾷστος.

χαλεπός, ή, όν : difficile; d'humeur difficile, emporté, hargneux.
τὰ χαλεπά : les difficultés (de la vie).
διαϐιόω-ῶ : passer sa vie.
ἄπειρος, ος, ον : sans expérience de, ignorant de,
τῶν χαλεπῶν ἄπειρος : sans expérience des difficultés (de la vie).

κοσμέω-ῶ : mettre en ordre; ordonner, gouverner, maintenir l'ordre; équiper, parer; louer, célébrer.
καθαρότης, ητος (ἡ) : pureté; netteté, limpidité; pureté morale; probité, désintéressement.
τὴν μὲν ... κεκοσμημένην τὸ μὲν σῶμα καθαρότητι, τὰ δὲ ὄμματα αἰδοῖ : l'une ... le corps paré de sa pureté naturelle, les yeux pleins de pudeur.
ὄμμα, ατος (τὸ) : œil, regard.
αἰδώς, όος-οῦς (ἡ) : sentiment de l’honneur, honneur, pudeur, honte (qui empêche de mal faire).
  
τὸν αὐτὸν τρόπον (acc. adverbial) : de la même façon.


Le sage Prodicus, dans son ouvrage sur Hercule, dont il a fait plusieurs lectures publiques, exprime les mêmes idées sur la vertu. Voici à peu près ce qu'il dit, autant que je me le rappelle. Il raconte qu'Hercule, à peine sorti de l'enfance, à cet âge où les jeunes gens, déjà maîtres d'eux-mêmes, laissent voir s'ils entreront dans la vie par le chemin de la vertu ou par celui du vice, se retira dans la solitude et s'assit incertain sur la route qu'il allait choisir. Deux femmes de haute taille se présentent à ses yeux : l'une décente et noble, le corps paré de sa pureté naturelle, les yeux pleins de pudeur, l'extérieur modeste, les vêtements blancs; l'autre chargée d'embonpoint et de mollesse, la peau fardée pour se donner une apparence de couleurs plus blanches et plus vermeilles, cherchant par son maintien à paraître plus droite qu'elle ne l'est naturellement, les yeux largement ouverts, une parure étudiée pour faire briller ses charmes, se contemplant sans cesse, observant si quelque autre la regarde, et tournant souvent la tête afin de voir son ombre. Arrivées plus près d'Hercule, tandis que la première conserve la même démarche, la seconde, voulant la prévenir, court vers le jeune héros et lui dit : " Je te vois, Hercule, incertain de la route que tu dois suivre dans la vie : si tu veux me prendre pour amie, je te conduirai par la route la plus agréable et la plus facile, tu goûteras tous les plaisirs, et tu vivras exempt de peine. D'abord tu ne t'occuperas ni de guerres, ni d'affaires, mais tu ne cesseras d'examiner quels mets et quelles boissons t'agréent le plus, les objets qui peuvent réjouir tes yeux et tes oreilles, flatter ton odorat ou ton toucher, quelles affections auront le plus de charmes pour toi, comment tu dormiras avec le plus de mollesse, comment avec le moins de peine tu pourras te procurer toutes ces jouissances. Si jamais le soupçon te vient de manquer de ce qui est nécessaire pour te donner des douceurs, ne crains pas que je t'engage à travailler et à peiner du corps et de l'esprit pour les acquérir; tu tireras profit du labeur des autres, et tu ne t'abstiendras de rien de ce qui pourra t'apporter quelque gain : car je donne à ceux qui me suivent la faculté de prendre leurs avantages partout." Hercule, après avoir entendu ces mots : "Femme, dit-il, quel est ton nom ? Mes amis, répond-elle, me nomment la Félicité, et mes ennemis, pour me donner un nom odieux, m'appellent la Perversité. "




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Accusé pour refus de servir,
le fils d'Alcibiade ne saurait se prévaloir des mérites de son père.


    Ἡγοῦμαι δέ, ὦ ἄνδρες δικασταί, περὶ μὲν τοῦ νόμου καὶ αὐτοῦ τοῦ πράγματος οὐχ ἕξειν αὐτοὺς ὅ τι λέξουσιν· ἀναϐαίνοντες δ' ὑμᾶς ἐξαιτήσονται καὶ ἀντιϐολήσουσιν, οὐκ ἀξιοῦντες τοῦ Ἀλκιϐιάδου ὑέος τοσαύτην δειλίαν καταγνῶναι, ὡς ἐκεῖνον πολλῶν ἀγαθῶν ἀλλ' οὐχὶ πολλῶν κακῶν αἴτιον γεγενημένον· ὃν εἰ τηλικοῦτον ὄντα ἀπεκτείνατε, ὅτε πρῶτον εἰς ὑμᾶς ἐλάϐετε ἐξαμαρτάνοντα, οὐκ ἂν ἐγένοντο συμφοραὶ τοσαῦται τῇ πόλει. δεινὸν δέ μοι δοκεῖ, ὦ ἄνδρες δικασταί, εἶναι, εἰ αὐτοῦ μὲν ἐκείνου θάνατον κατέγνωτε, τοῦ δὲ ὑέος ἀδικοῦντος δι' ἐκεῖνον ἀποψηφιεῖσθε, ὃς αὐτὸς μὲν οὐκ ἐτόλμα μεθ' ὑμῶν μάχεσθαι, ὁ δὲ πατὴρ αὐτοῦ μετὰ τῶν πολεμίων ἠξίου στρατεύεσθαι. καὶ ὅτε μὲν παῖς ὢν οὔπω δῆλος ἦν ὁποῖός τις ἔσται, διὰ τὰ τοῦ πατρὸς ἁμαρτήματα ὀλίγου τοῖς ἕνδεκα παρεδόθη· ἐπειδὴ δὲ πρὸς τοῖς ἐκείνῳ πεπραγμένοις ἐπίστασθε καὶ τὴν τούτου πονηρίαν, διὰ τὸν πατέρα ἐλεεῖν αὐτὸν ἀξιώσετε; οὐκ οὖν δεινόν, ὦ ἄνδρες δικασταί, τούτους μὲν οὕτως εὐτυχεῖς εἶναι ὥστ', ἐπειδὰν ἐξαμαρτάνοντες ληφθῶσι, διὰ τὸ αὑτῶν γένος σῴζεσθαι, ἡμᾶς δέ, εἰ ἐδυστυχήσαμεν διὰ τοὺς οὕτως ἀτακτοῦντας, μηδένα ἂν δύνασθαι παρὰ τῶν πολεμίων ἐξαι τήσασθαι μηδὲ διὰ τὰς τῶν προγόνων ἀρετάς;  
                                                                                                                                                                    Lysias, contre Alcibiade, 14, 16-18
 
Ἡγοῦμαι ... οὐχ ἕξειν αὐτοὺς ὅ τι λέξουσιν : j'estime que ...  nos adversaires n'auront rien à dire (qu'ils ne sauront pas ce qu'ils diront).
ἔχω : tenir, avoir, garder; comprendre, connaître
imparf. εἶχον ; futur ἕξω ou σχήσω ; aor.2 ἔσχον, d’où impér. σχές, subj. σχῶ, opt. σχοίην, inf. σχεῖν, participe. σχών ; parf. ἔσχηκα ; pl.q.parf. ἐσχήκειν; passif prés. ἔχομαι, imparf. εἰχόμην, futur ἕξομαι, aor. ἐσχέθην, parf. ἔσχημαι.
explétivement au participe ληρεῖς ἔχων, AR. Av. 341 ; ἔχων ληρεῖς, Plat. Gorg. 497 a : tu plaisantes ; φλυαρεῖς ἔχων, Plat. Gorg. 490 e ; ἔχων φλυαρεῖς, Plat. Euthyd. 295 c, tu dis des sottises.
ἔχω + infinitif : je peux, j'ai à.
οὐδὲν εἰπεῖν ἔχω : je n'ai rien à dire.
avec inter. indirecte οὐκ ἔχω τί φῶ : je ne sais que dire.
voir hors site Bailly

ἀξιόω-ῶ (imparf. ἤξιουν, futur ἀξιώσω, aor., ἠξίωσα, parf. ἠξίωκα) : juger digne de
καταγιγνώσκω (futur καταγνώσομαι, aor.2 κατέγνων, etc.) : remarquer, juger, connaître en observant; accuser, blâmer; condamner.
δειλία, ας (ἡ) : lâcheté.
οὐκ ἀξιοῦντες τοῦ Ἀλκιϐιάδου ὑέος τοσαύτην δειλίαν καταγνῶναι : ne jugeant pas digne de vous voir accuser d'une telle lâcheté le fils d'Alcibiade.



     Juges, j'estime que sur la loi comme sur le fond même de l'affaire, nos adversaires n'auront rien à dire. Mais ils viendront à la tribune intercéder pour l'accusé et vous conjurer de lui faire grâce. Seulement ils vont monter à la tribune, vous supplier, vous conjurer, n'admettant pas de vous voir accuser d'une telle lâcheté le fils d'Alcibiade, cet homme, à les entendre, le grand binfaiteur du pays et non pas l'auteur de tant de maux ! Mais si vous l'aviez fait exécuter à l'âge qu'a son fils, la première fois que vous l'avez pris en faute à vos dépens, la cité n'aurait pas connu de tels malheurs ! Je trouve étrange, juges, qu'après avoir condamné à mort le père, vous alliez, par considération pour lui,  acquitter le fils coupable, ce fils qui n'a pas eu le courage de combattre dans vos rangs  et dont le père a jugé bon de faire campagne dans les rangs de vos ennemis. Mais tout enfant, lorsque qu'on ne voyait pas encore ce qu'il serait plus tard, n'a-t-il pas failli être livré aux Onze pour les fautes de son père ?  Et aujourd'hui qu'en plus des  méfaits de l'un,  vous connaissez la scélératesse de l'autre,  vous accepteriez d'avoir pitié du fils en considération du père ? N'est-ce donc pas révoltant, juges ? Quoi ! voilà des gens qui ont assez de chance, quand on les surprend en faute, pour se tirer d'affaire grâce à leur naissance, et nous, si nous sommes tombés dans la malchance, victimes de leur dérèglement, personne ne serait en mesure d'intercéder en notre faveur auprès de l'ennemi, même pas en considération des vertus de nos ancêtres ?
                                                                                                                                                   trad. P. Poulain; éd. J. de Gigord (collection A. Dain)




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Contre la loi sur l'ostracisme



[3] Ἄξιον δὲ μέμψασθαι τὸν θέντα τὸν νόμον, ὃς ἐναντία τῷ ὅρκῳ τοῦ δήμου καὶ τῆς βουλῆς ἐνομοθέτησεν· ἐκεῖ μὲν γὰρ ὄμνυτε μηδένα μήτε ἐξελᾶν μήτε δήσειν μήτε ἀποκτενεῖν ἄκριτον, ἐν δὲ τῷδε τῷ καιρῷ οὔτε κατηγορίας γενομένης οὔτε ἀπολογίας ἀποδοθείσης {οὔτε} διαψηφισαμένων κρύϐδην τὸν ὀστρακισθέντα τοσοῦτον χρόνον δεῖ στερηθῆναι τῆς πόλεως.
[4] Εἶτα ἐν τοῖς τοιούτοις οἱ τοὺς ἑταίρους καὶ συνωμότας κεκτημένοι πλέον φέρονται τῶν ἄλλων· οὐ γὰρ ὥσπερ ἐν τοῖς δικαστηρίοις οἱ λαχόντες κρίνουσιν, ἀλλὰ τούτου τοῦ πράγματος ἅπασιν Ἀθηναίοις μέτεστι. Πρὸς δὲ τούτοις τῷ μὲν ἐλλείπειν τῷ δ' ὑπερϐάλλειν ὁ νόμος μοι δοκεῖ· τῶν μὲν γὰρ ἰδίων ἀδικημάτων μεγάλην τιμωρίαν ταύτην νομίζω, τῶν δὲ δημοσίων μικρὰν καὶ οὐδενὸς ἀξίαν ἡγοῦμαι ζημίαν, ἐξὸν κολάζειν χρήμασι καὶ δεσμῷ καὶ θανάτῳ.
[5] Ἔτι δ' εἴ τις διὰ τοῦτο μεθίσταται ὅτι πονηρὸς πολίτης ἐστίν, οὗτος οὐδ' ἀπελθὼν ἐνθένδε παύσεται, ἀλλ' ὅπου ἂν οἰκῇ, ταύτην τὴν πόλιν διαφθερεῖ, καὶ τῇδε οὐδὲν ἧττον ἐπιϐουλεύσει, ἀλλὰ καὶ μᾶλλον δικαιότερον ἢ πρὶν ἐκϐληθῆναι. Οἶμαι δὲ καὶ τοὺς φίλους ὑμῶν ἐν ταύτῃ μάλιστα τῇ ἡμέρᾳ λυπεῖσθαι καὶ τοὺς ἐχθροὺς ἥδεσθαι, συνειδότας ὡς ἂν ἀγνοήσαντες ἐξελάσητε τὸν βέλτιστον, δέκα ἐτῶν ἡ πόλις οὐδὲν ἀγαθὸν ὑπὸ6 τούτου τοῦ ἀνδρὸς πείσεται.
                                                                                                                                                                                         Andocide, contre Alcibiade, 3-5


μέμφω  d’ord. moy. μέμφομαι (f. μέμψομαι, aor. ἐμεμψάμην, aor. passif au sens actif ἐμέμφθην, parf. inus.) : blâmer, reprocher, se plaindre de.
Ἄξιον δὲ μέμψασθαι τὸν θέντα τὸν νόμον, ὃς : mais il est juste de blâmer celui qui a porté cette loi, qui (parce qu'il)

νομοθετέω-ῶ (futur νομοθετήσω, aor. ἐνομοθέτησα, parf. νενομοθέτηκα) : donner des lois; au moyen se donner des lois.
ἐναντία, adv. (cf. ἐναντίος) : contraire à, en désaccord avec.
ἐναντίος, α, ον : situé en face de; opposé à, contraire à.

συνωμότης, anc. att. ξυνωμότης ου (ὁ) : conjuré, complice.
κτάομαι-ῶμαι (futur κτήσομαι, aor. ἐκτησάμην, parf. κέκτημαι, d’où sbj. κέκτωμαι, opt. κεκτῄμην, ῇο, ῇτο : acquérir.
memento parf. κέκτημαι : je possède, j'ai (pour moi).
ὁ κεκτημένος : le maître (litt. celui qui possède)
ἑταῖρος, ου (ὁ) : ami, camarade, compagnon.
εἶτα ἐν τοῖς τοιούτοις οἱ τοὺς ἑταίρους καὶ συνωμότας κεκτημένοι πλέον φέρονται τῶν ἄλλων : ensuite, dans ces sortes de luttes, ceux qui ont pour eux les membres des associations l'emportent sur les autres




[3] Mais il est juste de blâmer celui qui a porté cette loi, qui a édicté une mesure en désaccord avec le serment du peuple et du sénat. Par ce serment, en effet, vous jurez de ne condamner personne ni à l'exil, ni à la prison, ni à la peine capitale, sans jugement; et, dans la circonstance présente, sans qu'il y ait d'accusation, sans qu'il soit permis de se défendre, par suite d'un vote anonyme, celui qui est frappé par l'ostracisme doit être si longtemps privé de sa patrie.
[4] Ensuite, dans ces sortes de luttes, ceux qui ont pour eux les membres des associations l'emportent sur les autres; car ce n'est pas comme dans les dicastères où le sort désigne ceux qui jugent; ici, tous les Athéniens prennent part à la chose. En outre, la loi me parait trop indulgente par un point, trop rigoureuse par l'autre. Pour les fautes contre les particuliers, c'est là, ce me semble, un grand châtiment; pour les fautes contre l'État je trouve la peine médiocre et banale, puisqu'on peut punir par l'amende, la prison et la mort.
[5] Et encore, celui qu'on bannit pour être un mauvais citoyen, ne cessera pas de l'être parce qu'il s'en va; chez quelque peuple qu'il habite, il le corrompra et conspirera contre notre ville tout comme auparavant, et plus justement même qu'avant d'être exilé. Je pense d'autre part que vos amis sont particulièrement affligés en ce jour, tandis que vos ennemis se réjouissent, en songeant que, si par erreur vous exilez le meilleur, il se passera dix années sans qu'il puisse rendre aucun service à la république.




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Un citoyen athénien traître à sa patrie


[38] Ἐν οἷς Λεωκράτης οὑτοσὶ καὶ αὐτὸς ἐκ τῆς πόλεως ἀποδρὰς ᾤχετο, καὶ τὰ χρήματα τὰ ὑπάρχοντα ἐξεκόμισε, καὶ τὰ ἱερὰ τὰ πατρῷα μετεπέμψατο, καὶ εἰς τοσοῦτον προδοσίας ἦλθεν, ὥστε κατὰ τὴν τούτου προαίρεσιν ἔρημοι μὲν ἂν ἦσαν οἱ ναοί τῶν ἱερέων, ἔρημοι δ' αἱ φυλακαὶ τῶν τειχῶν, ἐξελέλειπτο δ' ἡ πόλις καὶ ἡ χώρα. [39] Καίτοι κατ' ἐκείνους τοὺς χρόνους ὦ ἄνδρες τίς οὐκ ἂν τὴν πόλιν ἠλέησεν, οὐ μόνον πολίτης, ἀλλὰ καὶ ξένος ἐν τοῖς ἔμπροσθεν χρόνοις ἐπιδεδημηκώς; Τίς δ' ἦν οὕτως ἢ μισόδημος τότ' ἢ μισαθήναιος, ὅστις ἐδυνήθη ἂν ἄτακτον τὸν αὑτὸν ὑπομεῖναι ἰδεῖν; Ἡνίκα ἡ μὲν ἧττα καὶ τὸ γεγονὸς πάθος τῷ δήμῳ προσηγγέλλετο, ὀρθὴ δ' ἦν ἡ πόλις ἐπὶ τοῖς συμϐεϐηκόσιν, αἱ δ' ἐλπίδες τῆς σωτηρίας τῷ δήμῳ ἐν τοῖς ὑπὲρ πεντήκοντ' ἔτη γεγονόσι καθειστήκεσαν, [40] ὁρᾶν δ' ἦν ἐπὶ μὲν τῶν θυρῶν γυναῖκας ἐλευθέρας, περιφόϐους κατεπτηχυίας καὶ πυνθανομένας, εἰ ζῶσιν, τὰς μὲν ὑπὲρ ἀνδρός, τὰς δ' ὑπὲρ πατρός, τὰς δ' ὑπὲρ ἀδελφῶν, ἀναξίως αὑτῶν καὶ τῆς πόλεως ὁρωμένας, τῶν δ' ἀνδρῶν τοὺς τοῖς σώμασιν ἀπειρηκότας καὶ ταῖς ἡλικίαις πρεσϐυτέρους καὶ ὑπὸ τῶν νόμων τοῦ στρατεύεσθαι ἀφειμένους ἰδεῖν ἦν καθ' ὅλην τὴν πόλιν τότ' ἐπὶ γήρως ὀδῷ περιφθειρομένους, διπλᾶ τὰ ἱμάτια ἐμπεπορπημένους.
                                                                                                                                                                          Lycurgue, contre Léocrate, 38-40



ὅς, ἥ, ὅ  : qui, lequel (= qui, quæ, quod) --- voir hors site  pronom relatif
Ἐν οἷς : dans ces circonstances.
ὅπλα κτῶνται, οἷς ἀμυνοῦνται τοὺς ἀδικοῦντας, Xén. Mem. 2, 1, 14 : ils se procurent des armes, avec lesquelles ils puissent se défendre contre ceux qui leur feraient du mal.
καὶ ὁ ᾿Αριστοτέλης δὲ ἔφη τοὺς ἐραστὰς εἰς οὐδὲν ἄλλο τοῦ σώματος τῶν ἐρωμένων ἀποϐλέπειν ἢ τοὺς ὀφθαλμούς, ἐν οἷς τὴν αἰδῶ κατοικεῖν, Ath. Deips. 13, 16 : et Aristote affirme que les amoureux ne regardent du corps de leur bien-aimé que les yeux, là où se niche la pudeur.

εἰς τοσοῦτον προδοσίας ἦλθεν, ὥστε + indicatif (l'intention de Léocrate est considérée comme réalisée)
οἴχομαι (imparf. ᾠχόμην, futur οἰχήσομαι, aor. inus., parf. ᾤχημαι, parf. de forme active οἴχωκα et ᾤχωκα) : aller, venir; s'en aller, partir, se mettre en route.
οἴχεται φεύγων : il s’en va en fuyant.
ἀποδιδράσκω (futur ἀποδράσομαι, aor.2 ἀπέδραν, parf. ἀποδέδρακα) : s’enfuir secrètement.
αὐτὸς ἐκ τῆς πόλεως ἀποδρὰς ᾤχετο : il quitta la ville en fuyard.

ἔρημος, ος, ον, poét. ἐρῆμος, η, ον : désert, solitaire. --- cf. ermite.
ἔρημοι μὲν ἦσαν ... ἔρημοι δ' : étaient déserts ... étaient abandonnés.

Τίς δ' ἦν οὕτως ἢ μισόδημος τότ' ἢ μισαθήναιος, ὅστις ἐδυνήθη ἂν ἄτακτον τὸν αὑτὸν ὑπομεῖναι ἰδεῖν; : qui eût poussé assez loin la haine du peuple et d'Athènes pour refuser de prendre sa part de la défense, lorsqu'on nous annonce  la défaite et le récent désastre ?
ὅστις ἐδυνήθη ἂν ἄτακτον τὸν αὑτὸν ὑπομεῖναι ἰδεῖν : qui était assez hostile à la démocratie pour être capable de prendre sa part

ἐλεέω-ἐλεῶ (imparf. ἠλέουν, futur ἐλεήσω, aor. ἠλέησα, parf. inus. ; parf. passif ἠλέημαι) : s’apitoyer, avoir pitié.
τίς οὐκ ἂν τὴν πόλιν ἠλέησεν : qui n'aurait eu pitié de la ville ?
cf. Κύριε ἐλέησον : seigneur, prends pitié.
καίτοι κατ' ἐκείνους τοὺς χρόνους, ὦ ἄνδρες, τίς οὐκ ἂν τὴν πόλιν ἠλέησεν, οὐ μόνον πολίτης, ἀλλὰ καὶ ξένος ἐν τοῖς ἔμπροσθεν χρόνοις ἐπιδεδημηκώς; : et pourtant, juges, en ces temps dont je parle, qui n'aurait eu pitié de la ville, je ne dis pas quel citoyen, mais quel étranger, pour peu qu'il y eût autrefois séjourné ?
ἐπιδημέω-ῶ : résider dans le pays, séjourner.

φθείρω (futur φθερῶ, aor. ἔφθειρα, parf. ἔφθαρκα, parf.2 ἔφθορα : faire périr, détruire, ruiner.
moyen futur au sens passif φθεροῦμαι, futur 2 φθαροῦμαι.
ἐμπορπάω-ῶ (seul. au passif participe parfait ἐμπεπορπημένος, Lycurg. 153, 5 : agrafer.
περιφθειρομένους, διπλᾶ τὰ ἱμάτια ἐμπεπορπημένους : (hommes) sur le seuil du tombeau, le manteau doublé et agrafé à l'épaule.





[38] C'est le moment que choisit Léocrate pour la quitter en fuyard : il s'échappe lui-même, il emporte ses biens, il se fait envoyer ses dieux domestiques, il pousse la trahison au point que, s'il n'eût tenu qu'à lui, les temples étaient déserts, les remparts dégarnis de leurs défenseurs, la ville et le pays laissés à l'abandon. [39] Et pourtant, juges, en ces temps dont je parle, qui n'aurait eu pitié de la ville, je ne dis pas quel citoyen, mais quel étranger, pour peu qu'il y eût autrefois séjourné ? Qui eût poussé assez loin la haine du peuple et d'Athènes pour refuser de prendre sa part de la défense, lorsqu'on nous annonce  la défaite et le récent désastre, que la ville s'était comme dressée d'effroi à la nouvelle des événements, que toutes les espérances de salut ne reposaient plus que sur des hommes âgés de plus de cinquante ans, [40] que l'on voyait se presser aux portes les femmes athéniennes, anxieuses, consternées, et demander : "Vivent-ils ?" en parlant d'un mari, d'un père, de leurs frères, donnant un spectacle indigne d'elles et de la république, que l'on voyait enfin les hommes au corps affaibli, avancés en âge, affranchis par les lois du service militaire, circuler dans toute la ville, tout fourbus qu'ils fussent et sur le seuil du tombeau, le manteau doublé et agrafé à l'épaule ?
                   trad. Félix Durrbach; éd. les belles lettres.





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Léocrate déserteur a perdu tout droit à la pitié

[143] Καὶ αὐτίκα μάλ' ὑμᾶς ἀξιώσει ἀκούειν αὐτοῦ ἀπολογουμένου κατὰ τοὺς νόμους· ὑμεῖς δ' ἐρωτᾶτε αὐτὸν ποίους; Οὓς ἐγκαταλιπὼν ᾤχετο; Καὶ ἐᾶσαι αὐτὸν οἰκεῖν ἐν τοῖς τείχεσι τῆς πατρίδος· ποίοις; Ἃ μόνος τῶν πολιτῶν οἷς οὐ συνδιεφύλαξε; Καὶ ἐπικαλέσεται τοὺς θεοὺς σώσοντας αὐτὸν ἐκ τῶν κινδύνων· τίνας; Οὐχ ὧν τοὺς νεὼς καὶ τὰ ἕδη καὶ τὰ τεμένη προὔδωκε; Καὶ δεήσεται καὶ ἱκετεύσει ἐλεῆσαι αὐτόν· τίνων; Οὐχ οἷς τὸν αὐτὸν ἔρανον εἰς τὴν σωτηρίαν εἰσενεγκεῖν οὐκ ἐτόλμησε; Ῥοδίους ἱκετευέτω· τὴν γὰρ ἀσφάλειαν [144] ἐν τῇ ἐκείνων πόλει μᾶλλον ἢ ἐν τῇ ἑαυτοῦ πατρίδι ἐνόμισεν εἶναι. Ποία δ' ἡλικία δικαίως ἂν τοῦτον ἐλεήσειε; Πότερον ἡ τῶν πρεσϐυτέρων; Ἀλλ' οὐδὲ γηροτροφηθῆναι, οὐδ' ἐν ἐλευθέρῳ τῷ ἐδάφει τῆς πατρίδος αὐτοῖς ταφῆναι τὸ καθ' αὑτὸν μέρος παρέδωκεν. Ἀλλ' ἡ τῶν νεωτέρων; Καὶ τίς ἂν ἀναμνησθεὶς τῶν ἡλικιωτῶν τῶν ἐν Χαιρωνείᾳ ἑαυτῷ συμπαραταξαμένων καὶ τῶν κινδύνων τῶν αὐτῶν μετασχόντων, σώσειεν τὸν τὰς ἐκείνων θήκας προδεδωκότα, καὶ τῇ αὐτῇ ψήφῳ τῶν μὲν ὑπὲρ τῆς ἐλευθερίας τελευτησάντων παράνοιαν καταγνοίη, τὸν δ' ἐγκαταλιπόντα τὴν πατρίδα ὡς εὖ φρονοῦντα ἀθῷον ἀφείη; [145] Ἐξουσίαν ἄρα δώσετε τῷ βουλομένῳ, καὶ λόγῳ καὶ ἔργῳ τὸν δῆμον καὶ ὑμᾶς κακῶς ποιεῖν. Οὐ γὰρ μόνον νῦν οἱ φεύγοντες κατέρχονται, ὅταν ὁ ἐγκαταλιπὼν τὴν πόλιν, καὶ φυγὴν αὐτὸς ἑαυτοῦ καταγνούς, καὶ οἰκήσας ἐν Μεγάροις ἐπὶ προστάτου πλείω πέντ' ἢ ἓξ ἔτη, ἐν τῇ χώρᾳ καὶ ἐν τῇ πόλει ἀναστρέφηται, ἀλλὰ καὶ ὁ μηλόϐοτον τὴν Ἀττικὴν ἀνεῖναι φανερᾷ τῇ ψήφῳ καταψηφισάμενος, οὗτος ἐν ταύτῃ τῇ χώρᾳ σύνοικος ὑμῶν γεγένηται.
                                                                                                                                                                       Lycurgue, contre Léocrate, 143-145



αὐτίκα adv. : à l’instant même, aussitôt, immédiatement; tout de même, pareillement, par exemple.
μάλ' αὐτίκα ou αὐτίκα μάλα : tout de suite.
αὐτίκα δὴ μάλα : par exemple maintenant.
μάλα : (compar. μᾶλλον et superl. μάλιστα) adv. : tout à fait, très, fort, beaucoup.
μάλ' εὖ : très bien, tout à fait.

ἀξιόω-ῶ (imparf. ἤξιουν, futur ἀξιώσω, aor. ἠξίωσα, parf. ἠξίωκα): évaluer, apprécier, juger digne.
ὑμᾶς ἀξιώσει ἀκούειν αὐτοῦ ἀπολογουμένου κατὰ τοὺς νόμους : il va vous prier d'entendre sa défense, conformément aux lois.
ὑμεῖς δ' ἐρωτᾶτε αὐτὸν ποίους; demandez-lui donc au nom de quelles lois ?
(τοὺς νόμους) Οὓς ἐγκαταλιπὼν ᾤχετο : (les lois) il les a répudiées par sa fuite.
οἴχομαι (imparf. ᾠχόμην, futur οἰχήσομαι, aor. inus., parf. ᾤχημαι, parf. de forme active οἴχωκα et ᾤχωκα) : aller, venir; s’en aller, partir, se mettre en route.
ἐγκαταλείπω (aor.2 ἐγκατέλιπον, parf. ἐγκαταλέλοιπα) : laisser dans; laisser derrière soi; abandonner, délaisser.

ἐάω-εῶ (imparf. εἴων, futur ἐάσω, aor. εἴασα, parf. εἴακα; passif aor. εἰάθην, parf. εἴαμαι) : laisser, souffrir, négliger; permettre.
ποῖος, α, ον ; (ὁποῖος) quel ? de quelle sorte ? (= qualis ?) --- voir hors site  ποῖος
ποίοις; : de quelle sorte (de dieux) ?

ἐλεέω-ἐλεῶ (imparf. ἠλέουν, futur ἐλεήσω, aor. ἠλέησα, parf. inus. ; parf. passif ἠλέημαι) : s’apitoyer, avoir pitié.
τίς οὐκ ἂν τὴν πόλιν ἠλέησεν : qui n'aurait eu pitié de la ville ?
cf. Κύριε ἐλέησον : seigneur, prends pitié.
Καὶ δεήσεται καὶ ἱκετεύσει ἐλεῆσαι αὐτόν : il vous demandera, il viendra vous supplier de le prendre en pitié.
δέω (imparf. ἔδεον, futur δεήσω, aor. ἐδέησα, parf. δεδέηκα) : manquer, avoir besoin de.
moyen δέομαι (futur δεήσομαι, aor. ἐδεήθην, parf. δεδέημαι) : avoir besoin; demander, prier.
ἱκετεύω (imparf. ἱκέτευον, futur ἱκετεύσω, aor. ἱκέτευσα, parf. inus.) : venir comme suppliant, venir supplier.

ἀσφάλεια, ας (ἡ) : le fait de ne pas glisser, allure ferme; stabilité; sûreté, sécurité.
νομίζω (futur νομίσω, att. νομίῶ, aor. ἐνόμισα, parf. νενόμικα) : avoir en usage, pratiquer; penser, croire, regarder comme; reconnaître (les dieux).
τούτους (τοὺς θεοὺς) πάντες οἱ Σκύθαι νενομίκασι : voilà les dieux que reconnaissent tous les Scythes.
Ῥοδίους ἱκετευέτω· τὴν γὰρ ἀσφάλειαν ἐν τῇ ἐκείνων πόλει μᾶλλον ἢ ἐν τῇ ἑαυτοῦ πατρίδι ἐνόμισεν εἶναι : qu'il aille implorer les Rhodiens, puisqu'il a pensé trouver chez eux plus de sécurité que dans son propre pays !






[143] Dans un instant, il va vous prier d'entendre sa défense, conformément aux lois. Demandez-lui donc au nom de quelles lois ? il les a répudiées par sa fuite. Il vous suppliera de l'admettre à vivre à l'abri  des murs de la patrie. Mais quoi ! seul de tous les concitoyens, il s'est refusé à les défendre avec vous. Il va invoquer le secours des dieux dans le péril. Mais quels dieux ? Ceux dont il a livré les temples, les autels, les enceintes sacrées ! Il vous demandera, il vous conjurera de le prendre en pitié. Votre pitié ? lui qui n'a pas eu le cœur de contribuer pour sa part avec vous au salut commun ! Qu'il aille implorer les Rhodiens, puisqu'il a pensé trouver chez eux plus de sécurité que dans son propre pays !   [144] Quel âge lui devrait la pitié ? Les vieillards ? Mais, autant qu'il dépendaient de lui, il les a privés des derniers soins que réclame la vieillesse et de la sépulture qu'il leur est réservée dans le sol libre de la patrie. Les jeunes gens ? Mais lesquels d'entre eux, au souvenir des camarades qui ont combattu à leurs côtés à Chéronée, et qui ont pris part aux mêmes dangers, voudraient sauver le lâche qui a livré le tombeau des braves, tandis que, par le même suffrage, ils taxeraient de démence ceux qui sont tombés pour la liberté, et absoudraient, justifieraient celui qui a déserté sa patrie ?  [145]  Ce serait donner licence  à qui voudrait,  par la parole  ou par les actes,  nuire à l'Etat et à vous-mêmes. Il ne s'agit pas aujourd'hui d'un simple retour d'exilés, mais d'un homme qui , après avoir abandonné la ville, après s'être condamné lui-même à l'exil et avoir  résidé pendant plus de cinq ou six ans à Mégare sous la tutelle d'un patron, s'en revient vivre dans le pays et à Athènes :  n'est-ce pas comme si l'ennemi qui vota à bulletin ouvert qu'on  ferait de l'Attique  un pâturage pour les troupeaux, venait dans ce pays cohabiter avec nous ?
           trad. Félix Durrbach; éd. les belles lettres.





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Les juges ne doivent pas se laisser prendre à la comédie pseudo-démocratique de Démosthène



Οὗτος κλάει μὲν ῥᾷον ἢ ἄλλοι γελῶσιν, ἐπιορκεῖ δὲ πάντων προχειρότατα ἀνθρώπων. Οὐκ ἂν θαυμάσαιμι δὲ εἰ, μεταϐαλλόμενος, τοῖς ἔξω περιεστηκόσι λοιδορήσεται, φάσκων τοὺς μὲν ὀλιγαρχικοὺς ὑπ' αὐτῆς τῆς ἀληθείας διηριθμημένους ἥκειν πρὸς τὸ τοῦ κατηγόρου βῆμα, τοὺς δὲ δημοτικοὺς πρὸς τὸ τοῦ φεύγοντος. (208) Ὅταν δὴ ταῦτα λέγῃ, πρὸς μὲν τοὺς στασιαστικοὺς λόγους ἐκεῖνο αὐτῷ ὑποϐάλλετε, ὅτι, Ὦ Δημόσθενες, εἰ σοὶ ἦσαν ὅμοιοι οἱ ἀπὸ Φυλῆς φεύγοντα τὸν δῆμον καταγαγόντες, οὐκ ἄν ποθ' ἡ δημοκρατία κατέστη· νῦν δὲ ἐκεῖνοι μὲν, μεγάλων κακῶν συμϐάντων, ἔσωσαν τὴν πόλιν, τὸ κάλλιστον ἐκ παιδείας ῥῆμα φθεγξάμενοι, Μὴ μνησικακεῖν· σὺ δὲ ἑλκοποιεῖς, καὶ μᾶλλόν σοι μέλει τῶν αὐθημερὸν λόγων, ἢ τῆς σωτηρίας τῆς πόλεως· ὅταν δ', ἐπίορκος ὢν, εἰς τὴν τῶν ὅρκων πίστιν καταφυγγάνῃ, ἐκεῖνο ἀπομνημονεύσατε αὐτῷ, ὅτι τῷ πολλάκις μὲν ἐπιορκοῦντι, ἀεὶ δὲ μεθ' ὅρκων ἀξιοῦντι πιστεύεσθαι, δυοῖν θάτερον ὑπάρξαι δεῖ, ὧν οὐδέτερόν ἐστι Δημοσθένει ὑπάρχον, ἢ τοὺς θεοὺς καινούς, ἢ τοὺς ἀκροατὰς μὴ τοὺς αὐτούς. (209) Περὶ δὲ τῶν δακρύων καὶ τοῦ τόνου τῆς φωνῆς, ὅταν ὑμᾶς ἐπερωτᾷ. Ποῖ καταφύγω, ἄνδρες Ἀθηναῖοι; Εἰ περιεγράψατέ με ἐκ τῆς πολιτείας, οὐκ ἔστιν ὅπη ἀναπτήσομαι· ἀνθυποϐάλλετε αὐτῷ. Ὁ δὲ δῆμος ὁ Ἀθηναίων ποῖ καταφύγῃ, Δημόσθενες; Πρὸς ποίαν συμμάχων παρασκευήν; Πρὸς ποῖα χρήματα; Τί προϐαλλόμενος ὑπὲρ τοῦ δήμου πεπολίτευσαι; Ἃ μὲν γὰρ ὑπὲρ σεαυτοῦ βεϐούλευσαι, ἅπαντες ὁρῶμεν. Ἐκλιπὼν μὲν τὸ ἄστυ, οὐκ οἰκεῖς, ὡς δοκεῖς, ἐν Πειραιεῖ, ἀλλ' ἐξορμεῖς ἐκ τῆς πόλεως, ἐφόδια δὲ πεπόρισαι τῇ σαυτοῦ ἀνανδρίᾳ τὸ βασιλικὸν χρυσίον, καὶ τὰ δημόσια δωροδοκήματα.
 [210] Ὅλως δὲ τί τὰ δάκρυα; Τίς ἡ κραυγή; Τίς ὁ τόνος τῆς φωνῆς; Οὐχ ὁ μὲν τὴν γραφὴν φεύγων ἐστὶ Κτησιφῶν; Ὁ δὲ ἀγὼν οὐκ ἀτίμητος· σὺ δ' οὔτε περὶ τοῦ σώματος, οὔτε περὶ τῆς ἐπιτιμίας ἀγωνίζῃ;
                                                                                                                                                          Eschine, contre Ctésiphon, 207-210


κλαίω, att. κλάω (imparf. ἔκλαιον, att. ἔκλαον, futur κλαύσομαι, att. κλαιήσω ou κλαήσω, aor. ἔκλαυσα, parf. inus. ; passif aor. ἐκλαύσθην, parf. κέκλαυμαι, postér. κέκλαυσμαι): pleurer; pleurer sur, déplorer.
γελάω-ῶ (imparf. ἐγέλων ; futur γελάσομαι, postér. γελάσω; aor. ἐγέλασα ; parf. inus. ; passif futur γελασθήσομαι, aor. ἐγελάσθην : briller; rire (qui illumine le visage)

ἐπιορκέω-ῶ (f. ἐπιορκήσω, aor. ἐπιώρκησα, parf. ἐπιώρκηκα) : faire un faux serment; jurer faussement.
πρόχειρος, ος, ον : devant la main, à la portée de tous, prêt, facile, naturel.
χείρ, gén. χειρός, dat. plur. χερσί (ἡ) : main.
ἐπιορκεῖ δὲ πάντων προχειρότατα ἀνθρώπων : il  fait un faux serment le plus naturellement du monde

θαυμάζω (futur θαυμάσομαι, rarement θαυμάσω, aor. ἐθαύμασα, parf. τεθαύμακα; passif aor. ἐθαυμάσθην, parf. τεθαύμασμαι) : s’étonner, voir avec étonnement ou admiration, admirer, vénérer, honorer.
λοιδορέω-ῶ : insulter, invectiver, injurier, gourmander durement; reprocher.
οὐκ ἂν θαυμάσαιμι δὲ εἰ, μεταϐαλλόμενος, τοῖς ἔξω περιεστηκόσι λοιδορήσεται : je ne serais pas étonné qu'il se retourne contre le cercle de l'auditoire pour l'invectiver.
περιΐστημι (aor.1 περιέστησα), parf. περιέστηκα, participe parfait περιέστηκῶς : placer autour, se placer autour.
ἔξω, adv. et prép. : au dehors, dehors, hors.

ἀτίμητος, ος, ον : non honoré, méprisé; non évalué, non estimé.
ἀγὼν ἀτίμητος : procès sans estimation.

Celui-là pleurent plus facilement que les autres ne rient pour se parjurer. Il n'a pas son pareil, et je ne serais pas étonné qu'il se retourne contre le cercle de l'auditoire pour l'invectiver, et prétende que les partisans de l'oligarchie se trouvent répartis comme le veut elle-même la vérité, en s'étant mis du côté de la tribune de l'accusateur, et ceux de la démocratie du côté de celle de l'accusé. (208) Quand il tiendra ce genre de propos, répliquez à son langage de division ceci : "Démosthène, si ceux qui ont rapatrié de Phylé les démocrates en exil avaient été semblables à toi, jamais la démocratie n'aurait été rétablie. Mais en fait ceux-là trouvèrent la cité qui avait connu de grands malheurs en prononçant la plus belle parole qui se puisse enseigner, de ne pas tenir rancune, alors que toi, tu envenimes les plaies, et tu te soucies plus de tes discours faits au jour le jour que du salut de la cité. Quand il se parjurera et se réfugiera derrière la confiance que procurent les serments, rappelez-lui alors que celui qui se parjure souvent et prétend chaque fois, serments à l'appui, obtenir la confiance doit avoir l'une des deux possibilités dont Démosthène n'a ni l'un ni l'autre, ou bien des dieux renouvelés ou bien des auditeurs qui ne soient pas les mêmes. (209) S'agissant de ses larmes et du ton de sa voix quand il demandera : "Où me réfugier, Athéniens ? Vous m'avez enfermé, je n'ai nulle part pour m'envoler", vous lui répondrez du tac au tac : "Et le peuple d'Athènes, où se réfugiera-t-il, Démosthène ? Vers quels alliés prêts à le secourir ? Vers quels biens ? Quel rempart pour protéger le peuple nous vaut ta politique ? Car tes résolutions pour protéger ta personne, nous les voyons tous. Si tu as quitté la Ville, ce n'est pas pour t'installer, il me semble, au Pirée, mais pour être sur ton départ d'Athènes, et pour payer le voyage tu réserves à ta lâcheté l'or du roi et le prix de tes malversations politiques".  [210] En somme pourquoi ces larmes ? Pourquoi ces cris ? Pourquoi ce ton de la voix ? N'est-il pas vrai que ce soit Ctésiphon l'accusé dans ce procès, sans que la peine en soit déterminée d'avance par une loi ? Au lieu que pour toi l'enjeu n'est ni ton argent, ni ta personne, ni tes droits de citoyen.
         trad. Lucien Pernée, cahiers 128, éd. Armand Colin.





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Démosthène, avant Chéronée, a empêché la paix




(148) Φιλίππου γὰρ οὐ καταφρονοῦντος τῶν Ἑλλήνων, οὐδ' ἀγνοοῦντος (οὐ γὰρ ἦν ἀσύνετος) ὅτι περὶ τῶν ὑπαρχόντων ἀγαθῶν ἐν ἡμέρας μικρῷ μέρει διαγωνιεῖται, καὶ διὰ ταῦτα βουλομένου ποιήσασθαι εἰρήνην, καὶ πρεσϐείας ἀποστέλλειν μέλλοντος, καὶ τῶν ἀρχόντων τῶν ἐν Θήϐαις φοϐουμένων τὸν ἐπιόντα κίνδυνον εἰκότως (οὐ γὰρ ῥήτωρ ἀστράτευτος καὶ λιπὼν τὴν τάξιν αὐτοὺς ἐνουθέτησεν, ἀλλ' ὁ Φωκικὸς πόλεμος, δεκέτης γεγονὼς ἀείμνηστον παιδείαν αὐτοὺς ἐπαίδευσε)· (149) τούτων ἐχόντων οὕτως αἰσθόμενος Δημοσθένης καὶ τοὺς Βοιωτάρχας ὑποπτεύσας μέλλειν εἰρήνην ἰδίᾳ ποιεῖσθαι, χρυσίον ἄνευ αὑτοῦ παρὰ Φιλίππου λαβόντας, ἀβίωτον ἡγησάμενος εἶναι εἴ τινος ἀπολειφθήσεται δωροδοκίας, ἀναπηδήσας ἐν τῇ ἐκκλησίᾳ, οὐδενὸς ἀνθρώπων λέγοντος, οὔθ' ὡς δεῖ ποιεῖσθαι πρὸς Φίλιππον εἰρήνην, οὔθ' ὡς οὐ δεῖ, ἀλλ' ὡς ᾤετο, κήρυγμά τι τοῦτο τοῖς Βοιωτάρχαις προκηρύττων, ἀναφέρειν αὑτῷ τὰ μέρη τῶν λημμάτων, διώμνυτο τὴν Ἀθηνᾶν,
[150] ἣν, ὡς ἔοικε, Φειδίας ἐνεργολαϐεῖν ἠργάσατο καὶ ἐνεπιορκεῖν Δημοσθένει, ἦ μήν, εἴ τις ἐρεῖ ὡς χρὴ πρὸς Φίλιππον εἰρήνην ποιήσασθαι, ἀπάξειν εἰς τὸ δεσμωτήριον ἐπιλαϐόμενος τῶν τριχῶν, ἀπομιμούμενος τὴν Κλεοφῶντος πολιτείαν, ὃς, ἐπὶ τοῦ πρὸς Λακεδαιμονίους πολέμου, ὡς λέγεται, τὴν πόλιν ἀπώλεσεν. Ὡς δ' οὐ προσεῖχον αὐτῷ οἱ ἄρχοντες οἱ ἐν ταῖς Θήϐαις, ἀλλὰ καὶ τοὺς στρατιώτας τοὺς ὑμετέρους πάλιν ἀνέστρεψαν ἐξεληλυθότας, ἵνα βουλεύσησθε περὶ τῆς εἰρήνης, (151) ἐνταῦθ' ἤδη παντάπασιν ἔκφρων ἐγένετο, καὶ, παρελθὼν ἐπὶ τὸ βῆμα, προδότας τῶν Ἑλλήνων τοὺς Βοιωτάρχας ἀπεκάλεσε, καὶ γράψειν ἔφη ψήφισμα, ὁ τοῖς πολεμίοις οὐδεπώποτ' ἀντιβλέψας, πέμπειν ὑμᾶς πρέσβεις εἰς Θήϐας, αἰτήσοντας Θηϐαίους δίοδον ἐπὶ Φίλιππον. Ὑπεραισχυνθέντες δὲ οἱ ἐν Θήϐαις ἄρχοντες, μὴ δόξωσιν ὡς ἀληθῶς εἶναι προδόται τῶν Ἑλλήνων, ἀπὸ μὲν τῆς εἰρήνης ἀπετράποντο, ἐπὶ δὲ τὴν παράταξιν ὥρμησαν.
                                                                                                                                                                                            Eschine, contre Ctésiphon, 148-151


ἀποτρέπω ((futur ἀποτρέψω, aor.2 ἀπἔτραπον) : détourner, écarter, dissuader.
moyen futur. ἀποτρέψομαι, futur 2 ἀποτραπήσομαι, aor.2 ἀπετραπόμην) : se détourner.
παράταξις, εως (ἡ) : action de ranger une armée en bataille.


(148) Philippe ne méprisait pas les Grecs; il n'était pas dénué de bon sens et n'ignorait pas qu'il allait risquer sa fortune présente dans le court espace d'une journée. Aussi désirait-il faire la paix, et se disposait à nous envoyer des ambassadeurs. A Thèbes, les magistrats étaient effrayés du péril menaçant :  à juste titre, car ce n'était pas un politicien étranger à la guerre et déserteur de son poste qui leur donnait des avertissements, mais la guerre de Phocide,qui avait duré dix ans, leur avait laissé un enseignement inoubliable.
(149) Démosthène que telle était la situation, il souçonna que les Béotarques allaient conclure une paix séparée, en touchant de l'argent de Philippe, sans qu'il en eût sa part, il pensa alors que la vie était intolérable s'il devait manquer un profit, et il bondit à la tribune. A ce moment personne ne parlait ni pour ni contre la paix avec Philippe, mais il pensait adresser par ce discours un avertissement solennel aux Béotarques de lui attribuer sa part du gain et il jura par Athéna,
[150]  --- cette déesse que Phidias avait sans doute sculptée pour qu'elle servît aux prévarications et aux faux serments d'un Démosthès, --- il jura de saisir par les cheveux et de traîner en prison quiconque viendrait dire qu'il fallait faire la paix avec Philippe. Il imitait en cela fidèlement la politique de ce Ctésiphon qui, à l'époque de la guerre avec Spartes, avait, dit-on, causé la ruine de la république. Mais les magistrats de Thèbes ne l'écoutèrent pas, et firent même volte-face à vos troupes qui étaient déjà en route, afin que vous délibériez sur la paix.
(151)Alors il perd tout à fait la raison, il monte à la tribune, il appelle les Béotarques traîtres aux Héllènes, et qui n'a jamais regardé l'ennemi en face, il déclare qu'il va vous faire décréter l'envoi d'une ambassade à Thèbes pour demander le libre passage des troupes contre Philippe. Accablés de honte à l'idée qu'ils pourraient réellement paraître trahir la cause des Grecs, les magistrats de Thèbes renoncent à la paix et s'empressent de préparer le combat.
        trad. Victor Martin et Guy de Budé; éd. les belles lettres




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 Un esprit sain dans un corps sain
 




εὖ γὰρ ἴσθι ὅτι οὐδὲ ἐν ἄλλῳ οὐδενὶ ἀγῶνι οὐδὲ ἐν πράξει οὐδεμιᾷ μεῖον ἕξεις διὰ τὸ βέλτιον τὸ σῶμα παρεσκευάσθαι· πρὸς πάντα γὰρ ὅσα πράττουσιν ἄνθρωποι χρήσιμον τὸ σῶμά ἐστιν· ἐν πάσαις δὲ ταῖς τοῦ σώματος χρείαις πολὺ διαφέρει ὡς βέλτιστα τὸ σῶμα ἔχειν· ἐπεὶ καὶ ἐν ᾧ δοκεῖ ἐλαχίστη σώματος χρεία εἶναι, ἐν τῷ διανοεῖσθαι, τίς οὐκ οἶδεν ὅτι καὶ ἐν τούτῳ πολλοὶ μεγάλα σφάλλονται διὰ τὸ μὴ ὑγιαίνειν τὸ σῶμα; καὶ λήθη δὲ καὶ ἀθυμία καὶ δυσκολία καὶ μανία πολλάκις πολλοῖς διὰ τὴν τοῦ σώματος καχεξίαν εἰς τὴν διάνοιαν ἐμπίπτουσιν οὕτως ὥστε καὶ τὰς ἐπιστήμας ἐκϐάλλειν. τοῖς δὲ τὰ σώματα εὖ ἔχουσι πολλὴ ἀσφάλεια καὶ οὐδεὶς κίνδυνος διά γε τὴν τοῦ σώματος καχεξίαν τοιοῦτόν τι παθεῖν, εἰκὸς δὲ μᾶλλον πρὸς τὰ ἐναντία τῶν διὰ τὴν καχεξίαν γιγνομένων {καὶ} τὴν εὐεξίαν χρήσιμον εἶναι· καίτοι τῶν γε τοῖς εἰρημένοις ἐναντίων ἕνεκα τί οὐκ ἄν τις νοῦν ἔχων ὑπομείνειεν; αἰσχρὸν δὲ καὶ τὸ διὰ τὴν ἀμέλειαν γηρᾶναι, πρὶν ἰδεῖν ἑαυτὸν ποῖος ἂν κάλλιστος καὶ κράτιστος τῷ σώματι γένοιτο· ταῦτα δὲ οὐκ ἔστιν ἰδεῖν ἀμελοῦντα· οὐ γὰρ ἐθέλει αὐτόματα γίγνεσθαι.
                                                                                                                                                                                               Xénophon, Mémorables, 3, 12


οὐδέ : et ne, et non; et… non pas même, ni même (lat. ne… quidem)
μείων, ων, ον, gén. ονος : moindre, plus petit; inférieur ou moindre en force, en puissance, en crédit.
μεῖον ἕξεις : tu te trouveras en pire état (sans les négations).
παρασκευάζω (futur παρασκευάσω, aor. παρεσκεύασα, parf. παρεσκεύακα) : préparer, apprêter, disposer.

ταῦτα δὲ οὐκ ἔστιν ἰδεῖν ἀμελοῦντα : on ne peut le savoir si on le néglige.
ἀμελέω-ῶ (futur ἀμελήσω, aor. ἠμέλησα, parf. ἠμέληκα) : ne pas s’inquiéter, négliger.
ἐθέλω (imparf. ἤθελον, futur ἐθελήσω, aor. ἠθέλησα, parf. ἠθέληκα, pl.q.parf. ἠθελήκειν) : vouloir, vouloir bien, consentir à.
αὐτόματος, η, ον  : qui se meut de soi-même.
οὐ γὰρ ἐθέλει αὐτόματα γίγνεσθαι : car cela ne vient pas tout seul.
οὐ γὰρ ἐθέλει αὐτόματα γίγνεσθαι :  car cela ne vient pas de soi-même.




Sache bien que, dans aucune autre lutte, dans aucun acte de la vie, tu ne te trouveras mal d'avoir bien exercé ton corps : en effet, dans toutes les actions que font les hommes, le corps a son utilité, et dans tous les usages où nous l'employons il est essentiel qu'il soit constitué le mieux possible. Il y a plus, dans les fonctions même où tu crois qu'il a le moins de part, je veux dire celles de l'intelligence, qui ne sait que la pensée commet souvent de grandes fautes, parce que le corps est mal disposé ? Le défaut de mémoire, la lenteur d'esprit, la paresse, la folie, sont souvent la suite d'une disposition vicieuse du corps, qui atteint l'intelligence, au point de nous faire perdre ce que nous savons. Si, au contraire, le corps est sain, il y a toute sûreté, et il n'y a pas de danger que l'homme en arrive là, faute d'une bonne constitution; il est même vraisemblable que la vigueur de son tempérament sera excellente pour produire en lui des effets contraires à ceux d'une constitution mauvaise. Et que ne fera pas un homme de bon sens pour arriver au contraire de ce qui vient d'être dit ? D'ailleurs, il est honteux de vieillir dans cette négligence, sans savoir jusqu'où pourraient s'étendre la beauté et la force de son corps : or c'est ce qu'on ne peut connaître sans exercice; car rien de cela ne vient de soi-même.






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Qualités militaires de Cléarque


(1.3.17) ἐγὼ γὰρ ὀκνοίην μὲν ἂν εἰς τὰ πλοῖα ἐμβαίνειν ἃ ἡμῖν δοίη, μὴ ἡμᾶς αὐταῖς τριήρεσι καταδύσῃ, φοβοίμην δ' ἂν τῷ ἡγεμόνι ὃν δοίη ἕπεσθαι, μὴ ἡμᾶς ἀγάγῃ ὅθεν οὐκ ἔσται ἐξελθεῖν · βουλοίμην δ' ἂν ἄκοντος ἀπιὼν Κύρου λαθεῖν αὐτὸν ἀπελθών · ὃ οὐ δυνατόν ἐστιν.

 (2.1.14)
ἄλλους δέ τινας ἔφασαν λέγειν ὑπομαλακιζομένους, ὡς καὶ Κύρῳ πιστοὶ ἐγένοντο καὶ βασιλεῖ ἂν πολλοῦ ἄξιοι γένοιντο, εἰ βούλοιτο φίλος γενέσθαι· καὶ εἴτε ἄλλο τι θέλοι χρῆσθαι εἴτ᾽ ἐπ᾽ Αἴγυπτον στρατεύειν, συγκαταστρέψαιντ᾽ ἂν αὐτῷ.

(2,1,20) Κλέαρχος δὲ πρὸς ταῦτα εἶπεν· -- ἀλλὰ ταῦτα μὲν δὴ σὺ λέγεις· παρ᾽ ἡμῶν δὲ ἀπάγγελλε τάδε, ὅτι ἡμεῖς οἰόμεθα, εἰ μὲν δέοι βασιλεῖ φίλους εἶναι, πλείονος ἂν ἄξιοι εἶναι φίλοι ἔχοντες τὰ ὅπλα ἢ παραδόντες ἄλλῳ, εἰ δὲ δέοι πολεμεῖν, ἄμεινον ἂν πολεμεῖν ἔχοντες τὰ ὅπλα ἢ ἄλλῳ παραδόντες.

(2.1.21) ὁ δὲ Φαλῖνος εἶπε· "ταῦτα μὲν δὴ ἀπαγγελοῦμεν· ἀλλὰ καὶ τάδε ὑμῖν εἰπεῖν ἐκέλευσε βασιλεύς, ὅτι μένουσι μὲν ὑμῖν αὐτοῦ σπονδαὶ εἴησαν, προϊοῦσι δὲ καὶ ἀπιοῦσι πόλεμος".  εἴπατε οὖν καὶ περὶ τούτου πότερα μενεῖτε καὶ σπονδαί εἰσιν ἢ ὡς πολέμου ὄντος παρ᾽ ὑμῶν ἀπαγγελῶ.

[2, 6, 1] οἱ μὲν δὴ στρατηγοὶ οὕτω ληφθέντες ἀνήχθησαν ὡς βασιλέα καὶ ἀποτμηθέντες τὰς κεφαλὰς ἐτελεύτησαν, εἷς μὲν αὐτῶν Κλέαρχος ὁμολογουμένως ἐκ πάντων τῶν ἐμπείρως αὐτοῦ ἐχόντων δόξας γενέσθαι ἀνὴρ καὶ πολεμικὸς καὶ φιλοπόλεμος ἐσχάτως. (2.6.2) καὶ γὰρ δὴ ἕως μὲν πόλεμος ἦν τοῖς Λακεδαιμονίοις πρὸς τοὺς Ἀθηναίους παρέμενεν, ἐπειδὴ δὲ εἰρήνη ἐγένετο, πείσας τὴν αὑτοῦ πόλιν ὡς οἱ Θρᾷκες ἀδικοῦσι τοὺς Ἕλληνας καὶ διαπραξάμενος ὡς ἐδύνατο παρὰ τῶν ἐφόρων ἐξέπλει ὡς πολεμήσων τοῖς ὑπὲρ Χερρονήσου καὶ Περίνθου Θρᾳξίν. (2.6.3) ἐπεὶ δὲ μεταγνόντες πως οἱ ἔφοροι ἤδη ἔξω ὄντος ἀποστρέφειν αὐτὸν ἐπειρῶντο ἐξ Ἰσθμοῦ, ἐνταῦθα οὐκέτι πείθεται, ἀλλ᾽ ᾤχετο πλέων εἰς Ἑλλήσποντον. (2.6.4) ἐκ τούτου καὶ ἐθανατώθη ὑπὸ τῶν ἐν Σπάρτῃ τελῶν ὡς ἀπειθῶν. ἤδη δὲ φυγὰς ὢν ἔρχεται πρὸς Κῦρον, καὶ ὁποίοις μὲν λόγοις ἔπεισε Κῦρον ἄλλῃ γέγραπται, δίδωσι δὲ αὐτῷ Κῦρος μυρίους δαρεικούς· (2.6.5) ὁ δὲ λαϐὼν οὐκ ἐπὶ ῥᾳθυμίαν ἐτράπετο, ἀλλ᾽ ἀπὸ τούτων τῶν χρημάτων συλλέξας στράτευμα ἐπολέμει τοῖς Θρᾳξί, καὶ μάχῃ τε ἐνίκησε καὶ ἀπὸ τούτου δὴ ἔφερε καὶ ἦγε τούτους καὶ πολεμῶν διεγένετο μέχρι Κῦρος ἐδεήθη τοῦ στρατεύματος· τότε δὲ ἀπῆλθεν ὡς ξὺν ἐκείνῳ αὖ πολεμήσων. (2.6.6) ταῦτα οὖν φιλοπολέμου μοι δοκεῖ ἀνδρὸς ἔργα εἶναι, ὅστις ἐξὸν μὲν εἰρήνην ἄγειν ἄνευ αἰσχύνης καὶ βλάϐης αἱρεῖται πολεμεῖν, ἐξὸν δὲ ῥᾳθυμεῖν βούλεται πονεῖν ὥστε πολεμεῖν, ἐξὸν δὲ χρήματα ἔχειν ἀκινδύνως αἱρεῖται πολεμῶν μείονα ταῦτα ποιεῖν· ἐκεῖνος δὲ ὥσπερ εἰς παιδικὰ ἢ εἰς ἄλλην τινὰ ἡδονὴν ἤθελε δαπανᾶν εἰς πόλεμον. (2.6.7) οὕτω μὲν φιλοπόλεμος ἦν· πολεμικὸς δὲ αὖ ταύτῃ ἐδόκει εἶναι ὅτι φιλοκίνδυνός τε ἦν καὶ ἡμέρας καὶ νυκτὸς ἄγων ἐπὶ τοὺς πολεμίους καὶ ἐν τοῖς δεινοῖς φρόνιμος, ὡς οἱ παρόντες πανταχοῦ πάντες ὡμολόγουν. (2.6.8) καὶ ἀρχικὸς δ᾽ ἐλέγετο εἶναι ὡς δυνατὸν ἐκ τοῦ τοιούτου τρόπου οἷον κἀκεῖνος εἶχεν. ἱκανὸς μὲν γὰρ ὥς τις καὶ ἄλλος φροντίζειν ἦν ὅπως ἔχοι ἡ στρατιὰ αὐτῷ τὰ ἐπιτήδεια καὶ παρασκευάζειν ταῦτα, ἱκανὸς δὲ καὶ ἐμποιῆσαι τοῖς παροῦσιν ὡς πειστέον εἴη Κλεάρχῳ. (2.6.9) τοῦτο δ᾽ ἐποίει ἐκ τοῦ χαλεπὸς εἶναι· καὶ γὰρ ὁρᾶν στυγνὸς ἦν καὶ τῇ φωνῇ τραχύς, ἐκόλαζέ τε ἰσχυρῶς, καὶ ὀργῇ ἐνίοτε, ὡς καὶ αὐτῷ μεταμέλειν ἔσθ᾽ ὅτε.
                                                                                                                                          Xénophon, Anabase, 1, 3, 17; 2, 1, 14, 20 et 21; 2, 6, 1-9



ἀνάγω (imparf. ἀνῆγον, futur ἀνάξω, aor.2 ἀνήγαγον, etc.) : mener, amener.
ἀνάγειν ὡς βασιλέα : mener vers le grand roi.
ἀποτέμνω (futur ἀποτεμῶ, aor.2 ἀπέταμον, parf. ἀποτέτμηκα) : séparer en coupant, amputer.
τελευτάω-ῶ (imparf. ἐτελεύτων, futur τελευτήσω, aor. ἐτελεύτησα, parf. τετελεύτηκα, pl.q.pf. ἐτετελευτήκειν; passif aor. ἐτελευτήθην) : finir, achever; finir, prendre fin; mourir, périr, être tué.
ὁμολογέω-ῶ (imparf. ὡμολόγουν, futur ὁμολογήσω, aor. ὡμολόγησα, parf. ὡμολόγηκα; pl.q.parf. ὡμολογήκειν; passif futur ὁμολογηθήσομαι, aor. ὡμολογήθην, parf. ὡμολόγημαι, pl.q.parf. ὡμολογήμην) : être d’accord.
ὁμολογουμένως, adv. : d’un accord unanime, de l’aveu de tous; d’une manière conforme ou analogue à, d’accord avec.
(ὁμολογουμένως) ἐκ πάντων : de la part de tous, de l'aveu de tous.
ἀποτμηθέντες τὰς κεφαλὰς : amputés par la tête. --- acc. de relation; cf. gram. BCS.

πολεμέω-ῶ (futur πολεμήσω, aor. ἐπολέμησα, parf. πεπολέμηκα) : faire la guerre, guerroyer.
ἐκπλέω (futur ἐκπλεύσομαι, aor. ἐξέπλευσα) : sortir du port, lever l’ancre, mettre à la voile.
ἐκπλεῖν ὡς πολεμήσων τοῖς ὑπὲρ Χερρονήσου καὶ Περίνθου Θρᾳξίν :  mettre à la voile pour faire la guerre aux Thraces qui habitent au-dessus de la Chersonèse et de Périnthe.

δόξα, ης (ἡ) : opinion, jugement, avis, sentiment. cf. dico Bailly.
ἐμπείρως, adv. : avec expérience.
ἐμπείρως ἔχειν τινός : avoir l’expérience de quelque chose.
φιλοπόλεμος, ος, ον : qui aime la guerre, belliqueux.
ἐσχάτως, adv. : extrêmement, au plus haut point.

ἔρχομαι (futur ἐλεύσομαι, att. εἶμι, aor.2 ἦλθον, parf. ἐλήλυθα : venir, aller, s'en aller.
φυγάς, άδος (ὁ, ἡ) : qui fuit; chassé de son pays, banni, exilé.
ἤδη δὲ φυγὰς ὢν ἔρχεται πρὸς Κῦρον, καὶ ὁποίοις μὲν λόγοις ἔπεισε Κῦρον ἄλλῃ γέγραπται, δίδωσι δὲ αὐτῷ Κῦρος μυρίους δαρεικούς : n'ayant plus de patrie, il vint trouver Cyrus; et j'ai indiqué ailleurs de quelle manière il gagna la confiance de ce prince; Cyrus lui donna dix mille dariques.
φιλοκίνδυνος, ος, ον : qui aime le danger, hardi, téméraire.
διάγω (imparf. διῆγον, futur διάξω, aor.2 διήγαγον) : écarter, séparer; différer, remettre; passer (son temps); conduire jusqu'au bout, faire durer, entretenir, faire vivre.
memento λέγων διῆγε : il ne cessait de parler de.
memento ἐπιμελόμενος διάξω : je continuerai de prendre soin de.
στράτευμα, ατος (τὸ) : expédition, campagne; troupes, armée en campagne.
δέω (imparf. ἔδεον, futur δεήσω, aor. ἐδέησα, parf. δεδέηκα) : manquer, avoir besoin de.
μάχῃ τε ἐνίκησε καὶ ἀπὸ τούτου δὴ ἔφερε καὶ ἦγε τούτους καὶ πολεμῶν διεγένετο μέχρι Κῦρος ἐδεήθη τοῦ στρατεύματος : il les vainquit en bataille rangée, puis pilla et ravagea leur pays; cette guerre l'occupa jusqu'à ce que ses troupes devinssent nécessaires à Cyrus.




(1.3.17) Pour moi, ajouta-t-il, j'hésiterais à monter sur les bateaux qu'il nous donnerait, de peur qu'il ne nous envoyât au fond avec ses propres trières. Je craindrais aussi de suivre le guide qu'il fournirait : j'aurais peur qu'il ne nous menât en un lieu dont nous ne pourrions pas sortir. Je préférerais, puisque c'est malgré lui que je m'en vais, que mon départ lui restât caché. Or, cela est impossible.

(2.1.14) D'autres aussi, qui commençaient à faiblir, firent valoir, dit-on, qu'ils avaient été fidèles à Cyrus et qu'ils pourraient être d'une grande utilité au Roi, s'il consentait à leur accorder son amitié : qu'il eût d'autres projets, qu'il voulût marcher contre l'Egypte, ils l'aideraient à la lui soumettre.

 (2.1.20) Cléarque répliqua : "Voici donc ton opinion, à toi; pour nous, voici notre réponse : nous estimons, au cas où nous serions forcés de devenir les amis du Roi, que nous serions pour lui des amis plus efficaces avec nos armes, qu'en les ayant livrés à autrui; dans le cas, au contraire, où il nous faudrait combattre, que nous combattrions mieux avec nos armes que si quelque autre les avaient reçues de nous."

 (2.1.21)Phalinos reprit : " Nous rapporterons donc votre réponse, mais le Roi nous a aussi ordonné de vous prévenir que si vous restez où vous êtes, il y avait trêve, que si vous avancez ou reculez, c'était la guerre.  Dites-nous donc aussi à ce sujet si vous resterez et s'il y a trêve, ou si je vais annoncer de votre part que c'est la guerre."

 

[2, 6, 1] Les stratèges ainsi arrêtés furent conduits au Roi et on leur trancha la tête : telle fut leur fin. L'un d'eux, Cléarque, de l'assentiment de tous ceux qui le connaissaient bien, avait la science et la passion de la guerre au plus haut degré. (2.6.2) En effet, tant que Lacédémone fit la guerre contre Athènes, il resta en Grèce, mais du jour où la paix eut lieu, ayant persuadé à ses concitoyens que les Thraces faisaient tort aux Hellènes, et ayant obtenu, comme il put, le consentement des éphores, il s'embarqua pour faire la guerre aux Thraces qui habitent au-dessus de la Chersonèse et de Périnthe.  (2.6.3) Lui parti, quand les éphores eurent, on sait pourquoi, changé d'idée, et qu'ils essayaient de le faire revenir de l'Isthme, à ce moment-là il n'obéit plus et fit voile vers l'Hellespont.(2.6.4) Là dessus les magistrats de Sparte le condamnèrent à la peine capitale pour désobéissance. Dès lors, exilé, il va trouver Cyrus. Par quels discours il persuada Cyrus, c'est ce qui a été écrit ailleurs, et celui-ci lui donna dix mille dariques. (2.6.5) Il les prit et ne s'abandonna pas à une vie facile; au contraire, avec cet argent, il réunit une armée, fit la guerre aux Thraces, les vainquit dde vive force, puis ravagea, pilla leur pays et contunua à guerroyer, jusqu'à ce que Cyrus eût besoin de son armée. Alors il partit pour faire de nouveau la guerre avec ce prince. (2.6.6) Ce sont là, il me semble, les actes d'un homme qui a la passion de la guerre : il pouvait vivre dans la paix, sans honte, ni dommage, il choisit de faire la guerre; il pouvait mener une vie facile, il préfère se donner de la peine, pourvu qu'il fasse la guerre; il pouvait posséder une fortune sans courir aucun risque, il aime mieux, en faisant la guerre, la diminuer. Cet homme, comme fait un autre pour ses amours ou pour tout autre plaisir, voulait dépenser pour la guerre. 2.6.7) Voilà comme il avait la passion de la guerre. En outre, on voyait qu'il savait la faire, parce qu'il aimait le danger, que la nuit comme le jour il conduisait ses hommes contre l'ennemi et que, dans les moments difficiles, il était avisé, comme tous ceux qui partout l'avaient vu à l'œuvre le reconnaissaient. 2.6.8) Et on le disait apte  entre tous à commander, à cause dee deux qualités que voici et qu'il possédait :  il savait comme personne à s'ingénier à ce que ses troupes eussent des vivres et à leur en procurer; il savait aussi imprimer en tous ceux qui l'entouraient la conviction qu'il fallait obéir à Cléarque.  (2.6.9) Il y arrivait par la sévérité : il avait l'air sombre, la voix rude et il punissait toujours fortement, à tel point qu'il lui arrivait de s'en repentir.
         trad. Masqueray; éd. les belles lettres




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Vigueur du corps et santé de l'esprit





οὔτοι χρή, ὅτι οὐκ ἀσκεῖ δημοσίᾳ ἡ πόλις τὰ πρὸς τὸν πόλεμον, διὰ τοῦτο καὶ ἰδίᾳ ἀμελεῖν, ἀλλὰ μηδὲν ἧττον ἐπιμελεῖσθαι. εὖ γὰρ ἴσθι ὅτι οὐδὲ ἐν ἄλλῳ οὐδενὶ ἀγῶνι οὐδὲ ἐν πράξει οὐδεμιᾷ μεῖον ἕξεις διὰ τὸ βέλτιον τὸ σῶμα παρεσκευάσθαι· πρὸς πάντα γὰρ ὅσα πράττουσιν ἄνθρωποι χρήσιμον τὸ σῶμά ἐστιν· ἐν πάσαις δὲ ταῖς τοῦ σώματος χρείαις πολὺ διαφέρει ὡς βέλτιστα τὸ σῶμα ἔχειν· ἐπεὶ καὶ ἐν ᾧ δοκεῖ ἐλαχίστη σώματος χρεία εἶναι, ἐν τῷ διανοεῖσθαι, τίς οὐκ οἶδεν ὅτι καὶ ἐν τούτῳ πολλοὶ μεγάλα σφάλλονται διὰ τὸ μὴ ὑγιαίνειν τὸ σῶμα; καὶ λήθη δὲ καὶ ἀθυμία καὶ δυσκολία καὶ μανία πολλάκις πολλοῖς διὰ τὴν τοῦ σώματος καχεξίαν εἰς τὴν διάνοιαν ἐμπίπτουσιν οὕτως ὥστε καὶ τὰς ἐπιστήμας ἐκβάλλειν. τοῖς δὲ τὰ σώματα εὖ ἔχουσι πολλὴ ἀσφάλεια καὶ οὐδεὶς κίνδυνος διά γε τὴν τοῦ σώματος καχεξίαν τοιοῦτόν τι παθεῖν, εἰκὸς δὲ μᾶλλον πρὸς τὰ ἐναντία τῶν διὰ τὴν καχεξίαν γιγνομένων καὶ τὴν εὐεξίαν χρήσιμον εἶναι· καίτοι τῶν γε τοῖς εἰρημένοις ἐναντίων ἕνεκα τί οὐκ ἄν τις νοῦν ἔχων ὑπομείνειεν; αἰσχρὸν δὲ καὶ τὸ διὰ τὴν ἀμέλειαν γηρᾶναι, πρὶν ἰδεῖν ἑαυτὸν ποῖος ἂν κάλλιστος καὶ κράτιστος τῷ σώματι γένοιτο· ταῦτα δὲ οὐκ ἔστιν ἰδεῖν ἀμελοῦντα· οὐ γὰρ ἐθέλει αὐτόματα γίγνεσθαι.
                                                                                                                                                                                   Xénophon, Mémorables, 3, 12
                                                  



οὔτοι, adv. : non certes, non cependant, en vérité non.
ἀσκέω-ῶ (imparf. ἤσκουν, futur ἀσκήσω, aor. ἤσκησα, parf. ἤσκηκα; passif futur ἀσκηθήσομαι, aor. ἠσκήθην, parf. ἤσκημαι) : travailler avec art, façonner; exercer, pratiquer. --- cf. ascétisme.
δημόσιος, α, ον : de l’État, du peuple, officiel.
οὐκ ἀσκεῖ δημοσίᾳ ἡ πόλις τὰ πρὸς τὸν πόλεμον : l'État n'ordonne pas publiquement de se livrer à des exercices en vue de la guerre.

χρεία, ας (ἡ) : usage, emploi.
διαφέρω (futur διοίσω, aor.1 διήνεγκα, etc. ; passif aor. διηνέχθην) : différer, l'emporter sur.
impers. διαφέρει : il importe, il est essemtiel.
memento οὐδὲν διαφέρει : il n’importe en rien.
ἐν πάσαις δὲ ταῖς τοῦ σώματος χρείαις πολὺ διαφέρει ὡς βέλτιστα τὸ σῶμα ἔχειν : dans tous les usages où nous employons notre corps il est essentiel qu'il soit constitué le mieux possible.

ἐθέλω (imparf. ἤθελον, futur ἐθελήσω, aor. ἠθέλησα, parf. ἠθέληκα, pl.q.parf. ἠθελήκειν) : vouloir, vouloir bien, consentir à.
αὐτόματος, η, ον  : qui se meut de soi-même.
οὐ γὰρ ἐθέλει αὐτόματα γίγνεσθαι : car cela ne vient pas tout seul.
οὐ γὰρ ἐθέλει αὐτόματα γίγνεσθαι :  car cela ne vient pas de soi-même.



Ce n'est donc pas une raison, quand l'État n'ordonne pas publiquement de se livrer à des exercices en vue de la guerre, de les négliger en particulier, et l'on ne doit pas s'y appliquer avec moins de zèle. Sache bien que, dans aucune autre lutte, dans aucun acte de la vie, tu n'auras à te repentir d'avoir exercé ton corps : en effet, dans toutes les actions que font les hommes, le corps a son utilité, et dans tous les usages où nous l'employons il est essentiel qu'il soit constitué le mieux possible. Il y a plus, dans les fonctions même où tu crois qu'il a le moins de part, je veux dire celles de l'intelligence, qui ne sait que la pensée commet souvent de grandes fautes, parce que le corps est mal disposé ? Le défaut de mémoire, la lenteur d'esprit, la paresse, la folie, sont souvent la suite d'une disposition vicieuse du corps, qui atteint l'intelligence, au point de nous faire perdre ce que nous savons. Si, au contraire, le corps est sain, il y a toute sûreté, et ii n'y a pas de danger que l'homme en arrive là, faute d'une bonne constitution; il est même vraisemblable que la vigueur de son tempérament sera excellente pour produire en lui des effets contraires à ceux d'une constitution mauvaise. Et que ne fera pas un homme de bon sens pour arriver au contraire de ce qui vient d'être dit ? D'ailleurs, il est honteux de vieillir dans cette négligence, sans savoir jusqu'où pourraient s'étendre la beauté et la force de son corps : or c'est ce qu'on ne peut connaître sans exercice ; car rien de cela ne vient de soi-même."




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Liberté du philosophe, servitude de l'orateur



(ΣΩ.) Κινδυνεύουσιν οἱ ἐν δικαστηρίοις καὶ τοῖς τοιούτοις ἐκ νέων κυλινδούμενοι πρὸς τοὺς ἐν φιλοσοφίᾳ καὶ τῇ (172d) τοιᾷδε διατριϐῇ τεθραμμένους ὡς οἰκέται πρὸς ἐλευθέρους τεθράφθαι.
(ΘΕΟ.) Πῇ δή;
(ΣΩ.) Ἧι τοῖς μὲν τοῦτο ὃ σὺ εἶπες ἀεὶ πάρεστι, σχολή, καὶ τοὺς λόγους ἐν εἰρήνῃ ἐπὶ σχολῆς ποιοῦνται· ὥσπερ ἡμεῖς νυνὶ τρίτον ἤδη λόγον ἐκ λόγου μεταλαμϐάνομεν, οὕτω κἀκεῖνοι, ἐὰν αὐτοὺς ὁ ἐπελθὼν τοῦ προκειμένου μᾶλλον καθάπερ ἡμᾶς ἀρέσῃ· καὶ διὰ μακρῶν ἢ βραχέων μέλει οὐδὲν λέγειν, ἂν μόνον τύχωσι τοῦ ὄντος· οἱ δὲ ἐν ἀσχολίᾳ (172e) τε ἀεὶ λέγουσι—κατεπείγει γὰρ ὕδωρ ῥέον—καὶ οὐκ ἐγχωρεῖ περὶ οὗ ἂν ἐπιθυμήσωσι τοὺς λόγους ποιεῖσθαι, ἀλλ´ ἀνάγκην ἔχων ὁ ἀντίδικος ἐφέστηκεν καὶ ὑπογραφὴν παραναγιγνωσκομένην ὧν ἐκτὸς οὐ ῥητέον ἣν ἀντωμοσίαν καλοῦσιν· οἱ δὲ λόγοι ἀεὶ περὶ ὁμοδούλου πρὸς δεσπότην καθήμενον, ἐν χειρί τινα δίκην ἔχοντα, καὶ οἱ ἀγῶνες οὐδέποτε τὴν ἄλλως ἀλλ´ ἀεὶ τὴν περὶ αὐτοῦ, πολλάκις δὲ καὶ περὶ ψυχῆς (173a) ὁ δρόμος· ὥστ´ ἐξ ἁπάντων τούτων ἔντονοι καὶ δριμεῖς γίγνονται, ἐπιστάμενοι τὸν δεσπότην λόγῳ τε θωπεῦσαι καὶ ἔργῳ ὑπελθεῖν, σμικροὶ δὲ καὶ οὐκ ὀρθοὶ τὰς ψυχάς. τὴν γὰρ αὔξην καὶ τὸ εὐθύ τε καὶ τὸ ἐλευθέριον ἡ ἐκ νέων δουλεία ἀφῄρηται, ἀναγκάζουσα πράττειν σκολιά, μεγάλους κινδύνους καὶ φόϐους ἔτι ἁπαλαῖς ψυχαῖς ἐπιϐάλλουσα, οὓς οὐ δυνάμενοι μετὰ τοῦ δικαίου καὶ ἀληθοῦς ὑποφέρειν, εὐθὺς ἐπὶ τὸ ψεῦδός τε καὶ τὸ ἀλλήλους ἀνταδικεῖν τρεπόμενοι (173b) πολλὰ κάμπτονται καὶ συγκλῶνται, ὥσθ´ ὑγιὲς οὐδὲν ἔχοντες τῆς διανοίας εἰς ἄνδρας ἐκ μειρακίων τελευτῶσι, δεινοί τε καὶ σοφοὶ γεγονότες, ὡς οἴονται.
                                                                                                                                                                                                 Platon, Thééthète, 172c-173b




κινδυνεύω (futur κινδυνεύσω, aor. ἐκινδύνευσα, parf. κεκινδύνευκα): être en danger, courir un danger; courir une chance, risquer, avoir chance de.
κυλίνδω (futur κυλίνδίσω aor. ἐκύλισα; passif aor. ἐκυλίσθην, parf. κεκύλισμαι) : rouler; rouler, aller et venir, fréquenter sans cesse (cf. lat. versari)
ἐν δικαστηρίοις καὶ τοῖς τοιούτοις : dans les tribunaux et les endroits de cette sorte.
διατριϐή, ῆς : usure par le frottement; déchirement, discorde; action de faire passer le temps; occupation sérieuse, travail, étude.
ἐν φιλοσοφίᾳ καὶ τῇ τοιᾷδε διατριϐῇ : dans la philosophie et dans les études de ce genre.
τρέφω (futur θρέψω, aor. ἔθρεψα, parf. τέτροφα; passif futur 2 τραφήσομαι, aor.1 ἐτρέφθην, aor.2 ἐτράφην, parf. τέθραμμαι): épaissir, rendre compact;  nourrir, élever (un enfant).





Socrate
Il y a des chances que ceux qui fréquentent assidûment depuis la jeunesse tribunaux et ainsi de suite, par rapport à ceux qu'on a éduqués dans la philosophie et dans ce genre d'étude-ci, soient par leur éducation comme des esclaves par rapport à des hommes libres.
Théodore
En quel sens donc ?
Socrate
En ce sens que ces derniers ont toujours à disposition ce que tu dis : du loisirs; et qu'ils font leurs discours en paix, tout à loisir.  Regarde-nous maintenant : c'est déjà la troisième fois que nous passons d'un sujet à un autre; ceux-là aussi font de même, si le sujet qui vient de se présenter leur plaît plus, comme nous, que celui en cours de discussion. Et il ne leur importe nullement que le discours tienne en beaucoup de mots ou en peu, pourvu seulement qu'ils atteignent la réalité. Les autres au contraire manquent toujours de loisir pour faire leurs discours - car la clepsydre presse - et il n'y a pas place pour parler des sujets qu'ils désirent : la partie adverse a un moyen dee contrainte pour y faire obstacle, disposant d'un écrit lu devant le tribunal qui fixe les termes en dehors desquels il est interdit de parler (c'est ce qu'on appelle le serment réciproque). Leurs discours concernent toujours un compagnon d'esclavage face à un maître qui siège, ayant en main quelque châtiment, et les débats tournent  toujours autour de lui, exclusivement, avec pour enjeu final, souvent, sa vie. Il résulte de tout cela qu'ils deviennent tendus et rusés, experts à flatter le maître en paroles, et à le tromper en actes, mais l'âme petite et tordue. Car l'esclavage où on les tient depuis la jeunesse les empêche de grandir, et d'être droits et libres, les obligeant à une conduite tortueuse, imposant à des âmes encore tendres de grands dangers et de grandes craintes, qu'ils ne peuvent supporter avec le soutien de la justice et de la vérité, de sorte que, se tournant directemnt vers le mensonge et rendant injustice sur injustice, ils se tordent et se brisent en maints endroits. Aussi leur pensée n'a-t-elle rien de sain lorsque, enfin, ils parviennent de l'adolescence à l'âge adulte, tout habiles et malins qu'ils se croient devenus.
                       trad. Lucien Pernée, cahiers 128, éd. Armand Colin.





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La raison pour guide



Ἐγὼ δὲ καὶ Διογένους ἄγαμαι τὴν πάντων ὁμοῦ τῶν ἀνθρωπίνων ὑπεροψίαν, ὅς γε καὶ βασιλέως τοῦ μεγάλου ἑαυτὸν ἀπέφηνε πλουσιώτερον, τῷ ἐλαττόνων ἢ ἐκεῖνος κατὰ τὸν βίον προσδεῖσθαι. Ἡμῖν δὲ ἄρα εἰ μὴ τὰ Πυθίου τοῦ Μυσοῦ προσείη τάλαντα, καὶ πλέθρα γῆς τόσα καὶ τόσα, καὶ βοσκημάτων ἐσμοὶ πλείους ἢ ἀριθμῆσαι, οὐδὲν ἐξαρκέσει; Ἀλλ´, οἶμαι, προσήκει ἀπόντα τε μὴ ποθεῖν τὸν πλοῦτον, καὶ παρόντος μὴ τῷ κεκτῆσθαι μᾶλλον φρονεῖν ἢ τῷ εἰδέναι αὐτὸν εὖ διατίθεσθαι. Τὸ γὰρ τοῦ Σωκράτους εὖ ἔχει· ὃς μέγα φρονοῦντος πλουσίου ἀνδρὸς ἐπὶ τοῖς χρήμασιν, οὐ πρότερον αὐτὸν θαυμάσειν ἔφη πρὶν ἂν καὶ ὅτι κεχρῆσθαι τούτοις ἐπίσταται πειραθῆναι. Ἢ Φειδίας μὲν καὶ Πολύκλειτος, εἰ τῷ χρυσίῳ μέγα ἐφρόνουν καὶ τῷ ἐλέφαντι ὧν ὁ μὲν Ἠλείοις τὸν Δία, ὁ δὲ τὴν Ἥραν Ἀργείοις ἐποιησάτην, καταγελάστω ἂν ἤστην ἀλλοτρίῳ πλούτῳ καλλωπιζόμενοι, ἀφέντες τὴν τέχνην, ὑφ´ ἧς καὶ ὁ χρυσὸς ἡδίων καὶ τιμιώτερος ἀπεδείχθη· ἡμεῖς δέ, τὴν ἀνθρωπείαν ἀρετὴν οὐκ ἐξαρκεῖν ἑαυτῇ πρὸς κόσμον ὑπολαμϐάνοντες, ἐλάττονος αἰσχύνης ἄξια ποιεῖν οἰόμεθα;

Ἀλλὰ δῆτα πλούτου μὲν ὑπεροψόμεθα, καὶ τὰς διὰ τῶν αἰσθήσεων ἡδονὰς ἀτιμάσομεν, κολακείας δὲ καὶ θωπείας διωξόμεθα, καὶ τῆς Ἀρχιλόχου ἀλώπεκος τὸ κερδαλέον τε καὶ ποικίλον ζηλώσομεν; Ἀλλ´ οὐκ ἔστιν ὃ μᾶλλον φευκτέον τῷ σωφρονοῦντι τοῦ πρὸς δόξαν ζῆν, καὶ τὰ τοῖς πολλοῖς δοκοῦντα περισκοπεῖν, καὶ μὴ τὸν ὀρθὸν λόγον ἡγεμόνα ποιεῖσθαι τοῦ βίου, ὥστε, κἂν πᾶσιν ἀνθρώποις ἀντιλέγειν, κἂν ἀδοξεῖν καὶ κινδυνεύειν ὑπὲρ τοῦ καλοῦ δέῃ, μηδὲν αἱρεῖσθαι τῶν ὀρθῶς ἐγνωσμένων παρακινεῖν. Ἢ τὸν μὴ οὕτως ἔχοντα τί τοῦ Αἰγυπτίου σοφιστοῦ φήσομεν ἀπολείπειν, ὃς φυτὸν ἐγίγνετο καὶ θηρίον, ὁπότε βούλοιτο, καὶ πῦρ καὶ ὕδωρ καὶ πάντα χρήματα; εἴπερ δὴ καὶ αὐτὸς νῦν μὲν τὸ δίκαιον ἐπαινέσεται παρὰ τοῖς τοῦτο τιμῶσι, νῦν δὲ τοὺς ἐναντίους ἀφήσει λόγους, ὅταν τὴν ἀδικίαν εὐδοκιμοῦσαν αἴσθηται, ὅπερ δίκης ἐστὶ κολάκων. Καὶ ὥσπερ φασὶ τὸν πολύποδα τὴν χρόαν πρὸς τὴν ὑποκειμένην γῆν, οὕτως αὐτὸς τὴν διάνοιαν πρὸς τὰς τῶν συνόντων γνώμας μεταϐαλεῖται.
                                                                                                                                                                                 Basile de Césarée, aux jeunes gens, 9, 21-29
 

ἄγαμαι (aor. ἠγάσθην plus usuel que ἠγασάμην : être étonné, s’étonner; admirer.
ὁμός, ή, όν : semblable, pareil.
ἀνθρώπινος, η, ον : d’homme, humain; qui concerne l’homme; qui convient à l’homme, propre à l’homme.
ὑπεροψία, ας (ἡ) : mépris, dédain de; hauteur, arrogance.

πρόσειμι (inf. προσεῖναι, imparf. προσῆν, futur προσέσομαι) : être le long ou auprès de; être attaché à.
πλέθρον, ου (τὸ)  : plèthre (100 pieds grecs ou 104 pieds romains, 6e partie du stade); arpent.
τόσος, η, ον : tel, aussi grand, aussi fort, aussi nombreux, ou aussi petit, aussi faible, aussi peu nombreux. --- voir dico Bailly.
ἐξαρκέω-ῶ (imparf. ἐξήρκουν, futur ἐξαρκέσω, aor. ἐξήρκεσα) : suffire à.
Ἡμῖν δὲ ἄρα εἰ μὴ τὰ Πυθίου τοῦ Μυσοῦ προσείη τάλαντα, καὶ πλέθρα γῆς τόσα καὶ τόσα, καὶ βοσκημάτων ἐσμοὶ πλείους ἢ ἀριθμῆσαι, οὐδὲν ἐξαρκέσει;  : et nous, donc, si nous ne pouvons pas posséder les talents de Pythios de Mysie, des arpents de terre tant et tant, et des essaims de bestiaux à ne plus savoir les compter, rien ne nous satisfera ?



ὥσπερ φασὶ τὸν πολύποδα τὴν χρόαν πρὸς τὴν ὑποκειμένην γῆν, οὕτως αὐτὸς τὴν διάνοιαν πρὸς τὰς τῶν συνόντων γνώμας μεταϐαλεῖται : et de même qu'on dit que le poulpe change de couleur en fonction du sol sur lequel il se trouve, de même il changera sa pensée en fonction des opinions de son milieu.







Pour ma part, chez Diogène aussi, j'admire le mépris de toutes les choses humaines, sans distinction. Diogène qui s'est déclaré plus riche que le Grand Roi lui-même, de ce que pour vivre, il avait moins besoin que lui. Et nous, donc, si nous ne pouvons pas posséder les talents de Pythios de Mysie, des arpents de terre tant et tant, et des essaims de bestiaux à ne plus savoir les compter, rien ne nous satisfera ? Mais, à mon avis, il ne faut pas désirer la richesse, quand elle est absente; et qand elle est présente, il faut moins s'enorgueillir de l'avoir acquise que d'en faire bon usage. Car l'attitude de Socrate est bonne, qui, alors qu'un homme riche s'enorgueillissait de ses biens, lui dit qu'il ne l'admirerait pas avant d'avoir éprouvé s'il savait en user. Et peut-on croire que, tandis que Phydias et Polyclète, s'ils s'en étaient enorgueillis de lor et de l'ivoire dont ils avaient fait l'un le Zeus pour les Eléens, l'autre l'Héra pour les Argiens, auraient été ridicules à se parer d'une richesse étrangère, en méprisant l'art grâce auquel. Et nous, si nous pensons que la veru humaine ne suffit pas en elle-même à nous parer,  notre conduite mérite moins de honte ?

Ainsi donc, nous méprisons la richesse,  nous ne ferons aucun cas des plaisirs des sens, mais, d'un autre côté, nous poursuivons la flatterie et l'adulation, et nous imiterons le caractère astucieux et rusé du renard d'Archiloque. Allons, il n'est rien que le sage doive fuir davantage que de vivre en fonction de l'opinion, d'examiner ce qui plaît au grand nombre, et de ne pas faire de la droite raison le guide de sa vie, de sorte que, même s'il faut contredire tous les hommes, être méprisé et se mettre en danger au nom de la vertu, il choisira de ne déroger en rien à la droiture de ses jugements. Et celui qui n'est pas ainsi, en quoi dirons-nous qu'il est différent du sophiste égyptien, qui devenait, à sa guise, plante, bête, feu, eau et toutes choses, s'il fait tantôt l'éloge de la justice devant ceux qui la prisent, et tient tantôt le langage inverse, chaque fois qu'il sent que l'on tient l'injustice en estime, ce qui est la manière de faire des flatteurs ? Et de même qu'on dit que le poulpe change de couleur en fonction du sol sur lequel il se trouve, de même il changera sa pensée en fonction des opinions de son milieu.
        trad. Arnaud Perrot; éd. les belles lettres



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Tous les jours sont des jours de fête

ἄγαμαι δὲ καὶ τοῦ Διογένους, ὃς τὸν ἐν Λακεδαίμονι, ξένον ὁρῶν παρασκευαζόμενον εἰς ἑορτήν τινα καὶ φιλοτιμούμενον ‘ἀνὴρ δ᾽εἶπεν ‘ἀγαθὸς οὐ πᾶσαν ἡμέραν ἑορτὴν ἡγεῖται καὶ πάνυ γε λαμπράν, εἰ σωφρονοῦμεν, ἱερὸν γὰρ ἁγιώτατον ὁ κόσμος ἐστὶ καὶ θεοπρεπέστατον· εἰς δὲ τοῦτον ὁ ἄνθρωπος εἰσάγεται διὰ τῆς γενέσεως οὐ χειροκμήτων. οὐδ᾽ ἀκινήτων ἀγαλμάτων θεατής, ἀλλ᾽ οἷα νοῦς θεῖος αἰσθητὰ νοητῶν μιμήματα, φησὶν ὁ Πλάτων, ἔμφυτον ἀρχὴν ζωῆς ἔχοντα καὶ κινήσεως ἔφηνεν, ἥλιον καὶ σελήνην καὶ ἄστρα καὶ ποταμοὺς νέον ὕδωρ ἐξιέντας ἀεὶ καὶ γῆν φυτοῖς τε καὶ ζῴοις τροφὰς ἀναπέμπουσαν. ὧν τὸν βίον μύησιν ὄντα καὶ τελετὴν τελειοτάτην εὐθυμίας δεῖ μεστὸν εἶναι καὶ γήθους.

οὐχ ὥσπερ οἱ πολλοὶ Κρόνια καὶ Διάσια καὶ Παναθήναια καὶ τοιαύτας ἄλλας ἡμέρας περιμένουσιν; ἵν᾽ ἡσθῶσι καὶ ἀναπέμψωσιν ὠνητὸν γέλωτα, μίμοις καὶ ὀρχησταῖς μισθοὺς τελέσαντες. εἶτ᾽ ἐκεῖ μὲν εὔφημοι καθήμεθα κοσμίως (οὐδεὶς γὰρ ὀδύρεται μυούμενος οὐδὲ θρηνεῖ Πύθια θεώμενος ἢ πίνων ἐν Κρονίοις)· ἃς δ᾽ ὁ θεὸς ἡμῖν ἑορτὰς χορηγεῖ καὶ μυσταγωγεῖ καταισχύνουσιν, ἐν ὀδυρμοῖς τὰ πολλὰ καὶ βαρυθυμίαις καὶ μερίμναις ἐπιπόνοις διατρίϐοντες.

καὶ τῶν μὲν ὀργάνων χαίρουσι, τοῖς ἐπιτερπὲς ἠχοῦσι καὶ τῶν ὀρνέων τοῖς ᾁδουσι, καὶ τὰ παίζοντα καὶ σκιρτῶντα τῶν ζῴων ἡδέως ὁρῶσι, καὶ τοὐναντίον ὠρυομένοις καὶ βρυχωμένοις καὶ σκυθρωπάζουσιν· ἀνιῶνται τὸν δ᾽ ἑαυτῶν βίον ἀμειδῆ καὶ κατηφῆ καὶ τοῖς ἀτερπεστάτοις καὶ πάθεσι καὶ πράγμασι καὶ φροντίσι μηδὲν πέρας ἐχούσαις πιεζόμενον ἀεὶ καὶ συνθλιϐόμενον ὁρῶντες, οὐχ ὅπως αὐτοὶ μὲν ἑαυτοῖς ἀναπνοήν τινα καὶ ῥᾳστώνην πορίζουσί ποθὲν, ἀλλ᾽ οὐδ᾽ ἑτέρων παρακαλούντων προσδέχονται λόγον, χρώμενοι καὶ τοῖς παροῦσιν ἀμέμπτως συνοίσονται καὶ τῶν γεγονότων εὐχαρίστως μνημονεύσουσι, καὶ πρὸς τὸ λοιπὸν ἵλεων τὴν ἐλπίδα καὶ φαιδρὰν ἔχοντες ἀδεῶς καὶ ἀνυπόπτως προσάξουσιν.
                                                                                                                                                                            Plutarque, de la tranquillité de l'âme



ἄγαμαι (aor. ἠγάσθην plus usuel que ἠγασάμην) : s’étonner; admirer. 
παρασκευάζω (futur παρασκευάσω, aor. παρεσκεύασα, parf. παρεσκεύακα) : préparer, apprêter, disposer. 
φιλοτιμέομαι-οῦμαι (futur φιλοτιμήσομαι et au sens moyen. φιλοτιμηθήσομαι, aor. ἐφιλοτιμησάμην et au sens moyen. ἐφιλοτιμήθην, parf. πεφιλοτίμημαι) : aimer l’honneur,  aimer et chercher de l’honneur, avoir de l’ambition.


οἱ πολλοὶ : la foule, le vulgaire (= ceux qui ne sont pas des sages.)
Κρονιάς, άδος : de Saturne (à Rome)
memento Κρονιάδες ἡμέραι : les Saturnales.
Διάσια, ων (τὰ) : fêtes de Zeus μειλίχιος (= agréable, charmant), à Athènes.
Παναθήναια, ων (τὰ) : les Panathénées. --- voir dico Bailly
περιμένω : attendre.
εὔφημος, ος, ον : qui prononce des paroles ou pousse des cris de bon augure (p. opp. à δύσφημος); qui prononce une parole favorable ou bienveillante; favorable, propice.

βαρυθυμία, ας (ἡ) : irritation, mécontentement.
μέριμνα, ης (ἡ) : soin, souci, sollicitude.
ἐπίπονος, ος, ον : qui coûte de la peine, difficile, pénible.
διατρίϐω (futur διατρίψω, aor.2 pass. διετρίϐην, parf. διατέτριμμαι) : frotter, user en frottant; passer le temps.

χαίρω (imparf. ἔχαιρον, futur χαιρήσω, parf. κεχάρηκα]) : se réjouir, être joyeux.
ὄργανον, ου (τὸ) : instrument, outil; instrument de musique; organe (du corps).


J'admire ce mot de Diogène à un étranger qui, se trouvant à Lacédémone, se préparait pour un jour de fête avec un soin extraordinaire. « Eh quoi ! lui dit ce philosophe, tous les jours ne sont-ils pas pour l'homme de bien des jours de fête? » Oui, sans doute, et même des plus solennels, si nous savons le bien prendre. Ce monde est le temple le plus saint et le plus digne de la majesté de Dieu. L'homme y est introduit à sa naissance, pour y contempler, non des statues immobiles, ouvrages de la main des hommes, mais celles que l'intelligence divine a créées, et qui, selon la pensée de Platon, sont les images sensibles des substances invisibles, et ont en elles-mêmes le principe de leur mouvement et de leur vie : je veux dire le soleil, la lune, les étoiles, les rivières, dont les eaux se renouvellent sans cesse, et la terre, qui fournit aux animaux et aux plantes une abondante nourriture. La contemplation de ces grands objets est pour nous l'initiation la plus parfaite, et doit répandre sur notre vie un calme et une joie inaltérables.

N'imitons pas cette foule qui, pour se réjouir, attend les fêtes de Saturne, de Bacchus et de Minerve, ou d'autres jours semblables, et qui paie des baladins et des farceurs pour rire à prix d'argent. Cependant nous assistons à ces fêtes avec beaucoup de recueillement et de modestie; on ne voit personne pleurer dans l'initiation aux mystères, ni s'affliger aux jeux pythiens, ni jeûner pendant les Saturnales; et ces mystères augustes, auxquels Dieu daigne nous initier, ces fêtes qu'il dirige lui-même, on les déshonore par des pleurs, des gémissements et des plaintes éternelles.

On écoute avec plaisir les sons agréables des instruments de musique et les chants harmonieux des oiseaux; on aime à voir des animaux pleins de gaieté qui sautent et qui bondissent; au contraire, les cris et les rugissements des animaux féroces nous inspirent de l'horreur. Mais quand nous voyons notre propre vie livrée à une sombre tristesse qui la consume, sans cesse déchirée par des passions affligeantes, par des soins et des sollicitudes qui n'ont pas de bornes, nous ne voulons ni chercher en nous-mêmes un soulagement à nos peines, ni recevoir les consolations que d'autres nous présentent. Si nous savions en faire usage, elles nous feraient jouir du présent d'une manière irréprochable; elles nous rappelleraient avec joie le souvenir du passé, et nous conduiraient à l'avenir avec cette douce espérance que la crainte et les soupçons ne nous enlèveraient jamais.





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L'honnête homme

Τίνας οὖν καλῶ πεπαιδευμένους, ἐπειδὴ τὰς τέχνας καὶ τὰς ἐπιστήμας καὶ τὰς δυνάμεις ἀποδοκιμάζω; Πρῶτον μὲν τοὺς καλῶς χρωμένους τοῖς πράγμασι τοῖς κατὰ τὴν ἡμέραν ἑκάστην προσπίπτουσι, καὶ τὴν δόξαν ἐπιτυχῆ τῶν καιρῶν ἔχοντας καὶ δυναμένην ὡς ἐπὶ τὸ πολὺ στοχάζεσθαι τοῦ συμφέροντος· ἔπειτα τοὺς πρεπόντως καὶ δικαίως ὁμιλοῦντας τοῖς ἀεὶ πλησιάζουσι, καὶ τὰς μὲν τῶν ἄλλων ἀηδίας καὶ βαρύτητας εὐκόλως καὶ ῥᾳδίως φέροντας, σφᾶς δ᾽ αὐτοὺς ὡς δυνατὸν ἐλαφροτάτους καὶ μετριωτάτους τοῖς συνοῦσι παρέχοντας· ἔτι τοὺς τῶν μὲν ἡδονῶν ἀεὶ κρατοῦντας, τῶν δὲ συμφορῶν μὴ λίαν ἡττωμένους, ἀλλ᾽ ἀνδρωδῶς ἐν αὐταῖς διακειμένους καὶ τῆς φύσεως ἀξίως ἧς μετέχοντες τυγχάνομεν· τέταρτον, ὅπερ μέγιστον, τοὺς μὴ διαφθειρομένους ὑπὸ τῶν εὐπραγιῶν μηδ᾽ ἐξισταμένους αὑτῶν μηδ᾽ ὑπερηφάνους γιγνομένους, ἀλλ᾽ ἐμμένοντας τῇ τάξει τῇ τῶν εὖ φρονούντων καὶ μὴ μᾶλλον χαίροντας τοῖς διὰ τύχην ὑπάρξασιν ἀγαθοῖς ἢ τοῖς διὰ τὴν αὑτῶν φύσιν καὶ φρόνησιν ἐξ ἀρχῆς γιγνομένοις. Τοὺς δὲ μὴ μόνον πρὸς ἓν τούτων, ἀλλὰ καὶ πρὸς ἅπαντα ταῦτα τὴν ἕξιν τῆς ψυχῆς εὐάρμοστον ἔχοντας, τούτους φημὶ καὶ φρονίμους εἶναι καὶ τελέους ἄνδρας καὶ πάσας ἔχειν τὰς ἀρετάς.
                                                                                                                                                                                     Isocrate, Panathénaïque, 30-32






καλέω-ῶ (futur καλέσω, att. καλῶ, aor. ἐκάλεσα, parf. κέκληκα; passif futur κληθήσομαι, aor. ἐκλήθην, parf. κέκλημαι) : appeler.
παιδεύω (futur παιδεύσω, aor. ἐπαίδευσα, parf. πεπαίδευκα) : élever un enfant; élever, instruire, former.
ἐπιστήμη, ης (ἡ) : science.
ἀποδοκιμάζω (futur ἀποδοκιμάσω, aor. ἀπεδοκίμασα, parf. ἀποδεδοκίμακα; passif aor. ἀπεδοκιμάσθην, parf. ἀποδεδοκίμασμαι) : rejeter à l’essai, repousser après une épreuve; rejeter comme indigne, insuffisant ou peu convenable, réprouver.
τίνας οὖν καλῶ πεπαιδευμένους, ἐπειδὴ τὰς τέχνας καὶ τὰς ἐπιστήμας καὶ τὰς δυνάμεις ἀποδοκιμάζω; quels sont donc les hommes que je considère comme vraiment instruits, puisque je réprouve les arts, les sciences, les talents ?




Quels sont donc les hommes que je considère comme vraiment instruits, puisque je réprouve les arts, les sciences, les talents ? Ce sont d'abord ceux qui assistent avec sagesse dans les affaires de chaque jour, et qui portent sur les événements un jugement éclairé et capable de les conduire la plupart du temps au but qu'il est utile d'atteindre. Ce sont ensuite les hommes qui se montrent fidèles à la justice et aux convenances avec leurs amis, qui supportent avec patience et avec douceur l'humeur chagrine des autres hommes et leurs importunités, qui sont, autant qu'ils le peuvent, indulgents et faciles dans l'habitude de la vie. Ce sont encore les hommes qui maîtrisent toujours les voluptés, qui ne se laissent point abattre sous les coups de la fortune, qui savent les supporter avec un noble courage et avec la dignité que comporte notre nature. Enfin, et c'est là surtout que se trouve la véritable grandeur, ce sont les hommes qui ne sont pas corrompus par les prospérités, ceux qu'elles ne font pas sortir de leur caractère, qu'elles ne rendent point orgueilleux, mais qui, sachant se maintenir dans les bornes de la modération, n'attachent pas plus de prix aux faveurs de la fortune qu'aux avantages qu'ils ont reçus de la nature ou de leur propre sagesse. Quant à ceux chez qui les facultés de l'âme sont dans une heureuse harmonie, non seulement avec une de ces qualités, mais avec toutes, je dis que ceux-là sont de vrais sages, des hommes complets, des hommes doués de toutes les vertus. Voilà quelle est mon opinion en ce qui concerne les hommes véritablement instruits.





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Le vaniteux


Ἡ δὲ μικροφιλοτιμία δόξει εἶναι ὄρεξις τιμῆς ἀνελεύθερος, ὁ δὲ μικροφιλότιμος τοιοῦτός τις, οἷος σπουδάσαι ἐπὶ δεῖπνον κληθεὶς παρ´ αὐτὸν τὸν καλέσαντα κατακείμενος δειπνῆσαι. καὶ τὸν υἱὸν ἀποκεῖραι ἀπαγαγὼν εἰς Δελφούς, καὶ ἐπιμεληθῆναι δέ, ὅπως αὐτῷ ὁ ἀκόλουθος Αἰθίοψ ἔσται. καὶ ἀποδιδοὺς μνᾶν ἀργυρίου καινὸν ποιῆσαι ἀποδοῦναι. καὶ κολοιῷ δὲ ἔνδον τρεφομένῳ δεινὸς κλιμάκιον πρίασθαι καὶ ἀσπίδιον χαλκοῦν ποιῆσαι, ὃ ἔχων ἐπὶ τοῦ κλιμακίου ὁ κολοιὸς πηδήσεται. καὶ βοῦν θύσας τὸ προμετωπίδιον ἀπαντικρὺ τῆς εἰσόδου προσπατταλεῦσαι στέμμασι μεγάλοις περιδήσας, ὅπως οἱ εἰσιόντες ἴδωσιν, ὅτι βοῦν ἔθυσε. καὶ πομπεύσας δὲ μετὰ τῶν ἱππέων τὰ μὲν ἄλλα πάντα δοῦναι τῷ παιδὶ ἀπενεγκεῖν οἴκαδε, ἀναϐαλλόμενος δὲ θοἰμάτιον ἐν τοῖς μύωψι κατὰ τὴν ἀγορὰν περιπατεῖν. καὶ κυναρίου δὲ Μελιταίου τελευτήσαντος αὐτῷ, μνῆμα ποιῆσαι καὶ στηλίδιον, ποιήσας ἐπιγράψαι· Κλάδος Μελιταῖος. καὶ ἀναθεὶς δακτυλίδιον χαλκοῦν ἐν τῷ Ἀσκληπιείῳ τοῦτο ἐκτρίϐειν, στεφανοῦν, ἀλείφειν ὁσημέραι. ἀμέλει δὲ καὶ διοικήσασθαι παρὰ τῶν συμπρυτάνεων, ὅπως ἀπαγγείλῃ τῷ δήμῳ τὰ ἱερά, καὶ παρεσκευασμένος λαμπρὸν ἱμάτιον καὶ ἐστεφανωμένος παρελθὼν εἰπεῖν· Ὦ ἄνδρες Ἀθηναῖοι, ἐθύομεν οἱ πρυτάνεις τὰ ἱερὰ τῇ Μητρὶ τῶν θεῶν, τὰ γαλάξια, καὶ τὰ ἱερὰ καλά, καὶ ὑμεῖς δέχεσθε τὰ ἀγαθά. καὶ ταῦτα ἀπαγγείλας ἀπιὼν διηγήσασθαι οἴκαδε τῇ ἑαυτοῦ γυναικί, ὡς καθ´ ὑπερϐολὴν εὐημέρει.
                                                                                                                                                                                                                   Théophraste, 21


μικροφιλοτιμία, ας (ἡ) : ambition des petites choses.
ὄρεξις, εως (ἡ) : action de tendre vers; appétit; désir de nourriture. --- cf. anorexie.
ἀνελεύθερος, ος, ον : indigne d’un homme libre; bas, grossier.
σπουδαῖος, α, ον : empressé, diligent; agile, rapide; actif, zélé.
δειπνέω-ῶ, futur δειπνήσω : prendre un repas, dîner, manger.
καλέω-ῶ (futur καλέσω, att. καλῶ, aor. ἐκάλεσα, parf. κέκληκα; passif futur κληθήσομαι, aor. ἐκλήθην, parf. κέκλημαι) : appeler, nommer, inviter; appeler en justice.

καὶ ταῦτα ἀπαγγείλας ἀπιὼν διηγήσασθαι οἴκαδε τῇ ἑαυτοῦ γυναικί, ὡς καθ´ ὑπερβολὴν εὐημέρει : .




Ce type d'ambition apparaîtra comme un vil appétit d'honneurs, et le faiseur est du genre que voici. Est-il prié à dîner, il s'empresse de s'installer aux côtés de son hôte lui-même. Pour faire couper les cheveux à son fils, il le conduit à Delphes et veille à avoir dans sa suite un Éthiopien. A-t-il à rembourser une mine d'argent, il rembourse en monnaie toute neuve. Pour son geai apprivoisé, il est homme à acheter une échelle miniature et à faire fabriquer un petit bouclier de bronze, que l'oiseau porte pour sauter sur l'échelle. A-t-il sacrifié un bœuf, il cloue face à sa porte d'entrée la peau de la tête entourée de larges bandelettes, afin que ceux qui entrent chez lui voient bien qu'il a sacrifié un bœuf ! S'il a pris part à la procession avec les cavaliers, il donne à son esclave l'ensemble de son équipement à rapporter à la maison, mais garde tout de même son manteau retroussé et ses éperons pour déambuler sur le marché. Son bichon de Malte étant mort, il lui fait faire un monument et une petite stèle avec l'inscription "Greffon de Malte". A-t-il dédié, dans le sanctuaire d'Asclepios, un petit doigt de bronze, il l'astique, le couronne, l'oint chaque jour d'huile parfumée. À n'en pas douter, il s'arrange avec les prytanes ses collègues pour faire lui-même au peuple l'annonce du sacrifice et, s'étant procuré un manteau d'un blanc éclatant, la tête couronnée, il s'avance en disant : "Citoyens d'Athènes, nous, vos prytanes, avons offert à la Mère des dieux le sacrifice des Galaxies; le sacrifice est favorable, recevez-en, vous autres, le bienfait !". Après cette annonce, il se retire et rentre à la maison raconter à sa femme comme il a supérieurement bien réussi.





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Il faut voir Dieu dans ses œuvres

Ὅτι δέ γε ἀληθῆ λέγω, καὶ σὺ γνώσῃ, ἂν μὴ ἀναμένῃς ἕως ἂν τὰς μορφὰς τῶν θεῶν ἴδῃς, ἀλλ᾽ ἐξαρκῇ σοι τὰ ἔργα αὐτῶν ὁρῶντι σέϐεσθαι καὶ τιμᾶν τοὺς θεούς. ἐννόει δὲ ὅτι καὶ αὐτοὶ οἱ θεοὶ οὕτως ὑποδεικνύουσιν· οἵ τε γὰρ ἄλλοι ἡμῖν τἀγαθὰ διδόντες οὐδὲν τούτων εἰς τὸ ἐμφανὲς ἰόντες διδόασι, καὶ ὁ τὸν ὅλον κόσμον συντάττων τε καὶ συνέχων, ἐν ᾧ πάντα καλὰ καὶ ἀγαθά ἐστι, καὶ ἀεὶ μὲν χρωμένοις ἀτριϐῆ τε καὶ ὑγιᾶ καὶ ἀγήρατα παρέχων, θᾶττον δὲ νοήματος ὑπηρετοῦντα ἀναμαρτήτως, οὗτος τὰ μέγιστα μὲν πράττων ὁρᾶται, τάδε δὲ οἰκονομῶν ἀόρατος ἡμῖν ἐστιν. [14] ἐννόει δ᾽ ὅτι καὶ ὁ πᾶσι φανερὸς δοκῶν εἶναι Ἥλιος οὐκ ἐπιτρέπει τοῖς ἀνθρώποις ἑαυτὸν ἀκριϐῶς ὁρᾶν, ἀλλ᾽, ἐάν τις αὐτὸν ἀναιδῶς ἐγχειρῇ θεάσασθαι, τὴν ὄψιν ἀφαιρεῖται. καὶ τοὺς ὑπηρέτας δὲ τῶν θεῶν εὑρήσεις ἀφανεῖς ὄντας· κεραυνός τε γὰρ ὅτι μὲν ἄνωθεν ἀφίεται, δῆλον, καὶ ὅτι οἷς ἂν ἐντύχῃ πάντων κρατεῖ, ὁρᾶται δ᾽ οὔτ᾽ἐπιὼν οὔτ᾽ ἐγκατασκήψας οὔτε ἀπιών· καὶ ἄνεμοι αὐτοὶ μὲν οὐχ ὁρῶνται, ἃ δὲ ποιοῦσι φανερὰ ἡμῖν ἐστι, καὶ προσιόντων αὐτῶν αἰσθανόμεθα. ἀλλὰ μὴν καὶ ἀνθρώπου γε ψυχή, ἥ, εἴπερ τι καὶ ἄλλο τῶν ἀνθρωπίνων, τοῦ θείου μετέχει, ὅτι μὲν βασιλεύει ἐν ἡμῖν, φανερόν, ὁρᾶται δὲ οὐδ᾽ αὐτή. ἃ χρὴ κατανοοῦντα μὴ καταφρονεῖν τῶν ἀοράτων, ἀλλ᾽ ἐκ τῶν γιγνομένων τὴν δύναμιν αὐτῶν καταμανθάνοντα τιμᾶν τὸ δαιμόνιον.

Ἐγὼ μέν, ὦ Σώκρατες, ἔφη ὁ Εὐθύδημος, ὅτι μὲν οὐδὲ μικρὸν ἀμελήσω τοῦ δαιμονίου, σαφῶς οἶδα· ἐκεῖνο δὲ ἀθυμῶ, ὅτι μοι δοκεῖ τὰς τῶν θεῶν εὐεργεσίας οὐδ´ ἂν εἷς ποτε ἀνθρώπων ἀξίαις χάρισιν ἀμείϐεσθαι. Ἀλλὰ μὴ τοῦτο ἀθύμει, ἔφη, ὦ Εὐθύδημε· ὁρᾷς γὰρ ὅτι ὁ ἐν Δελφοῖς θεός, ὅταν τις αὐτὸν ἐπερωτᾷ πῶς ἂν τοῖς θεοῖς χαρίζοιτο, ἀποκρίνεται· Νόμῳ πόλεως· νόμος δὲ δήπου πανταχοῦ ἐστι κατὰ δύναμιν ἱεροῖς θεοὺς ἀρέσκεσθαι.
                                                                                                                                                                                              Xénophon, Mémorables, 4, 3








ἀμελέω-ῶ (futur ἀμελήσω, aor. ἠμέλησα, parf. ἠμέληκα) : ne pas s’inquiéter, négliger.
Ἐγὼ μέν, ὦ Σώκρατες, ἔφη ὁ Εὐθύδημος, ὅτι μὲν οὐδὲ μικρὸν ἀμελήσω τοῦ δαιμονίου, σαφῶς οἶδα : jamais, Socrate, reprit Euthydème, je ne serai coupable de la moindre négligence envers la divinité, j'en suis certain.
 ἀθυμέω-ῶ : être découragé, préoccupé, inquiet.
εὐεργεσία, ας (ἡ) : bonne action, action honnête; bienfaisance, bienfait, service.
ἀξία, ας (ἡ) : prix ou valeur d’une chose; salaire, récompense ou châtiment.
χάρις, ιτος, acc. ιν (ἡ) : ce qui brille, ce qui réjouit; grâce, charme; joie, plaisir.
ἀμείϐω (futur ἀμείψω, aor. ἤμειψα; passif futur ἀμειφθήσομαι, ao. ἀμἠμείφθην, parf. ἤμειμμαι) : échanger.
ἐκεῖνο δὲ ἀθυμῶ, ὅτι μοι δοκεῖ τὰς τῶν θεῶν εὐεργεσίας οὐδ´ ἂν εἷς ποτε ἀνθρώπων ἀξίαις χάρισιν ἀμείϐεσθαι

La vérité de mes paroles, tu la reconnaîtras toi-même, si tu n'attends pas que les dieux se montrent à toi sous une forme réelle, mais si tu te contentes de voir leurs ouvrages pour les révérer et les honorer. Songes-y bien; c'est ainsi que les dieux se manifestent. Les autres dieux, de qui nous recevons les biens, n'apparaissent pas à nos yeux pour répandre leurs bienfaits, et celui qui dispose et régit l'univers, où se réunissent toutes les beautés et tous les biens, qui, pour notre usage, maintient à l'univers une durée, une vigueur et une jeunesse éternelles, qui le force à une obéissance infaillible et plus prompte que la pensée, ce dieu se manifeste dans l'accomplissement de ses oeuvres les plus sublimes, tandis qu'il reste inaperçu dans le gouvernement du reste. Songe en outre que le soleil, qui frappe tous les yeux, ne permet pas aux hommes de le considérer attentivement, et que, quand on a l'audace d'attacher sur lui ses regards, il enlève la vue. Tu verras encore que les ministres des dieux sont invisibles : la foudre est lancée du haut du ciel, c'est évident, et elle brise tout ce qu'elle rencontre ; mais on ne peut la voir, ni quand elle tombe, ni quand elle frappe, ni quand elle se retire. Les vents aussi ne sont pas visibles, mais nous voyons leurs effets, nous sentons leur présence. Enfin l'âme humaine, plus que tout ce qui est de l'homme, participe de la divinité; elle règne en nous, c'est incontestable, mais on ne la voit point. En réfléchissant à tout cela, on ne doit point mépriser les forces invisibles, mais, par leurs effets, reconnaître leur puissance et honorer la divinité.
 
- Jamais, Socrate, reprit Euthydème, je ne serai coupable de la moindre négligence envers elle, j'en suis certain; mais je me décourage, en songeant que jamais aucun homme ne peut rendre assez de grâces aux dieux pour tant de bienfaits. - Ne te décourage pas, Euthydème; tu vois que le dieu de Delphes répond à celui qui lui demande le moyen d'être agréable aux dieux : "Suis la loi de ton pays.» Or, la loi commande partout que chacun honore les dieux suivant son pouvoir.



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O morts pour mon pays, je suis votre envieux


[2, 72] Πολλῶν δὲ καὶ δεινῶν ὑπαρχόντων τοὺς μὲν παῖδας αὐτῶν ζηλῶ, ὅτι νεώτεροί εἰσιν ἢ ὥστε εἰδέναι οἵων πατέρων ἐστέρηνται, ἐξ ὧν δ' οὗτοι γεγόνασιν, οἰκτίρω, ὅτι πρεσβύτεροι ἢ ὥστε ἐπιλαθέσθαι τῆς δυστυχίας τῆς ἑαυτῶν. τί γὰρ ἂν τούτων ἀνιαρότερον γένοιτο, ἢ τεκεῖν μὲν καὶ θρέψαι καὶ θάψαι τοὺς αὑτῶν, ἐν δὲ τῷ γήρᾳ ἀδυνάτους μὲν εἶναι τῷ σώματι, πασῶν δ' ἀπεστερημένους τῶν ἐλπίδων ἀφίλους καὶ ἀπόρους γεγονέναι, ὑπὲρ δὲ τῶν αὐτῶν πρότερον ζηλοῦσθαι καὶ νῦν ἐλεεῖσθαι, ποθεινότερον δ' αὐτοῖς εἶναι τὸν θάνατον τοῦ βίου; ὅσῳ γὰρ ἄνδρες ἀμείνους ἦσαν, τοσούτῳ τοῖς καταλειπομένοις τὸ πένθος μεῖζον. πῶς δ' αὐτοὺς χρὴ λῆξαι τῆς λύπης; πότερον ἐν ταῖς τῆς πόλεως συμφοραῖς; ἀλλὰ τότε αὐτῶν εἰκὸς καὶ τοὺς ἄλλους μεμνῆσθαι. ἀλλ' ἐν ταῖς εὐτυχίαις ταῖς κοιναῖς; ἀλλ' ἱκανὸν λυπῆσαι, τῶν μὲν σφετέρων τέκνων τετελευτηκότων, τῶν δὲ ζώντων ἀπολαυόντων τῆς τούτων ἀρετῆς. ἀλλ' ἐν τοῖς ἰδίοις κινδύνοις, ὅταν ὁρῶσι τοὺς μὲν πρότερον ὄντας φίλους φεύγοντας τὴν αὑτῶν ἀπορίαν, τοὺς δ' ἐχθροὺς μέγα φρονοῦντας ἐπὶ ταῖς δυστυχίαις ταῖς τούτων;

[2, 79] προσήκει τούτους εὐδαιμονεστάτους ἡγεῖσθαι, οἵτινες ὑπὲρ μεγίστων καὶ καλλίστων κινδυνεύσαντες οὕτω τὸν βίον ἐτελεύτησαν, οὐκ ἐπιτρέψαντες περὶ αὑτῶν τῇ τύχῃ οὐδ' ἀναμείναντες τὸν αὐτόματον θάνατον, ἀλλ' ἐκλεξάμενοι τὸν κάλλιστον. καὶ γάρ τοι ἀγήρατοι μὲν αὐτῶν αἱ μνῆμαι, ζηλωταὶ δὲ ὑπὸ πάντων ἀνθρώπων αἱ τιμαί·

[2,80] οἳ πενθοῦνται μὲν διὰ τὴν φύσιν ὡς θνητοί, ὑμνοῦνται δὲ ὡς ἀθάνατοι διὰ τὴν ἀρετήν. καὶ γάρ τοι θάπτονται δημοσίᾳ, καὶ ἀγῶνες τίθενται ἐπ' αὐτοῖς ῥώμης καὶ σοφίας καὶ πλούτου, ὡς ἀξίους ὄντας τοὺς ἐν τῷ πολέμῳ τετελευτηκότας ταῖς αὐταῖς τιμαῖς καὶ τοὺς ἀθανάτους τιμᾶσθαι. ἐγὼ μὲν οὖν αὐτοὺς καὶ μακαρίζω τοῦ θανάτου καὶ ζηλῶ, καὶ μόνοις τούτοις ἀνθρώπων οἶμαι κρεῖττον εἶναι γενέσθαι, οἵτινες, ἐπειδὴ θνητῶν σωμάτων ἔτυχον, ἀθάνατον μνήμην διὰ τὴν ἀρετὴν αὑτῶν κατέλιπον· ὅμως δ' ἀνάγκη τοῖς ἀρχαίοις ἔθεσι χρῆσθαι, καὶ θεραπεύοντας τὸν πάτριον νόμον ὀλοφύρεσθαι τοὺς θαπτομένους.
                                                                                                                                                                                      Lysias, oraison funèbre, 2, 72-80-81


[2, 72] J'envie leurs enfants, malgré tous les maux qui les accablent : ils sont trop jeunes pour savoir quels pères ils ont perdus. Mais je plains les parents, trop vieux pour oublier jamais leur infortune. Est-il un mal plus incurable, après avoir mis au monde et élevé ses enfants, que de les ensevelir, de se voir, dans la vieillesse, sans force, privé de toute espérance, sans amis, sans ressources, et, pour les mêmes raisons qui naguère provoquaient la jalousie, d'inspirer aujourd'hui la pitié ? de trouver enfin la mort plus désirable que la vie ? Le mérite même des disparus augmente la douleur de ceux qui restent. Qu'est-ce qui pourra mettre fin à leur affliction ? Les malheurs de la cité ? Mais alors le souvenir des morts s'offre même aux autres citoyens. Les prospérités publiques ? Mais c'est assez pour les affliger qu'après la mort de leurs enfants, les vivants recueillent les fruits de leur vertu. Leurs périls particuliers? lorsqu'ils voient leurs anciens amis les fuir à cause de leur pauvreté et leurs ennemis triompher de leur infortune ?

[2, 79] Aussi devons-nous estimer heureux entre tous les hommes ces héros qui ont fini leurs jours en luttant pour la plus grande et la plus noble des causes, et qui, sans attendre une mort naturelle, ont choisi le plus beau trépas : leur mémoire ne peut vieillir et leurs honneurs sont un objet d'envie pour tous les hommes.

[2,80] La nature veut qu'on les pleure comme mortels, mais leur vertu qu'on les chante comme immortels. On leur fait des funérailles publiques, on organise en leur honneur des fètes où l'on rivalise de force, de savoir et de richesse. Oui, ceux qui sont tombés à la guerre sont jugés dignes des mêmes honneurs que les immortels. Pour moi, je trouve leur mort heureuse et je les envie. S'il vaut la peine de naître, c'est pour ceux-là seuls d'entre nous qui, avec un corps mortel en partage, ont laissé l'immortel souvenir de leur vertu. Nous devons cependant, pour nous conformer à un usage antique, et par respect pour la loi de nos pères, accompagner de nos gémissements les funérailles de ces héros.
              trad. L. Gernet - M. Bizos, éd. Les Belles Lettres.





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Le dauphin

Τῶν δὲ θαλαττίων πλεῖστα λέγεται σημεῖα περὶ τοὺς δελφῖνας πραότητος καὶ ἡμερότητος, καὶ δὴ καὶ πρὸς παῖδας ἔρωτες καὶ ἐπιθυμίαι, καὶ περὶ Τάραντα καὶ Καρίαν καὶ ἄλλους τόπους. Καὶ περὶ Καρίαν δὲ ληφθέντος δελφῖνος καὶ τραύματα λαϐόντος ἀθρόον ἐλθεῖν λέγεται πλῆθος δελφίνων εἰς τὸν λιμένα, μέχριπερ ὁ ἁλιεὺς ἀφῆκεν· τότε δὲ πάλιν ἅμα πάντες ἀπῆλθον. Καὶ τοῖς μικροῖς δελφῖσιν ἀκολουθεῖ τις ἀεὶ τῶν μεγάλων φυλακῆς χάριν. Ἤδη δ᾽ ὦπται δελφίνων μεγάλων ἀγέλη ἅμα καὶ μικρῶν· τούτων δ᾽ ἀπολειπόμενοί τινες δύο οὐ πολὺ ἐφάνησαν δελφινίσκον μικρὸν τεθνηκότα, ὅτ᾽ εἰς βυθὸν φέροιτο, ὑπονέοντες καὶ μετεωρίζοντες τῷ νώτῳ οἷον κατελεοῦντες, ὥστε μὴ καταϐρωθῆναι ὑπό τινος τῶν ἄλλων θηρίων. Λέγεται δὲ καὶ περὶ ταχυτῆτος ἄπιστα τοῦ ζῴου· ἁπάντων γὰρ δοκεῖ εἶναι ζῴων τάχιστον, καὶ τῶν ἐνύδρων καὶ τῶν χερσαίων, καὶ ὑπεράλλονται δὲ πλοίων μεγάλων ἱστούς. Μάλιστα δὲ τοῦτ᾽ αὐτοῖς συμϐαίνει, ὅταν διώκωσί τινα ἰχθὺν τροφῆς χάριν· τότε γάρ, ἐὰν ἀποφεύγῃ, συνακολουθοῦσιν εἰς βυθὸν διὰ τὸ πεινῆν, ὅταν δ᾽ αὐτοῖς μακρὰ γίνηται ἡ ἀναστροφή, κατέχουσι τὸ πνεῦμα ὥσπερ ἀναλογισάμενοι, καὶ συστρέψαντες ἑαυτοὺς φέρονται ὥσπερ τόξευμα, τῇ ταχυτῆτι τὸ μῆκος διελθεῖν βουλόμενοι πρὸς τὴν ἀναπνοήν, καὶ ὑπεράλλονται τοὺς ἱστούς, ἐὰν παρατυγχάνῃ που πλοῖον. Ταὐτὸν δὲ ποιοῦσι καὶ οἱ κατακολυμϐηταί, ὅταν εἰς βυθὸν ἑαυτοὺς ἀφῶσιν· κατὰ τὴν ἑαυτῶν γὰρ δύναμιν καὶ οὗτοι ἀναφέρονται συστρέψαντες.

Διατρίϐουσι δὲ μετ᾽ ἀλλήλων κατὰ συζυγίας οἱ ἄρρενες ταῖς θηλείαις. Διαπορεῖται δὲ περὶ αὐτῶν διὰ τί ἐξοκέλλουσιν εἰς τὴν γῆν· ποιεῖν γάρ φασι τοῦτ᾽ αὐτοὺς ἐνίοτε, ὅταν τύχωσι, δι᾽ οὐδεμίαν αἰτίαν.
                                                                                                                                                                                                Aristote, histoire des animaux, 9, 30

σημεῖον, ου (τὸ) : signe; preuve.
δελφίς, ῖνος (ὁ) : dauphin.
πρᾳότης ou πραότης, ητος (ἡ) : douceur, bonté.
ἡμερότης, ητος (ἡ) : humeur douce, douceur; mansuétude, clémence.



Parmi les poissons de mer, le dauphin est celui dont ou cite le plus de traits de douceur et de docilité. On vante même ses affections et son amour pour ses enfants, à Tarente, en Carie, et dans d'autres pays. Ainsi, en Carie, on prétend qu'un dauphin ayant été pris et couvert de blessures, une foule de dauphins arrivèrent dans le port, et ne le quittèrent que quand le pêcheur eût lâché le dauphin blessé; alors seulement, tous s'en allèrent. Les petits dauphins sont toujours suivis de quelqu'un des gros, pour les défendre. On a observé une fois une troupe de grands dauphins et de petits dauphins réunis tous ensemble. Deux autres laissés en arrière parurent à peu de distance, nageant sous un petit dauphin mort, et le soutenant sur leur dos, quand il coulait à fond, comme si, dans leur pitié pour lui, ils voulaient empêcher que d'autres gros poissons ne le dévorassent. On raconte de la vitesse du dauphin des choses non moins incroyables; et on peut admettre que c'est le plus rapide de tous les animaux de mer et de terre, dans ses mouvements. On prétend que, dans ses bonds, il saute jusque par-dessus les voiles de grands bateaux. C'est ce qui leur arrive surtout quand ils poursuivent quelque poisson pour le manger. Ils plongent avec lui jusqu'au fond des mers, où il fuit, tant la faim les presse; mais quand le retour doit devenir par trop long, ils retiennent leur souffle, comme s'ils avaient calculé la distance; et se retournant alors, ils vont avec la rapidité d'une flèche, voulant franchir l'immense intervalle aussi vite que possible, afin de pouvoir respirer à la surface. C'est dans cet élan qu'ils bondissent par-dessus les voiles des bateaux qui se trouvent là. C'est d'ailleurs le même effet qu'éprouvent aussi les plongeurs, quand ils descendent au fond de l'eau ; en remontant, ils se sentent emportés aussi avec une énorme vitesse, proportionnée à leur propre force.

Les dauphins vont toujours par paires, mâle et femelle. On ne sait pas pourquoi ils s'échouent parfois sur la plage; car on assure qu'ils le font assez souvent, quand la fantaisie leur en prend, et sans aucune cause appréciable.

 



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Le gouvernement de Pisistrate





διῴκει δ´ ὁ Πεισίστρατος, ὥσπερ εἴρηται, τὰ περὶ τὴν πόλιν μετρίως καὶ μᾶλλον πολιτικῶς ἢ τυραννικῶς. ἔν τε γὰρ τοῖς ἄλλοις φιλάνθρωπος ἦν καὶ πρᾷος καὶ τοῖς ἁμαρτάνουσι συγγνωμονικός, καὶ δὴ καὶ τοῖς ἀπόροις προεδάνειζε χρήματα πρὸς τὰς ἐργασίας, ὥστε διατρέφεσθαι γεωργοῦντας. τοῦτο δ´ ἐποίει δυοῖν χάριν, ἵνα μήτε ἐν τῷ ἄστει διατρίϐωσιν, ἀλλὰ διεσπαρμένοι κατὰ τὴν χώραν, καὶ ὅπως εὐποροῦντες τῶν μετρίων καὶ πρὸς τοῖς ἰδίοις ὄντες, μήτ´ ἐπιθυμῶσι μήτε σχολάζωσιν ἐπιμελεῖσθαι τῶν κοινῶν. ἅμα δὲ συνέϐαινεν αὐτῷ καὶ τὰς προσόδους γίγνεσθαι μείζους, ἐξεργαζομένης τῆς χώρας. ἐπράττετο γὰρ ἀπὸ τῶν γιγνομένων δεκάτην. διὸ καὶ τοὺς κατὰ δήμους κατεσκεύασε δικαστάς, καὶ αὐτὸς ἐξῄει πολλάκις εἰς τὴν χώραν, ἐπισκοπῶν καὶ διαλύων τοὺς διαφερομένους, ὅπως μὴ καταϐαίνοντες εἰς τὸ ἄστυ παραμελῶσι τῶν ἔργων. τοιαύτης γάρ τινος ἐξόδου τῷ Πεισιστράτῳ γιγνομένης, συμϐῆναί φασι τὰ περὶ τὸν ἐν τῷ Ὑμηττῷ γεωργοῦντα τὸ κληθὲν ὕστερον χωρίον ἀτελές. ἰδὼν γάρ τινα παντελῶς πέτρας σκάπτοντα καὶ ἐργαζόμενον, διὰ τὸ θαυμάσαι τὸν παῖδα ἐκέλευσεν ἐρέσθαι, τί γίγνεται ἐκ τοῦ χωρίου. ὁ δ´ ‘ὅσα κακὰ καὶ ὀδύναι’ ἔφη, καὶ τούτων τῶν κακῶν καὶ τῶν ὀδυνῶν Πεισίστρατον δεῖ λαβεῖν τὴν δεκάτην. ὁ μὲν οὖν ἄνθρωπος ἀπεκρίνατο ἀγνοῶν, ὁ δὲ Πεισίστρατος ἡσθεὶς διὰ τὴν παρρησίαν καὶ τὴν φιλεργίαν ἀτελῆ πάντων ἐποίησεν αὐτόν.
                                                                                                                                                                                         Aristote, constitution d'Athènes

Pisistrate, comme nous l'avons dit, gouverna la cité moins en tyran qu'en citoyen respectueux de la Constitution. Il avait l'abord facile et plein de douceur, et se montrait indulgent à toutes les fautes. Il faisait aux pauvres, pour l'exploitation de leurs terres, des avances d'argent qui leur permettaient de ne pas interrompre leurs travaux de culture. Il agissait ainsi pour deux raisons : il voulait qu'au lieu de vivre à la ville, ils fussent dispersés dans la campagne, et que parvenant à l'aisance et préoccupés de leurs seuls intérêts, ils n'eussent ni le désir, ni le loisir de s'occuper des affaires publiques. En même temps, plus on cultivait la terre, plus ses propres revenus s'accroissaient : car Pisistrate percevait la dîme des fruits. Pour toutes ces raisons, il établit les juges des dèmes, et lui-même sortait souvent dans la campagne pour se rendre compte des choses et régler les différends, afin qu'on n'eût pas à négliger les champs pour venir à la ville. C'est dans une de ces tournées qu'il arriva à Pisistrate cette aventure bien connue : il vit, dans la région de l'Hymette, un paysan qui cultivait le champ appelé depuis le Champ-Franc. Le bonhomme ne remuait que des cailloux, et Pisistrate, surpris, fit demander par son esclave ce qu'on retirait du champ : « Dieu que maux et peines, répondit le paysan, et encore, faut-il que Pisistrate en prélève la dîme. » II avait répondu sans connaître Pisistrate, mais celui-ci, charmé de cette franchise en même temps que de cette ardeur au travail, l'exempta de tout impôt.





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Andocide demande qu'on lui tienne compte des mérites de ses aïeux




[140] Καὶ μὲν δὴ καὶ τάδε ὑμῖν ἄξιον, ὦ ἄνδρες, ἐνθυμηθῆναι, ὅτι νυνὶ πᾶσι τοῖς Ἕλλησιν ἄνδρες ἄριστοι καὶ εὐϐουλότατοι δοκεῖτε γεγενῆσθαι, οὐκ ἐπὶ τιμωρίαν τραπόμενοι τῶν γεγενημένων, ἀλλ' ἐπὶ σωτηρίαν τῆς πόλεως καὶ ὁμόνοιαν τῶν πολιτῶν. Συμφοραὶ μὲν γὰρ ἤδη καὶ ἄλλοις πολλοῖς ἐγένοντο οὐκ ἐλάττους ἢ καὶ ἡμῖν· τὸ δὲ τὰς γενομένας διαφορὰς πρὸς ἀλλήλους θέσθαι καλῶς, τοῦτ' εἰκότως ἤδη δοκεῖ ἀνδρῶν ἀγαθῶν καὶ σωφρόνων ἔργον εἶναι. Ἐπειδὴ τοίνυν παρὰ πάντων ὁμολογουμένως ταῦθ' ὑμῖν ὑπάρχει, καὶ εἴ τις φίλος ὢν τυγχάνει καὶ εἴ τις ἐχθρός, μὴ μεταγνῶτε, μηδὲ βούλεσθε τὴν πόλιν ἀποστερῆσαι ταύτης τῆς δόξης, μηδὲ αὐτοὶ δοκεῖν τύχῃ ταῦτα μᾶλλον ἢ γνώμῃ ψηφίσασθαι.
[141] Δέομαι οὖν ἁπάντων περὶ ἐμοῦ τὴν αὐτὴν γνώμην ἔχειν, ἥνπερ καὶ περὶ τῶν ἐμῶν προγόνων, ἵνα κἀμοὶ ἐγγένηται ἐκείνους μιμήσασθαι, ἀναμνησθέντας αὐτῶν ὅτι ὅμοιοι τοῖς πλείστων καὶ μεγίστων ἀγαθῶν αἰτίοις τῇ πόλει γεγένηνται, πολλῶν ἕνεκα σφᾶς αὐτοὺς παρέχοντες τοιούτους, μάλιστα δὲ τῆς εἰς ὑμᾶς εὐνοίας, καὶ ὅπως, εἴ ποτέ τις αὐτοῖς ἢ τῶν ἐξ ἐκείνων τινὶ κίνδυνος γένοιτο ἢ συμφορά, σῴζοιντο συγγνώμης παρ' ὑμῶν τυγχάνοντες. Εἰκότως δ' ἂν αὐτῶν μεμνῇσθε·
[142] καὶ γὰρ τῇ πόλει ἁπάσῃ αἱ τῶν ὑμετέρων προγόνων ἀρεταὶ πλείστου ἄξιαι ἐγένοντο. Ἐπειδὴ γάρ, ὦ ἄνδρες, αἱ νῆες διεφθάρησαν, πολλῶν βουλομένων τὴν πόλιν ἀνηκέστοις συμφοραῖς περιϐαλεῖν, Λακεδαιμόνιοι ἔγνωσαν ὅμως τότε ἐχθροὶ ὄντες σῴζειν τὴν πόλιν διὰ τὰς ἐκείνων τῶν ἀνδρῶν ἀρετάς, οἳ ὑπῆρξαν τῆς ἐλευθερίας ἁπάσῃ τῇ Ἑλλάδι.
[143] Ἐπειδὴ τοίνυν καὶ ἡ πόλις ἐσώθη δημοσίᾳ διὰ τὰς τῶν προγόνων τῶν ὑμετέρων ἀρετάς, ἀξιῶ κἀμοὶ διὰ τὰς τῶν προγόνων τῶν ἐμῶν ἀρετὰς σωτηρίαν γενέσθαϊ. Καὶ γὰρ αὐτῶν τῶν ἔργων, δι' ἅπερ ἡ πόλις ἐσώθη, οὐκ ἐλάχιστον μέρος οἱ ἐμοὶ πρόγονοι συνεϐάλοντο· ὧν ἕνεκα καὶ ἐμοὶ δίκαιον ὑμᾶς μεταδοῦναι τῆς σωτηρίας, ἧσπερ καὶ αὐτοὶ παρὰ τῶν Ἑλλήνων ἐτύχετε.
                                                                                                                                                                                            Andocide, sur les mystères


ἐνθυμέομαι-οῦμαι (imparf. ἐνεθυμούμην, futur ἐνθυμήσομαι, aor. ἐνεθυμήθην, parf. ἐντεθύμημαι, pl.q.parf. ἐνετεθυμήμην)  : se mettre dans l’esprit, réfléchir, penser.
ὑμῖν ἄξιον ἐνθυμηθῆναι : il vaut la peine de vous mettre dans l'esprit.
εὔϐουλος, ος, ον : de bon conseil.
γίγνομαι (imparf. ἐγιγνόμην, futur γενήσομαι, aor.2 ἐγενόμην, parf. γέγονα et γεγένημαι): devenir, être fait, être.
ὁμόνοια, ας (ἡ) : conformité de sentiments, unanimité, union, concorde.
σωτηρία, ας (ἡ) : salut.

συμφορά, anc. att. ξυμφορά, ᾶς (ἡ) : malheur. --- voir Bailly
συμφοραὶ μὲν γὰρ ἤδη καὶ ἄλλοις πολλοῖς ἐγένοντο οὐκ ἐλάττους ἢ καὶ ἡμῖν : beaucoup d'autres peuples avaient eu déjà des malheurs, non moindres que les vôtres.

μεταγιγνώσκω (futur μεταγνώσομαι, etc.) : comprendre ou reconnaître ensuite; changer de projet, revenir sur une résolution.
ἀποστερέω-ῶ : priver de, dépouiller de.
ψηφίζω (futur ψηφίσω, att. ψηφιῶ, aor. ἐψήφισα; passif futur ψηφισθήσομαι, aor. ἐψηφίσθην, parf. ἐψήφισμαι) : compter avec des cailloux; voter (avec des cailloux); décider, décider ou attribuer par un vote.
ὑπάρχω : commencer.
impers. ὑπάρχει : il est possible à, il dépend de.
ὑπάρχω + participe au sens de τυγχάνω.
memento ἐχθρὸς ὑπῆρχεν ὤν : il se trouvait avoir des sentiments d’inimitié.
ἐπειδὴ τοίνυν παρὰ πάντων ὁμολογουμένως ταῦθ' ὑμῖν ὑπάρχει, καὶ εἴ τις φίλος ὢν τυγχάνει καὶ εἴ τις ἐχθρός, μὴ μεταγνῶτε, μηδὲ βούλεσθε τὴν πόλιν ἀποστερῆσαι ταύτης τῆς δόξης, μηδὲ αὐτοὶ δοκεῖν τύχῃ ταῦτα μᾶλλον ἢ γνώμῃ ψηφίσασθαι : puisque donc tous, amis et ennemis, vous reconnaissent ce mérite, ne vous déjugez pas, n'allez pas priver la cité de cette gloire, comme si vous aviez voté ces mesures au hasard plutôt que par réflexion.








[140] Il vaut aussi la peine, citoyens, de vous souvenir que vous passez aux yeux de tous les Grecs pour avoir été les meilleurs et les plus avisés des hommes en songeant non pas à la vengeance du passé, mais au salut de la république et à la concorde des citoyens. Beaucoup d'autres peuples avaient eu déjà des malheurs, non moindres que les vôtres. Mais réconcilier entre eux les citoyens, cela passe avec raison depuis longtemps pour l'œuvre d'hommes vertueux et sages. Puisque donc tous, amis et ennemis, vous reconnaissent ce mérite, ne vous déjugez pas, n'allez pas priver la cité de cette gloire, comme si vous aviez voté ces mesures au hasard plutôt que par réflexion.
[141] Enfin je vous prie tous d'avoir pour moi les mêmes sentiments que pour mes ancêtres, afin que je puisse à mon tour suivre leur exemple, de vous souvenir qu'ils ont égalé les plus grands bienfaiteurs de l'Etat et qu'ils se sont montrés tels pour bien des motifs, mais surtout par amour pour vous, et aussi afin qu'un jour, si quelque danger, quelque malheur les menaçait, eux ou un de leurs descendants, ils pussent être sauvés par l'indulgence qu'ils trouveraient près de vous. Et ce serait avec justice que vous penseriez à eux.
[142] Car les vertus de vos aïeux ont été précieuses à toute la cité. Après que la flotte eut été détruite, citoyens, alors que beaucoup voulaient frapper la cité de maux irrémédiables, les Lacédémoniens décidèrent, quoique nos ennemis, de sauver Athènes à cause des mérites de ces hommes à qui la Grèce entière devait sa liberté.
[143] La république ayant été sauvée grâce aux vertus de vos aïeux, je demande à être sauvé moi aussi par les mérites des miens; car de ces œuvres, à qui la cité dut son salut, une part revient à mes ancêtres, et non la plus petite. En reconnaissance de ces services, il est juste que vous m'admettiez au partage de ce droit de vivre que vous avez obtenu des Grecs.









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Jalousie barbare

σὺ δ´ οὖσα δούλη καὶ δορίκτητος γυνὴ
δόμους κατασχεῖν ἐκϐαλοῦς´ ἡμᾶς θέλεις
τούσδε, στυγοῦμαι δ´ ἀνδρὶ φαρμάκοισι σοῖς,
νηδὺς δ´ ἀκύμων διὰ σέ μοι διόλλυται·
δεινὴ γὰρ ἠπειρῶτις εἰς τὰ τοιάδε
ψυχὴ γυναικῶν· ὦν ἐπισχήσω σ´ ἐγώ,
κοὐδέν σ´ ὀνήσει δῶμα Νηρῆιδος τόδε,
οὐ βωμὸς οὐδὲ ναός, ἀλλὰ κατθανῇ.
ἢν δ´ οὖν βροτῶν τίς σ´ ἢ θεῶν σῶσαι θέλῃ,
δεῖ σ´ ἀντὶ τῶν πρὶν ὀλϐίων φρονημάτων
πτῆξαι ταπεινὴν προσπεσεῖν τ´ ἐμὸν γόνυ
σαίρειν τε δῶμα τοὐμὸν ἐκ χρυσηλάτων
τευχέων χερὶ σπείρουσαν Ἀχελώιου δρόσον
γνῶναί θ´ ἵν´ εἶ γῆς. οὐ γάρ ἐσθ´ Ἕκτωρ τάδε,
οὐ Πρίαμος οὐδὲ χρυσός, ἀλλ´ Ἑλλὰς πόλις.
ἐς τοῦτο δ´ ἥκεις ἀμαθίας, δύστηνε σύ,
ἣ παιδὶ πατρὸς ὃς σὸν ὤλεσεν πόσιν
τολμᾷς ξυνεύδειν καὶ τέκν´ αὐθεντῶν πάρα
τίκτειν. τοιοῦτον πᾶν τὸ βάρϐαρον γένος·
πατήρ τε θυγατρὶ παῖς τε μητρὶ μείγνυται
κόρη τ´ ἀδελφῷ, διὰ φόνου δ´ οἱ φίλτατοι
χωροῦσι, καὶ τῶνδ´ οὐδὲν ἐξείργει νόμος.

                                                                                                                                                                 Euripide, Andromaque, 155-176






δορίκτητος, ος, ον : conquis à la pointe de la lance, par le droit de la guerre.
δούλη καὶ δορίκτητος γυνὴ : femme esclave et captive de guerre.
φάρμακον, ου (τὸ) : drogue médicinale, médicament, remède.
φαρμάκοισι σοῖς : à cause de tes drogues.
στυγέω-ῶ (futur στυγήσω, aor.1 ἐστύγησα et ἔστυξα, aor.2 ἔστυγον, parf. ἐστύγηκα; passif futur στυγηθήσομαι et στυγήσομαι, aor. ἐστυγήθην, parf. ἔστυγμαι) : haïr, avoir en horreur.
passif στυγοῦµαι : je suis haï, je suis odieux.



ἐξείργω : écarter, exclure, repousser.
καὶ τῶνδ´ οὐδὲν ἐξείργει νόμος : et la loi ne défend aucun de ces crimes.

Et toi, esclave et captive, tu voudrais me chasser de ce palais, pour y être maîtresse; tu me rends par tes maléfices odieuse à mon époux, et tu as frappé mon sein de stérilité. L'esprit des femmes de l'Asie est habile dans ces arts funestes; mais je réprimerai ton audace. Ni la demeure de la Néréide, ni ce temple, ni cet autel, ne te protégeront; mais tu mourras. Et si quelqu'un des mortels ou des dieux veut sauver tes jours, il te faudra, au lieu de cet ancien orgueil si hautain, prendre des sentiments plus humbles, trembler, tomber à mes genoux, balayer ma maison, répandre des vases d'or la rosée d'Achéloüs, et connaître où tu es : car il n'y a plus ici ni Hector, ni Priam, ni opulence, mais une ville grecque. Malheureuse, tu en viens à ce point d'égarement, d'oser entrer dans le lit de celui dont le père a tué ton époux, et avoir des enfants d'un meurtrier ! Telles sont les mœurs des Barbares : le père couche avec la fille, le fils avec la mère, le frère avec la sœur ; les plus chers amis s'entre-égorgent; la loi ne défend aucun de ces crimes.





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De l'utilité du poète comique, en général, et d'Aristophane, en particulier



ἐξ οὗ γε χοροῖσιν ἐφέστηκεν τρυγικοῖς ὁ διδάσκαλος ἡμῶν,
οὔπω παρέϐη πρὸς τὸ θέατρον λέξων ὡς δεξιός ἐστιν·
630 διαϐαλλόμενος δ᾽ ὑπὸ τῶν ἐχθρῶν ἐν Ἀθηναίοις ταχυϐούλοις,
ὡς κωμῳδεῖ τὴν πόλιν ἡμῶν καὶ τὸν δῆμον καθυϐρίζει,
ἀποκρίνασθαι δεῖται νυνὶ πρὸς Ἀθηναίους μεταϐούλους.
φησὶν δ᾽ εἶναι πολλῶν ἀγαθῶν ἄξιος ὑμῖν ὁ ποιητής,
παύσας ὑμᾶς ξενικοῖσι λόγοις μὴ λίαν ἐξαπατᾶσθαι,
635 μήθ᾽ ἥδεσθαι θωπευομένους, μήτ᾽ εἶναι χαυνοπολίτας.
πρότερον δ᾽ ὑμᾶς ἀπὸ τῶν πόλεων οἱ πρέσϐεις ἐξαπατῶντες
πρῶτον μὲν ἰοστεφάνους ἐκάλουν· κἀπειδὴ τοῦτό τις εἴποι,
εὐθὺς διὰ τοὺς στεφάνους ἐπ᾽ ἄκρων τῶν πυγιδίων ἐκάθησθε.
εἰ δέ τις ὑμᾶς ὑποθωπεύσας λιπαρὰς καλέσειεν Ἀθήνας,
640 ηὕρετο πᾶν ἂν διὰ τὰς λιπαράς, ἀφύων τιμὴν περιάψας.
ταῦτα ποιήσας πολλῶν ἀγαθῶν αἴτιος ὑμῖν γεγένηται,
καὶ τοὺς δήμους ἐν ταῖς πόλεσιν δείξας ὡς δημοκρατοῦνται.
τοιγάρτοι νῦν ἐκ τῶν πόλεων τὸν φόρον ὑμῖν ἀπάγοντες
ἥξουσιν ἰδεῖν ἐπιθυμοῦντες τὸν ποιητὴν τὸν ἄριστον,
645 ὅστις παρεκινδύνευσ᾽ εἰπεῖν ἐν Ἀθηναίοις τὰ δίκαια.
οὕτω δ᾽ αὐτοῦ περὶ τῆς τόλμης ἤδη πόρρω κλέος ἥκει,
ὅτε καὶ βασιλεὺς Λακεδαιμονίων τὴν πρεσϐείαν βασανίζων
ἠρώτησεν πρῶτα μὲν αὐτοὺς πότεροι ταῖς ναυσὶ κρατοῦσιν,
εἶτα δὲ τοῦτον τὸν ποιητὴν ποτέρους εἴποι κακὰ πολλά·
650 τούτους γὰρ ἔφη τοὺς ἀνθρώπους πολὺ βελτίους γεγενῆσθαι
καὶ τῷ πολέμῳ πολὺ νικήσειν τοῦτον ξύμϐουλον ἔχοντας.
                                                                                                                                                                                                Aristophane, les Acharniens, 628-651




ἐξ οὗ γε χοροῖσιν ἐφέστηκεν : depuis qu'il (= notre directeur) est à la tête des chœurs.
ἐφίστημι (futur ἐπιστήσω, aor.1 ἐπέστησα, parf. ἐφέστηκα) : placer sur ou auprès, asseoir sur; imposer, arrêter, appliquer; être préposé à.
memento οἱ ἐφεστηκότες : ceux qui sont à la tête de.
διαϐάλλω (futur διαϐαλῶ) : séparer; brouiller; décrier, calomnier.
ταχύϐουλος, ος, ον : aux résolutions précipitées ou qui change promptement de résolution, au jugement hâtif.
διαϐαλλόμενος δ᾽ ὑπὸ τῶν ἐχθρῶν ἐν Ἀθηναίοις ταχυϐούλοις : diffamé par ses ennemis auprès des Athéniens au jugement hâtif.

αἴτιος, α, ον : qui est la cause ou l’auteur de, responsable de.
δείκνυμι (impf. ἐδείκνυν, futur δείξω, aor. ἔδειξα, parf. δέδειχα; passif futur δειχθήσομαι, aor. ἐδείχθην, parf. δέδειγμαι) : montrer, faire voir.
δημοκρατέω-ῶ : être un chef démocratique.
au passif δημοκρατέομαι-οῦμαι : être gouverné démocratiquement, avoir une constitution démocratique.
ταῦτα ποιήσας πολλῶν ἀγαθῶν αἴτιος ὑμῖν γεγένηται, καὶ τοὺς δήμους ἐν ταῖς πόλεσιν δείξας ὡς δημοκρατοῦνται : en agissant de la sorte, le poète a été pour vous là cause de grands biens, ainsi qu'en faisant voir au peuple des autres villes ce qu'est une démocratie.

νικάω-ῶ (futur νικήσω, aor. ἐνίκησα, parf. νενίκηκα) : vaincre, être vainqueur.
σύμϐουλος, anc. att. ξύμϐουλος, ου (ὁ, ἡ) : qui donne un conseil, conseiller. --- cf. dico Bailly.
τούτους γὰρ ἔφη τοὺς ἀνθρώπους πολὺ βελτίους γεγενῆσθαι καὶ τῷ πολέμῳ πολὺ νικήσειν τοῦτον ξύμϐουλον ἔχοντας : (le Roi) ajouta que ces hommes étaient devenus de beaucoup meilleurs et qu'à la guerre, ils seraient tout à fait victorieux, en ayant un tel conseiller.


Depuis que notre directeur préside à des chœurs tragiques, il
ne s'est point encore avancé sur le théâtre pour parler de
son talent. Mais diffamé par ses ennemis auprès des
Athéniens au jugement hâtif, comme ridiculisant la ville et
630 outrageant le peuple, il faut qu'il se disculpe maintenant
auprès des Athéniens au jugement réfléchi. Notre poète dit
donc qu'il est digne de tous biens, en vous empêchant d'être
trop dupés par les discours des étrangers ou séduits par la
flatterie, vrais citoyens de la ville des sots. Jadis les
envoyés des villes commençaient, afin de vous tromper, par
vous appeler les gens aux couronnes de violettes. Et
aussitôt que le mot de couronnes était prononcé, vous
n'étiez plus assis que du bout des fesses. Si un autre, d'un
ton flatteur, parlait de la « grasse Athènes », il obtenait
tout pour ce mot « grasse », dont il vous honorait comme
des anchois. En agissant de la sorte, le poète a été pour
vous là cause de grands biens, ainsi qu'en faisant voir au
peuple des autres villes ce qu'est une démocratie. Voilà
pourquoi, lorsque les envoyés de ces villes viendront vous
apporter leur tribut, ils désireront voir le poète éminent qui
ne craint pas de dire aux Athéniens ce qui est juste. Aussi le
bruit de son audace s'est-il déjà répandu si loin, que le Roi,
questionnant un jour les envoyés de Lacédémone, après leur
avoir demandé quel était le peuple le plus puissant par ses
vaisseaux, les interrogea ensuite sur ce poète et sur ceux
dont il disait tant de mal.
650 et il ajouta que ces hommes étaient devenus de beaucoup
meilleurs, et qu'à la guerre, ils seraient tout à fait victorieux,
en ayant un tel conseiller.



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Un marché de dupes




Alcibiade explique à Socrate pourquoi il juge que le célèbre philosophe est seul digne de devenir son éraste. Mais la réponse qu'il reçoit n'est pas celle qu'il attendait.



Σὺ ἐμοὶ δοκεῖς, ἦν δ᾽ ἐγώ, ἐμοῦ ἐραστὴς ἄξιος γεγονέναι μόνος, καί μοι φαίνει ὀκνεῖν μνησθῆναι πρός με· ἐγὼ δὲ οὑτωσὶ ἔχω· πάνυ ἀνόητον ἡγοῦμαι εἶναι σοὶ μὴ οὐ καὶ τοῦτο χαρίζεσθαι καὶ εἴ τι ἄλλο ἢ τῆς οὐσίας τῆς ἐμῆς δέοιο ἢ τῶν φίλων τῶν ἐμῶν. ἐμοὶ μὲν γὰρ οὐδέν ἐστι πρεσϐύτερον τοῦ ὡς ὅ τι βέλτιστον ἐμὲ γενέσθαι, τούτου δὲ οἶμαί μοι συλλήπτορα οὐδένα κυριώτερον εἶναι σοῦ. ἐγὼ δὴ τοιούτῳ ἀνδρὶ πολὺ μᾶλλον ἂν μὴ χαριζόμενος αἰσχυνοίμην τοὺς φρονίμους, ἢ χαριζόμενος τούς τε πολλοὺς καὶ ἄφρονας.

καὶ οὗτος ἀκούσας μάλα εἰρωνικῶς καὶ σφόδρα ἑαυτοῦ τε καὶ εἰωθότως ἔλεξεν· Ὦ φίλε Ἀλκιϐιάδη, κινδυνεύεις τῷ ὄντι οὐ φαῦλος εἶναι, εἴπερ ἀληθῆ τυγχάνει ὄντα ἃ λέγεις περὶ ἐμοῦ, καί τις ἔστ᾽ ἐν ἐμοὶ δύναμις δι᾽ ἧς ἂν σὺ γένοιο ἀμείνων· ἀμήχανόν τοι κάλλος ὁρῴης ἂν ἐν ἐμοὶ καὶ τῆς παρὰ σοὶ εὐμορφίας πάμπολυ διαφέρον. εἰ δὴ καθορῶν αὐτὸ κοινώσασθαί τέ μοι ἐπιχειρεῖς καὶ ἀλλάξασθαι κάλλος ἀντὶ κάλλους, οὐκ ὀλίγῳ μου πλεονεκτεῖν διανοεῖ, ἀλλ᾽ ἀντὶ δόξης ἀλήθειαν καλῶν κτᾶσθαι ἐπιχειρεῖς καὶ τῷ ὄντι χρύσεα χαλκείων διαμείϐεσθαι νοεῖς. ἀλλ᾽, ὦ μακάριε, ἄμεινον σκόπει, μή σε λανθάνω οὐδὲν ὤν. ἥ τοι τῆς διανοίας ὄψις ἄρχεται ὀξὺ βλέπειν ὅταν ἡ τῶν ὀμμάτων τῆς ἀκμῆς λήγειν ἐπιχειρῇ· σὺ δὲ τούτων ἔτι πόρρω.
                                                                                                                                                                                           Platon, le Banquet, 218c-219a


ἐραστής, οῦ (ὁ, rarement ἡ) : qui aime passionnément.
ὀκνέω-ῶ : être lent, paresseux, tarder, différer; hésiter, craindre.

χαρίζομαι (imparf. ἐχαριζόμην, futur att. χαριοῦμαι, postér. χαρίσομαι et χαρισθήσομαι, aor. ἐχαρισάμην, postér. ἐχαρίσθην, parf. κεχάρισμαι) : être agréable, faire plaisir à.
αἰσχύνω (imparf. ᾔσχυνον, futur. αἰσχυνῶ, aor. ᾔσχυνα) : enlaidir, défigurer.
passif-moyen. (futur αἰσχυνοῦμαι; aor. ᾐσχύνθην) : avoir le sentiment de l’honneur; avoir honte.
φρόνιμος, ος, ον : sensé, qui a sa raison, qui est dans son bon sens.
ἄφρων, ων, ον, gén. ονος : privé de sentiment; qui a perdu la raison, furieux, fou; insensé, déraisonnable.
ἐγὼ δὴ τοιούτῳ ἀνδρὶ πολὺ μᾶλλον ἂν μὴ χαριζόμενος αἰσχυνοίμην τοὺς φρονίμους, ἢ χαριζόμενος τούς τε πολλοὺς καὶ ἄφρονας : je serais en conséquence infiniment plus honteux, devant des gens intelligents, de ne pas avoir de complaisances pour un pareil homme, que je ne le serais,  devant la foule des imbéciles, de les avoir eues.

ἐπιχειρέω-ῶ : mettre la main à ou sur; entreprendre; commencer à.
λήγω (futur λήξω, aor. ἔληξα) : faire cesser; cesser, finir, se terminer.
πόρρω, adv. : en avant, en continuant; fort avant, loin, tard.
βλέπω (imparf. ἔϐλεπον, futur βλέψομαι, aor. ἔϐλεψα, parf. passif βέϐλεμμαι) : voir.
ὀξύς, εῖα, ύ, aigu : aigu, pointu.
ὄψις, εως (ἡ) : action de voir, la vue.
ἥ τοι τῆς διανοίας ὄψις ἄρχεται ὀξὺ βλέπειν : en vérité l'œil de la pensée ne commence d'avoir le regard pénétrant
ὅταν ἡ τῶν ὀμμάτων τῆς ἀκμῆς λήγειν ἐπιχειρῇ : que quand la vision des yeux commence à perdre de son acuité.
σὺ δὲ τούτων ἔτι πόρρω : mais toi, tu en es encore loin.

"Je pense, repris-je, que tu es le seul amant digne de moi, le seul qu'il y ait, et je vois bien que tu hésites à me faire ta déclaration. Mais moi, voici quelles sont mes dispositions : il est, j'estime tout à fait stupide de ne pas te complaire là-dessus aussi bien que dans n'importe quel autre cas où tu aurais besoin soit de mes biens soit de mes amis. Il n'est rien à quoi je sois plus respectueusement attaché qu'à m'améliorer le plus possible, et c'est une tâche dans laquelle je ne pense pas pouvoir être, par personne, assisté avec plus de maîtrise que par toi. Je serais en conséquence infiniment plus honteux, devant des gens intelligents, de ne pas avoir de complaisances pour un pareil homme, que je ne le serais,  devant la foule des imbéciles, de les avoir eues.

Après m'avoir écouté, prenant alors cet air parfaitement naïf qui caractérise si fortement sa personnalité comme sa manière habituelle, tl dit : "Il se pourrait bien, cher Alcibiade, que réellement tu ne fusses pas un écervelé, s'il est bien vrai que justement que tout ce que je dis de moi je le possède, et si en moi il existe un pouvoir grâce auquel tu deviendrais, toi, meilleur. Oui, c'est cela, tu as dû apercevoir en moi une invraisemblable beauté et qui ne ressemble nullement à la grâce de formes qu'il y a chez toi. Cette beauté, tu l'as découverte : tu te mets dès lors en devoir de la partager avec moi et d'échanger beauté contre beauté : auquel cas ce n'est pas petit bénéfice que tu médites à mes dépens ! Loin de là : à la place d'une opinion de beauté, c'en est la vérité que tu te mets en devoir de posséder; et positivement, troquer du cuivre contre de l'or, tel est ton dessein. Eh bien, examine les choses, homme excellent, avec plus de soin, de peur de te méprendre sur moi et sur mon néant réel. En vérité l'œil de la pensée ne commence d'avoir le regard pénétrant que quand la vision des yeux commence à perdre de son acuité. Or pour toi, c'est un point dont tu es encore loin !"











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La force des discours



[1] Σωκράτους δὲ ἄξιόν μοι δοκεῖ εἶναι μεμνῆσθαι καὶ ὡς ἐπειδὴ ἐκλήθη εἰς τὴν δίκην ἐϐουλεύσατο περί τε τῆς ἀπολογίας καὶ τῆς τελευτῆς τοῦ βίου. γεγράφασι μὲν οὖν περὶ τούτου καὶ ἄλλοι καὶ πάντες ἔτυχον τῆς μεγαληγορίας αὐτοῦ· ᾧ καὶ δῆλον ὅτι τῷ ὄντι οὕτως ἐρρήθη ὑπὸ Σωκράτους. ἀλλ' ὅτι ἤδη ἑαυτῷ ἡγεῖτο αἱρετώτερον εἶναι τοῦ βίου θάνατον, τοῦτο οὐ διεσαφήνισαν· ὥστε ἀφρονεστέρα αὐτοῦ φαίνεται εἶναι ἡ μεγαληγορία.
[2] Ἑρμογένης μέντοι ὁ Ἱππονίκου ἑταῖρός τε ἦν αὐτῷ καὶ ἐξήγγειλε περὶ αὐτοῦ τοιαῦτα ὥστε πρέπουσαν φαίνεσθαι τὴν μεγαληγορίαν αὐτοῦ τῇ διανοίᾳ. ἐκεῖνος γὰρ ἔφη ὁρῶν αὐτὸν περὶ πάντων μᾶλλον διαλεγόμενον ἢ περὶ τῆς δίκης εἰπεῖν·
[3] Οὐκ ἐχρῆν μέντοι σκοπεῖν, ὦ Σώκρατες, καὶ ὅ τι ἀπολογήσῃ; τὸν δὲ τὸ μὲν πρῶτον ἀποκρίνασθαι· οὐ γὰρ δοκῶ σοι ἀπολογεῖσθαι μελετῶν διαϐεϐιωκέναι; ἐπεὶ δ' αὐτὸν ἐρέσθαι· πῶς; ὅτι οὐδὲν ἄδικον διαγεγένημαι ποιῶν· ἥνπερ νομίζω μελέτην εἶναι καλλίστην ἀπολογίας.
[4] Ἐπεὶ δὲ αὐτὸν πάλιν λέγειν· οὐχ ὁρᾷς τὰ Ἀθηναίων δικαστήρια ὡς πολλάκις μὲν οὐδὲν ἀδικοῦντας λόγῳ παραχθέντες ἀπέκτειναν, πολλάκις δὲ ἀδικοῦντας ἢ ἐκ τοῦ λόγου οἰκτίσαντες ἢ ἐπιχαρίτως εἰπόντας ἀπέλυσαν; ἀλλὰ ναὶ μὰ Δία, φάναι αὐτόν, καὶ δὶς ἤδη ἐπιχειρήσαντός μου σκοπεῖν περὶ τῆς ἀπολογίας ἐναντιοῦταί μοι τὸ δαιμόνιον.
                                                                                                                                                                                              Xénophon, Apologie de Socrate, 1-4


[1] Il me semble qu'il serait bien aussi de rapporter comment Socrate envisagea sa défense et sa mort, quand il fut cité en justice. Il est vrai que d'autres en ont parlé et qu'ils ont tous bien reproduit la fierté de son langage, ce qui prouve qu'il parla réellement sur ce ton ; mais il est un point qu'ils n'ont pas mis en lumière, c'est qu'il estimait dès lors que la mort était pour lui préférable à la vie, en sorte que sa fierté de langage paraît un peu inconsidérée.
[2] Mais Hermogénès, qui fut son disciple, nous a rapporté sur lui des détails qui démontrent que cette fierté de langage s'accordait avec le fond de sa pensée. Il a raconté en effet qu'en le voyant discourir sur toute sorte de sujets plutôt que sur son procès, il lui avait dit :
[3] «Mais ne devrais-tu pas, Socrate, songer aussi à ce que tu diras pour ta défense ?» et que Socrate lui avait répondu tout d'abord : «Tu ne vois donc pas que j'ai passé toute ma vie à préparer ma défense ? - Comment ? avait demandé Hermogénès. - En vivant sans commettre jamais aucune injustice, ce qui est, à mon avis, la plus belle manière de préparer sa défense.»
[4] Hermogénès lui ayant dit encore : «Ne crois-tu pas que les tribunaux athéniens, séduits par un discours éloquent, ont souvent fait mettre à mort des innocents et ont souvent absous des coupables dont les discours les avaient attendris ou charmés ?» Socrate lui avait répondu : « Eh si ! par Zeus, et voilà deux fois que j'ai essayé de préparer ma défense, mais la voix démonique s'y est opposée.





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Femme fatale




(48) Θαυμάζω δ' εἴ τις οἴεται κακῶς βεϐουλεῦσθαι τὸν μετὰ ταύτης ζῆν ἑλόμενον, ἧς ἕνεκα πολλοὶ τῶν ἡμιθέων ἀποθνῄσκειν ἠθέλησαν. Πῶς δ' οὐκ ἂν ἦν ἀνόητος, εἰ τοὺς θεοὺς εἰδὼς περὶ κάλλους φιλονικοῦντας αὐτὸς κάλλους κατεφρόνησε, καὶ μὴ ταύτην ἐνόμισε μεγίστην εἶναι τῶν δωρεῶν, περὶ ἧς κἀκείνας ἑώρα μάλιστα σπουδαζούσας;

(49) Τίς δ' ἂν τὸν γάμον τὸν Ἑλένης ὑπερεῖδεν, ἧς ἁρπασθείσης οἱ μὲν Ἕλληνες οὕτως ἠγανάκτησαν ὥσπερ ὅλης τῆς Ἑλλάδος πεπορθημένης, οἱ δὲ βάρϐαροι τοσοῦτον ἐφρόνησαν, ὅσον περ ἂν εἰ πάντων ἡμῶν ἐκράτησαν. Δῆλον δ' ὡς ἑκάτεροι διετέθησαν· πολλῶν γὰρ αὐτοῖς πρότερον ἐγκλημάτων γενομένων περὶ μὲν τῶν ἄλλων ἡσυχίαν ἦγον, ὑπὲρ δὲ ταύτης τηλικοῦτον συνεστήσαντο πόλεμον οὐ μόνον τῷ μεγέθει τῆς ὀργῆς ἀλλὰ καὶ τῷ μήκει τοῦ χρόνου καὶ τῷ πλήθει τῶν παρασκευῶν ὅσος οὐδεὶς πώποτε γέγονεν.

[50] Ἐξὸν δὲ τοῖς μὲν ἀποδοῦσιν Ἑλένην ἀπηλλάχθαι τῶν παρόντων κακῶν, τοῖς δ' ἀμελήσασιν ἐκείνης ἀδεῶς οἰκεῖν τὸν ἐπίλοιπον χρόνον, οὐδέτεροι ταῦτ' ἠθέλησαν· ἀλλ' οἱ μὲν περιεώρων καὶ πόλεις ἀναστάτους γιγνομένας καὶ τὴν χώραν πορθουμένην, ὥστε μὴ προέσθαι τοῖς Ἕλλησιν αὐτήν, οἱ δ' ᾑροῦντο μένοντες ἐπὶ τῆς ἀλλοτρίας καταγηράσκειν καὶ μηδέποτε τοὺς αὑτῶν ἰδεῖν μᾶλλον ἢ 'κείνην καταλιπόντες εἰς τὰς αὑτῶν πατρίδας ἀπελθεῖν.
                                                                                                                                                                                          Isocrate, Eloge d'Hélène, 48-50



θαυμάζω δ' εἴ τις οἴεται κακῶς βεϐουλεῦσθαι τὸν μετὰ ταύτης ζῆν ἑλόμενον, ἧς ἕνεκα πολλοὶ τῶν ἡμιθέων ἀποθνῄσκειν ἠθέλησαν : je m'étonne que l'on ose critiquer la décision de celui qui choisit de vivre dans la compagnie d'une femme pour qui nombre de demi-dieux acceptèrent de mourir.
βουλεύω (futur βουλεύσω, aor. ἐϐούλευσα, parf. βεϐούλευκα) : tenir conseil, délibérer.
αἱρέω-ῶ (impf. ᾕρουν, futur αἱρήσω; aor.2 εἷλον, d’où impér. ἕλε, sbj. ἕλω, opt. ἕλοιμι, inf. ἑλεῖν, part. ἑλών) : prendre, saisir; moyen prendre pour soi, choisir.
ἡμίθεος, ου (ὁ) : demi-dieu.
ἐθέλω (imparf. ἤθελον, futur ἐθελήσω, aor. ἠθέλησα, parf. ἠθέληκα, pl.q.parf. ἠθελήκειν) ou θέλω (en poésie, dans la langue familière) : vouloir bien, consentir à; vouloir, désirer. 


γάμος, ου (ὁ) : union légitime, mariage.
ἁρπάζω (imparf. ἥρπαζον, futur ἁρπάσομαι, aor. ἥρπασα, parf. ἥρπακα; passif futur ἁρπασθήσομαι, aor. ἡρπάσθην, parf. ἥρπασμαι, pl.q.parf. ἡρπάσμην) : enlever de force, ravir.
ἀγανακτέω-ῶ (imparf. ἠγανάκτουν, futur ἀγανακτήσω, aor. ἠγανάκτησα) : litt. s’emporter;  bouillonner, fermenter; être vivement excité ou irrité; s’indigner, s’irriter.
ὑπεροράω (imparf. ὑπερεώρων, futur ὑπερόψομαι, aor.2 ὑπερεῖδον, parf. ὑπερεόρακα) : regarder de haut, avec fierté ou dédain, mépriser, dédaigner.
πορθέω-ῶ : saccager, piller, dévaster, ravager; outrager, maltraiter, ruiner.
φρονέω-ῶ (futur φρονήσω, aor. ἐφρόνησα, parf. πεφρόνηκα : avoir la faculté de penser et de sentir, vivre; être dans son bon sens.
κρατέω-ῶ (futur κρατήσω, aor. ἐκράτησα, parf. κεκράτηκα) : être fort, puissant; être le maître, dominer, régner.

impers. ἔξεστι : il est permis.
ἐξόν : alors qu'il (est) était permis
ἐξόν : voir gram. UCL
ἀποδίδωμι (imparf. ἀπεδίδουν, futur ἀποδώσω, aor. ἀπέδωκα) : rendre, restituer.
(ἀμελέω), ἀμελῶ (futur ἀμελήσω, aor. ἠμέλησα, parf. ἠμέληκα) : ne pas s’inquiéter, négliger.
ἐπίλοιπος, ος, ον : qui reste, restant.


(48) Je m'étonne que l'on ose critiquer la décision de celui qui choisit de vivre dans la compagnie d'une femme pour qui nombre de demi-dieux acceptèrent de mourir. Comment n'eût-il pas été insensé, connaissant la rivalité que la beauté avait fait naître  parmi les dieux, lui-même avait méprisé la beauté et s'il n'avait pas tenu pour le plus précieux des dons, celui que, sous ses yeux, les déesses en personnes recherchaient si avidement.

(49) Qui donc aurait rejeté un mariage avec Hélène quand après son rapt les Grecs furent saisis d'indignation, comme si toute la Grèce eût été  dévastée, et les barbares d'orgueil, comme s'ils nous avaient tous soumis à leur puissance ? Leurs sentiments, aux uns comme aux autres, étaient clairs; auparavant, de nombreuses contestations s'étaient élevées entre eux, mais ils étaient toujours restés en paix; pour cette femme, ils engagèrent une guerre, qui, non seulement par la violence des passions, mais encore par la durée de la lutte et l'ampleur des préparatifs, ne peut être comparée à aucune autre.

[50]Les uns avaient la possibilité, en rendant Hélène, de se débarrasser de leurs maux; les autres, en se désistant de son sort, de vivre le restant de leurs jours dans la sécurité. Ni les uns ni les autres n'acceptèrent ces solutions : les premiers voyaient sans émotion leurs villes détruites, leur territoire bouleversé, pourvu qu'ils ne fussent pas contraints d'abandonner Hélène aux Grecs; les Grecs aimaient mieux vieillir en restant sur la terre étrangère et ne jamais revoir leur famille que de rentrer dans leur patrie en abandonnant Hélène.
        trad. Georges Mathieu et Emile Brémond; éd. les belles lettres





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Un amour honnête



(135) κἀνταῦθα δή τινα καταδρομήν, ὡς ἀκούω, μέλλει ποιεῖσθαι περὶ ἐμοῦ, ἐπερωτῶν εἰ οὐκ αἰσχύνομαι αὐτὸς μὲν ἐν τοῖς γυμνασίοις ὀχληρὸς ὢν καὶ πλείστων ἐραστὴς γεγονώς, τὸ δὲ πρᾶγμα εἰς ὄνειδος καὶ κινδύνους καθιστάς. καὶ τὸ τελευταῖον, ὡς ἀπαγγέλλουσί τινές μοι, εἰς γέλωτα καὶ λῆρόν τινα προτρεπόμενος ὑμᾶς, ἐπιδείξεσθαί μου φησὶν ὅσα πεποίηκα ἐρωτικὰ εἴς τινας ποιήματα, καὶ λοιδοριῶν τινων καὶ πληγῶν ἐκ τοῦ πράγματος, αἳ περὶ ἐμὲ γεγένηνται, μαρτυρίας φησὶ παρέξεσθαι.

(136) ἐγὼ δὲ οὔτε ἔρωτα δίκαιον ψέγω, οὔτε τοὺς κάλλει διαφέροντάς φημι πεπορνεῦσθαι, οὔτ᾽ αὐτὸς ἐξαρνοῦμαι μὴ οὐ γεγονέναι τ᾽ ἐρωτικός, καὶ ἔτι καὶ νῦν εἶναι, τάς τε ἐκ τοῦ πράγματος γιγνομένας πρὸς ἑτέρους φιλονικίας καὶ μάχας οὐκ ἀρνοῦμαι μὴ οὐχὶ συμϐεϐηκέναι μοι. περὶ δὲ τῶν ποιημάτων ὧν φασιν οὗτοί με πεποιηκέναι, τὰ μὲν ὁμολογῶ, τὰ δὲ ἐξαρνοῦμαι μὴ τοῦτον ἔχειν τὸν τρόπον ὃν οὗτοι διαφθείροντες παρέξονται.

(137) ὁρίζομαι δ᾽ εἶναι τὸ μὲν ἐρᾶν τῶν καλῶν καὶ σωφρόνων φιλανθρώπου πάθος καὶ εὐγνώμονος ψυχῆς, τὸ δὲ ἀσελγαίνειν ἀργυρίου τινὰ μισθούμενον ὑϐριστοῦ καὶ ἀπαιδεύτου ἀνδρὸς ἔργον· καὶ τὸ μὲν ἀδιαφθόρως ἐρᾶσθαί φημι καλὸν εἶναι, τὸ δ᾽ ἐπαρθέντα μισθῷ πεπορνεῦσθαι αἰσχρόν. ὅσον δ᾽ ἑκάτερον τούτων ἀπ᾽ ἀλλήλων διέστηκε καὶ ὡς πολὺ διαφέρει, ἐν τοῖς ἐφεξῆς ὑμᾶς πειράσομαι λόγοις διδάσκειν.
                                                                                                                                                                                          Eschine, contre Timarque, 135-137


ἐνταῦθα, adv. : là, là même; à ce moment-là, alors.
κἀνταῦθα δή : à ce moment-là, alors.
καταδρομή, ῆς (ἡ) : incursion. --- voir dico Bailly
τινα καταδρομήν .... μέλλει ποιεῖσθαι περὶ ἐμοῦ : il va faire une incursion contre moi.
ἐπερωτάω-ῶ : aller interroger un oracle; interroger, demander.
ἐπερωτῶν εἰ οὐκ αἰσχύνομαι : demandant si je ne rougis pas.

διΐστημι (aux temps suivant prés., imparf., futur διαστήσω, aor.1 διέστησα, et parf. διέστηκα) : établir de côté et d’autre; séparer; distinguer.
ὅσον δ᾽ ἑκάτερον τούτων ἀπ᾽ ἀλλήλων διέστηκε : combien ces deux amours sont distingués l'un de l'autre.
ἐφεξῆς, adv. : de suite; avec suite, en ordre; successivement, l’un après l’autre, l'un de l'autre.
ὡς πολὺ διαφέρει ἐν τοῖς ἐφεξῆς ὑμᾶς πειράσομαι λόγοις διδάσκειν : je vais essayer de vous prouver combien ils diffèrent entre eux. 




<135> Ici même, à ce que j'apprends, il doit faire une incursion contre moi, et me demander si je ne rougis pas de faire un crime à d'autres de certaines liaisons, de leur susciter des procès, et de chercher à les couvrir d'opprobre, lorsque, moi-même, je vis habituellement dans les gymnases, avec les jeunes gens, et que je me suis permis d'aimer plusieurs d'entre eux. Enfin, à ce qu'on me rapporte, pour vous faire prendre la chose en plaisanterie et comme une bagatelle, il vous montrera, dit-il, les pièces de vers que j'ai composées pour les objets de ma passion, et produira les témoins des injures et des coups que j'ai reçus à ce sujet.

<136> Pour moi, je suis loin de blâmer un amour honnête, et d'attaquer les mœurs de quiconque est doué d'une belle figure. Je ne nie pas avoir aimé autrefois, et aimer encore des jeunes gens, et je conviens que ce mode particulier m'a occasionné des querelles avec des rivaux par rapport aux vers qu'on m'attribue, je reconnais une partie de ceux qu'on me donne ; mais je désavoue les autres comme étant supposés.

<137> Aimer des jeunes gens distingués par leur beauté et par leur sagesse, c'est, selon moi, la marque d'une âme honnête et sensible : acheter et payer quelqu'un par libertinage, c'est, à mon avis, le fait d'un cœur vil et corrompu. Il est beau d'être aimé, sans se prêter au crime; se prostituer pour la débauche, est une chose infâme. Combien ces deux amours sont distingués l'un de l'autre, et combien ils diffèrent entre eux. Je vais essayer de vous le prouver.






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Etre dieu n'est pas une sinécure

[1] ΖΕΥΣ. Ἀλλ´ ἐπιτριϐεῖεν ὁπόσοι τῶν φιλοσόφων παρὰ μόνοις τὴν εὐδαιμονίαν φασὶν εἶναι τοῖς θεοῖς. εἰ γοῦν ᾔδεσαν ὁπόσα τῶν ἀνθρώπων ἕνεκα πάσχομεν, οὐκ ἂν ἡμᾶς τοῦ νέκταρος ἢ τῆς ἀμϐροσίας ἐμακάριζον Ὁμήρῳ πιστεύσαντες ἀνδρὶ τυφλῷ καὶ γόητι, μάκαρας ἡμᾶς καλοῦντι καὶ τὰ ἐν οὐρανῷ διηγουμένῳ, ὃς οὐδὲ τὰ ἐν τῇ γῇ καθορᾶν ἐδύνατο. αὐτίκα γέ τοι ὁ μὲν Ἥλιος οὑτοσὶ ζευξάμενος τὸ ἅρμα πανήμερος τὸν οὐρανὸν περιπολεῖ πῦρ ἐνδεδυκὼς καὶ τῶν ἀκτίνων ἀποστίλϐων, οὐδ´ ὅσον κνήσασθαι τὸ οὖς, φασί, σχολὴν ἄγων· ἢν γάρ τι κἂν ὀλίγον ἐπιρρᾳθυμήσας λάθῃ, ἀφηνιάσαντες οἱ ἵπποι καὶ τῆς ὁδοῦ παρατραπόμενοι κατέφλεξαν τὰ πάντα. ἡ Σελήνη δὲ ἄγρυπνος καὶ αὐτὴ περίεισιν φαίνουσα τοῖς κωμάζουσιν καὶ τοῖς ἀωρὶ ἀπὸ τῶν δείπνων ἐπανιοῦσιν. ὁ Ἀπόλλων τε αὖ πολυπράγμονα τὴν τέχνην ἐπανελόμενος ὀλίγου δεῖν τὰ ὦτα ἐκκεκώφηται πρὸς τῶν ἐνοχλούντων κατὰ χρείαν τῆς μαντικῆς, καὶ ἄρτι μὲν αὐτῷ ἐν Δελφοῖς ἀναγκαῖον εἶναι, μετ´ ὀλίγον δὲ εἰς Κολοφῶνα θεῖ, κἀκεῖθεν εἰς Ξάνθον μεταϐαίνει καὶ δρομαῖος αὖθις εἰς Δῆλον ἢ εἰς Βραγχίδας· καὶ ὅλως ἔνθα ἂν ἡ πρόμαντις πιοῦσα τοῦ ἱεροῦ νάματος καὶ μασησαμένη τῆς δάφνης καὶ τὸν τρίποδα διασείσασα κελεύῃ παρεῖναι, ἄοκνον χρὴ αὐτίκα μάλα παρεστάναι συνείροντα τοὺς χρησμοὺς ἢ οἴχεσθαί οἱ τὴν δόξαν τῆς τέχνης. [...]  τί γὰρ ἂν ἢ τοὺς Ἀνέμους φυτουργοῦντας λέγοιμι καὶ παραπέμποντας τὰ πλοῖα καὶ τοῖς λικμῶσιν ἐπιπνέοντας, ἢ τὸν Ὕπνον ἐπὶ πάντας πετόμενον, ἢ τὸν Ὄνειρον μετὰ τοῦ Ὕπνου διανυκτερεύοντα καὶ ὑποφητεύοντα αὐτῷ; πάντα γὰρ ταῦτα ὑπὸ φιλανθρωπίας οἱ θεοὶ πονοῦσιν, πρὸς τὸν ἐπὶ τῆς γῆς βίον ἕκαστος συντελοῦντες.

[2] Καίτοι τὰ μὲν τῶν ἄλλων μέτρια· ἐγὼ δὲ αὐτὸς ὁ πάντων βασιλεὺς καὶ πατὴρ ὅσας μὲν ἀηδίας ἀνέχομαι, ὅσα δὲ πράγματα ἔχω πρὸς τοσαύτας φροντίδας διῃρημένος·
                                                                                                                                                                              Lucien, la double accusation, 1 et 2 (début)


μέτριος, α ou ος, ον : mesuré, modéré, moyen.
τὰ τῶν ἄλλων μέτρια : les travaux modérés des autres (dieux)
διαιρέω-ῶ (futur διαιρήσω, aor.2 διεῖλον, parf. διῄρηκα) : diviser, séparer, partager.




[1] Ah ! puissent-ils crever, tous ceux des philosophes qui prétendent qu'on ne trouve le bonheur que chez les dieux. S'ils savaient tout ce que les hommes nous font subir, ils ne nous jugeraient pas heureux d'avoir le droit au nectar et à l'ambroisie. Ils se fient à un Homère, un aveugle et un imposteur, qui nous nomme bienheureux et raconte ce qui arrive dans le ciel, lui qui ne pouvait même pas voir ce qui se déroule en bas, sur la terre. Prenez Hélios que voici : dès qu'il a attelé son char, il passe toute la journée à faire le tour du ciel, revêtu de feu, étincelant de rayons, sans avoir même le temps de se gratter l'oreille, comme on dit. Car, si par mégarde il se relâche si peu que ce soit, les chevaux échappent aux rênes, s'écartent de leur route et voilà le feu mis à l'univers. Quant à Séléné, elle ne peut dormir : elle fait le tour du ciel, elle aussi, brillant pour les fêtards et ceux qui rentrent des banquets à des heures indues. De son côté, Apollon a choisi un métier qui exige de nombreux efforts et il a presque été rendu sourd par ceux qui l'importunent en réclamant des oracles. Tantôt il doit être à Delphes; peu après il court à Colophon; de là, il se rend à Xanthos, puis revient à toutes jambes à Délos ou chez les Branchides. Bref, partout où la prophétesse, après avoir bu l'eau sacrée, mâché le laurier et secoué le trépied, lui ordonne de se présenter, il lui faut aussitôt être là pour débiter ses oracles, sinon c'en est fait de la réputation de son art. [...] A quoi bon parler des Vents qui font pousser les plantes, escortent les navires et soufflent pour les vanneurs ? De Sommeil qui vole vers tous ? De Songe qui accompagne Sommeil pendant la nuit et interprète ses oracles ? Tels sont tous les travaux que les dieux assument par amour de l'humanité, chacun d'eux apportant son aide à la vie sur la terre.

[2] Pour les tâches des autres, passe encore. Mais moi, le roi et père de l'univers, combien j'endure de désagréments ! Combien j'ai de tracas, partagé que je suis entre tant de préoccupations !
            trad. Anne-Marie Ozanam; éd. les belles lettres




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Héraclès et Thésée




 (23) Κάλλιστον μὲν οὖν ἔχω περὶ Θησέως τοῦτ' εἰπεῖν, ὅτι κατὰ τὸν αὐτὸν χρόνον Ἡρακλεῖ γενόμενος ἐνάμιλλον τὴν αὑτοῦ δόξαν πρὸς τὴν ἐκείνου κατέστησεν. Οὐ γὰρ μόνον τοῖς ὅπλοις ἐκοσμήσαντο παραπλησίοις, ἀλλὰ καὶ τοῖς ἐπιτηδεύμασιν ἐχρήσαντο τοῖς αὐτοῖς, πρέποντα τῇ συγγενείᾳ ποιοῦντες. Ἐξ ἀδελφῶν γὰρ γεγονότες, ὁ μὲν ἐκ Διός, ὁ δ' ἐκ Ποσειδῶνος, ἀδελφὰς καὶ τὰς ἐπιθυμίας ἔσχον. Μόνοι γὰρ οὗτοι τῶν προγεγενημένων ὑπὲρ τοῦ βίου τοῦ τῶν ἀνθρώπων ἀθληταὶ κατέστησαν.

(24) Συνέϐη δὲ τὸν μὲν ὀνομαστοτέρους καὶ μείζους, τὸν δ' ὠφελιμωτέρους καὶ τοῖς Ἕλλησιν οἰκειοτέρους ποιήσασθαι τοὺς κινδύνους. Τῷ μὲν γὰρ Εὐρυσθεὺς προσέταττε τάς τε βοῦς τὰς ἐκ τῆς Ἐρυθείας ἀγαγεῖν καὶ τὰ μῆλα τὰ τῶν Ἑσπερίδων ἐνεγκεῖν καὶτὸν Κέρϐερον ἀναγαγεῖν καὶ τοιούτους ἄλλους πόνους, ἐξ ὧν ἤμελλεν οὐ τοὺς ἄλλους ὠφελήσειν ἀλλ' αὐτὸς κινδυνεύσειν·

(25)
ὁ δ' αὐτὸς αὑτοῦ κύριος ὢν τούτους προῃρεῖτο τῶν ἀγώνων ἐξ ὧν ἤμελλεν ἢ τῶν Ἑλλήνων ἢ τῆς αὑτοῦ πατρίδος εὐεργέτης γενήσεσθαι. Καὶ τόν τε ταῦρον τὸν ἀνεθέντα μὲν ὑπὸ Ποσειδῶνος, τὴν δὲ χώραν λυμαινόμενον, ὃν πάντες οὐκ ἐτόλμων ὑπομένειν, μόνος χειρωσάμενος μεγάλου φόϐου καὶ πολλῆς ἀπορίας τοὺς οἰκοῦντας τὴν πόλιν ἀπήλλαξεν·

(26)καὶ μετὰ ταῦτα Λαπίθαις σύμμαχος γενόμενος, στρατευσάμενος ἐπὶ Κενταύρους τοὺς διφυεῖς, οἳ καὶ τάχει καὶ ῥώμῃ καὶ τόλμῃ διενεγκόντες τὰς μὲν ἐπόρθουν, τὰς δ' ἤμελλον, ταῖς δ' ἠπείλουν τῶν πόλεων, τούτους μάχῃ νικήσας εὐθὺς μὲν αὐτῶν τὴν ὕϐριν ἔπαυσεν, οὐ πολλῷ δ' ὕστερον τὸ γένος ἐξ ἀνθρώπων ἠφάνισεν.                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         Isocrate, Eloge d'Hélène, 23-26
                                          

καλός, ή, όν : beau
superl. κάλλιστος.
ἐνάμιλλος, ος, ον : qui le dispute à, égal ou comparable à.
καθίστημι (imparf. καθίστην, futur. καταστήσω, aor. κατέστησα, parf. καθέστακα) : placer devant, présenter, établir.
ἀθλητής, οῦ (ὁ) : lutteur, athlète; homme exercé à, qui a l’expérience de.





(23) Le titre le plus beau que je puisse invoquer en faveur de Thésée, c'est, étant né dans le même temps qu'Héraclès, d'avoir acquis une gloire capable de rivaliser avec la sienne. Non seulement, ils s'équipèrent avec des armes semblables, mais ils adoptèrent le même genre de vie et pratiquèrent une conduite digne de leur commune origine. Nés de deux frères, l''un de Zeus, l'autre de Poseidon, ils eurent des passions qui, elles aussi, furent sœurs. Seuls, en effet, au cours de toutes les générations antérieures, ils se sont faits les champions de la civilisation humaine.

(24) Le sort voulût que l'un affrontât les dangers les plus célèbres et les plus graves, l'autre les plus utiles et les plus étroitements liés  à la vie des Grecs. Eurysthée donna l'ordre à Héraclès d'amener devant lui les boeufs d'Héristheia, de cueillir les pommes des Hespérides, de faire remonter Cerbère des Enfers, et autres labeurs du même genre qui étaient sans utilité pour autrui et ne comportaient de risque que pour lui seul.

(25) Thésée qui, lui, était son maître, choisit pour les luttes à soutenir celles qui devaient en faire le bienfaiteur de la Grèce et de sa patrie. Le taureau, lâché par Poséidon, qui dévastait le pays et que personne n'osait affronter, lui seul osa le réduire; par cet exploit, il délivra ses compatriotes d'une terrible angoisse  et de graves embarras.

(26) Ensuite, devenu l'allié des Lapithes, il engagea la lutte contre les Centaures, des êtres à double nature, doués d'une rapidité, d'une force et d'une audace exceptionnelles, qui dévastaient les villes ou s'apprêtaient alors à les dévaster ou lançaient contre elles des menaces de mort. Il les vainquit, ruina d'un seul coup leur insolence, et peu après fit disparaître leur race de la société humaine.
    trad. Georges Mathieu et Emile Brémond; éd. les belles lettres




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Andocide ne saurait faire oublier sa jeunesse impie

 


<3>
Δίκαιον οὖν μοι δοκεῖ εἶναι νῦν ἐπὶ τούτῳ τὰ τότε λεχθέντα ἀναμνῆσαι, καὶ μὴ μόνον τοὺς τούτου φίλους ὑπὸ τούτου καὶ τῶν τούτου λόγων ἀπόλλυσθαι, ἀλλὰ καὶ αὐτὸν τοῦτον ὑφ´ ἑτέρου. Ἀδύνατον δὲ καὶ ὑμῖν ἐστι, περὶ τοιούτου πράγματος φέρουσι τὴν ψῆφον, ἢ κατελεῆσαι ἢ καταχαρίσασθαι Ἀνδοκίδῃ, ἐπισταμένοις ὅτι ἐναργῶς τὼ θεὼ τούτω τιμωρεῖτον τοὺς ἀδικοῦντας· ἐλπίσαι οὖν χρὴ πάντα ἄνθρωπον ταὐτὰ καὶ ἑαυτῷ καὶ ἑτέρῳ ἔσεσθαι. <4> Φέρε γάρ, ἐὰν νυνὶ Ἀνδοκίδης ἀθῷος ἀπαλλαγῇ 〈δι´〉 ὑμᾶς ἐκ τοῦδε τοῦ ἀγῶνος καὶ ἔλθῃ κληρωσόμενος τῶν ἐννέα ἀρχόντων καὶ λάχῃ βασιλεύς, ἄλλο τι ἢ ὑπὲρ ὑμῶν καὶ θυσίας θύσει καὶ εὐχὰς εὔξεται κατὰ τὰ πάτρια, τὰ μὲν ἐν τῷ ἐνθάδε Ἐλευσινίῳ, τὰ δὲ ἐν τῷ Ἐλευσῖνι ἱερῷ, καὶ τῆς ἑορτῆς ἐπιμελήσεται μυστηρίοις, ὅπως ἂν μηδεὶς ἀδικῇ μηδὲ ἀσεϐῇ περὶ τὰ ἱερά; <5> Καὶ τίνα γνώμην οἴεσθε ἕξειν τοὺς μύστας τοὺς ἀφικνουμένους, ἐπειδὰν ἴδωσι τὸν βασιλέα ὅστις ἐστὶ καὶ ἀναμνησθῶσι πάντα τὰ ἠσεϐημένα αὐτῷ, ἢ τοὺς ἄλλους Ἕλληνας, οἳ ἕνεκα ταύτης τῆς ἑορτῆς 〈δεῦρο ἔρχονται〉 ἢ θύειν εἰς ταύτην τὴν πανήγυριν βουλόμενοι ἢ θεωρεῖν; <6> Οὐδὲ γὰρ ἀγνὼς ὁ Ἀνδοκίδης οὔτε τοῖς ἔξω οὔτε τοῖς ἐνθάδε διὰ τὰ ἠσεβημένα. Ἀναγκαίως γὰρ ἔχει ἀπὸ τῶν πολὺ διαφερόντων ἢ κακῶν ἢ ἀγαθῶν ἔργων τοὺς ποιήσαντας γιγνώσκεσθαι. Ἔπειτα δὲ καὶ διώχληκε πόλεις πολλὰς ἐν τῇ ἀποδημίᾳ, Σικελίαν, Ἰταλίαν, Πελοπόννησον, Θετταλίαν, Ἑλλήσποντον, Ἰωνίαν, Κύπρον· βασιλέας πολλοὺς κεκολάκευκεν, ᾧ ἂν ξυγγένηται, πλὴν τοῦ Συρακοσίου Διονυσίου. <7> Οὗτος δὲ ἢ πάντων εὐτυχέστατός ἐστιν ἢ πλεῖστον γνώμῃ διαφέρει τῶν ἄλλων, ὃς μόνος τῶν συγγενομένων Ἀνδοκίδῃ οὐκ ἐξηπατήθη ὑπ´ ἀνδρὸς τοιούτου, ὃς τέχνην ταύτην ἔχει, τοὺς μὲν ἐχθροὺς μηδὲν ποιεῖν κακόν, τοὺς δὲ φίλους ὅ τι ἂν δύνηται κακόν. Ὥστε μὰ τὸν Δία οὐ ῥᾴδιόν ἐστιν ὑμῖν αὐτῷ οὐδὲν χαρισαμένοις παρὰ τὸ δίκαιον λαθεῖν τοὺς Ἕλληνας.
                                                                                                                                                                                                          Lysias, contre Andocide








<3> Il me semble, Athéniens, que je dois vous rappeler les discours qu'on a tenus dans la ville sur le compte d'Andocide; je dois vous faire souvenir qu'il n'a pas seulement perdu ses amis par ses dénonciations, mais qu'il s'est dénoncé lui-même. Puis donc que vous prononcez sur un tel homme et dans une telle affaire, il ne vous est pas possible d'avoir égard à la pitié ou à la faveur. Vous ne pouvez l'ignorer, c'est vous qui êtes spécialement chargés de punir ceux qui sont évidemment coupables envers les déesses; et l'on doit croire que celui qui s'est condamné lui-même, ne sera pas innocent aux yeux des autres. <4> Or, je vous le demande, si Andocide, échappé aujourd'hui aux tribunaux, se présente pour obtenir par le sort une place des neuf archontes, et qu'il obtienne celle des sacrifices, ne sera-ce pas lui qui sacrifiera pour nous, et qui fera les prières accoutumées, ou dans la chapelle de Cérès à Athènes, ou dans son son temple d'Eleusis ? Ne sera-ce pas lui qui pendant les mystères veillera à ce que personne ne manque à la fête, et ne viole les choses saintes ? <5> Mais quels seront, croyez-vous, les sentiments ou des initiés qui feront le voyage, lorsqu'ils verront quel est le roi des sacrifices, et qu'ils se rappelleront toutes ses impiétés, ou des autres Grecs que la fête attire dans notre ville, et qui viennent pour s'acquitter d'un vœu ou pour être témoins des cérémonies ? <6> Les impiétés d'Andocide sont de telle nature qu'il n'est inconnu ni aux citoyens ni aux étrangers; car les actions fameuses, bonnes ou mauvaises, font nécessairement connaître ceux qui en sont les auteurs. Ajoutez encore qu'il a jeté le trouble dans plusieurs pays où il a voyagé, dans la Sicile, dans l'Italie, dans le Péloponnèse, dans l'Ionie, dans l'île de Chypre, et dans l'Hellespont. Parmi les monarques qu'il a visités, tous ont été perdus par ses flatteries, si l'on en excepte Denys de Syracuse. <7> Ce prince l'emporte, sans doute, sur les autres en bonheur ou en prudence, puisque de tous ceux qui ont eu commerce avec Andocide, il est le seul qui n'ait pas été trompé par un homme qui, sans pouvoir nuire à ses ennemis, a le talent de plonger ses amis dans un abîme de maux. Il n'est donc pas facile, Athéniens, si vous, ménagez ce pervers contre la justice, que votre sentence échappe à la connaissance des Grecs.



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Eschine et ses complices, vendus à Philippe,ont trompé les Phocidiens et les Athéniens
sur ses véritables intentions et ont perdu la Phocide



(63) Διὰ τί; Ὅτι Φίλιππος ἀπηγγέλλετο πρὸς ὑμᾶς ὑπὸ τούτου ἐπὶ τῇ τῶν Φωκέων σωτηρίᾳ παρεληλυθέναι. Τούτῳ δὴ πάντ' ἐπίστευον, καὶ πρὸς τοῦτον πάντ' ἐσκόπουν, πρὸς τοῦτον ἐποιοῦντο τὴν εἰρήνην. Λέγε δὴ τἀπίλοιπα. Καὶ σκοπεῖτε τί πιστεύσαντες τί ἔπασχον. Ἆρά γ' ὅμοι' ἢ παραπλήσι' οἷς οὗτος ἀπήγγελλεν; Λέγε. Δόγματα Ἀμφικτυόνων. (64) Τούτων, ὦ ἄνδρες Ἀθηναῖοι, δεινότερ' οὐ γέγονεν οὐδὲ μείζω πράγματ' ἐφ' ἡμῶν ἐν τοῖς Ἕλλησιν, οἶμαι δ' οὐδ' ἐν τῷ πρόσθεν χρόνῳ. Τηλικούτων μέντοι καὶ τοιούτων πραγμάτων κύριος εἷς ἀνὴρ (Φίλιππος) γέγονεν διὰ τούτους, οὔσης τῆς Ἀθηναίων πόλεως, ᾗ προεστάναι τῶν Ἑλλήνων πάτριον καὶ μηδὲν τοιοῦτον περιορᾶν γιγνόμενον. Ὃν μὲν τοίνυν τρόπον οἱ ταλαίπωροι Φωκεῖς ἀπολώλασιν, οὐ μόνον ἐκ τῶν δογμάτων τούτων ἔστιν ἰδεῖν, (65) ἀλλὰ καὶ ἐκ τῶν ἔργων ἃ πέπρακται, θέαμα δεινόν, ὦ ἄνδρες Ἀθηναῖοι, καὶ ἐλεινόν· ὅτε γὰρ νῦν ἐπορευόμεθ' εἰς Δελφούς, ἐξ ἀνάγκης ἦν ὁρᾶν ἡμῖν πάντα ταῦτα, οἰκίας κατεσκαμμένας, τείχη περιῃρημένα, χώραν ἔρημον τῶν ἐν ἡλικίᾳ, γύναια δὲ καὶ παιδάρι' ὀλίγα καὶ πρεσϐύτας ἀνθρώπους οἰκτρούς· οὐδ' ἂν εἷς δύναιτ' ἐφικέσθαι τῷ λόγῳ τῶν ἐκεῖ κακῶν νῦν ὄντων. Ἀλλὰ μὴν ὅτι τὴν ἐναντίαν ποτὲ Θηϐαίοις ψῆφον ἔθενθ' οὗτοι περὶ ἡμῶν ὑπὲρ ἀνδραποδισμοῦ προτεθεῖσαν, ὑμῶν ἔγωγ' ἀκούω πάντων. (66) Τίν' ἂν οὖν οἴεσθ', ὦ ἄνδρες Ἀθηναῖοι, τοὺς προγόνους ὑμῶν, εἰ λάϐοιεν αἴσθησιν, ψῆφον ἢ γνώμην θέσθαι περὶ τῶν αἰτίων τοῦ τούτων ὀλέθρου; Ἐγὼ μὲν γὰρ οἶμαι κἂν καταλεύσαντας αὐτοὺς ταῖς ἑαυτῶν χερσὶν καθαροὺς ἔσεσθαι νομίζειν. Πῶς γὰρ οὐκ αἰσχρόν, μᾶλλον δ' εἴ τις ἔστιν ὑπερϐολὴ τούτου, τοὺς σεσωκότας ἡμᾶς τότε καὶ τὴν σῴζουσαν περὶ ἡμῶν ψῆφον θεμένους, τούτους τῶν ἐναντίων τετυχηκέναι διὰ τούτους, καὶ περιῶφθαι τοιαῦτα πεπονθότας οἷ' οὐδένες ἄλλοι τῶν Ἑλλήνων; Τίς οὖν ὁ τούτων αἴτιος; Τίς ὁ ταῦτα φενακίσας; Οὐχ οὗτος; (67) Πολλὰ τοίνυν ἄν τις, ὦ ἄνδρες Ἀθηναῖοι, Φίλιππον εὐδαιμονίσας τῆς τύχης εἰκότως, τοῦτο μάλιστ' ἂν εὐδαιμονίσειεν ἁπάντων, ὃ μὰ τοὺς θεοὺς καὶ τὰς θεὰς οὐκ ἔχω λέγειν ἔγωγ' ἄλλον ὅστις ηὐτύχηκεν ἐφ' ἡμῶν. Τὸ μὲν γὰρ πόλεις μεγάλας εἰληφέναι καὶ χώραν πολλὴν ὑφ' ἑαυτῷ πεποιῆσθαι καὶ πάντα τὰ τοιαῦτα ζηλωτὰ μέν ἐστιν, οἶμαι, καὶ λαμπρά· πῶς γὰρ οὔ; Ἔχοι δ' ἄν τις εἰπεῖν πεπραγμένα καὶ ἑτέροις πολλοῖς. (68) Ἀλλ' ἐκεῖν' ἴδιον καὶ οὐδενὶ τῶν πάντων ἄλλῳ γεγονὸς εὐτύχημα. Τὸ ποῖον; Τὸ ἐπειδὴ πονηρῶν ἀνθρώπων εἰς τὰ πράγματ' αὐτῷ ἐδέησεν, πονηροτέρους εὑρεῖν ἢ ἐβούλετο.
                                                                                                                                                                                       Démosthène, Ambassade, 63-68




παρέρχομαι (futur παρελεύσομαι, aor.2 παρῆλθον, parf. παρελήλυθα : passer à côté ou devant; dépasser, surpasser; transgresser, enfreindre.
ἀπαγγέλλω (futur ἀπαγγελῶ, aor. ἀπήγγειλα, parf. ἀπήγγελκα) : apporter une réponse.
σωτηρία, ας (ἡ) : salut, préservation ou conservation des personnes.
Φίλιππος ἀπηγγέλλετο πρὸς ὑμᾶς ὑπὸ τούτου ἐπὶ τῇ τῶν Φωκέων σωτηρίᾳ παρεληλυθέναι : d'après le rapport de cet individu ( = Eschine), c'était pour sauver les Phocidiens que Philippe était intervenu.

πιστεύω : croire en, se confier à, se fier à ou dans.
σκοπεῖτε τί πιστεύσαντες τί ἔπασχον : voyez à quelle chose ils se sont fiés et quelle chose ils ont endurée.  --- (double inerrogation)



(63) Pourquoi ? parce que d'après le rapport que faisait cet individu (= Eschine), c'était pour sauver les Phocidiens que Philippe était intervenu. Aussi, tous avaient foi en Philippe; c'est vers lui que se tournaient tous leurs regards; c'est avec lui qu'ils faisaient la paix. Que l'on continue la lecture; et vous, Athéniens, comparez leurs espérances avec leur sort. Est-il tel, ou à peu près tel que l'accusé l'annonçait ? Lis. Décision des Amphictyons. (64) Jamais, ô Athéniens ! il n'y eut de nos jours, parmi les Hellènes, ni peut-être dans les âges précédents, d'événements plus graves, plus cruels, ces faits cependant, avec leur caractère et leur portée, un seul homme, Philippe, en est devenu le moteur suprême, grâce à ces perfides; et il y avait encore une Athènes, protectrice héréditaire de la Grèce, et opposée, par tradition, à de pareilles tyrannies ! La connaissance de la catastrophe des infortunés Phocidiens résulte non seulement de cette décision, (65) mais surtout des événements qui l'ont suivie. Spectacle affreux et déchirant, ô Athéniens ! que celui dont nos yeux furent témoins, malgré nous, en allant dernièrement à Delphes : des maisons renversées, des remparts détruits, des campagnes privées de leurs jeunes hommes, quelques pauvres femmes, quelques faibles enfants, de misérables vieillards ! Non, aucun langage ne pourrait égaler les calamités qui pèsent sur ces contrées. Toutefois, je vous entends dire à tous que jadis, sur la question de réduire les Athéniens en esclavage, le vote de la Phocide fut opposé à celui de Thèbes. (66) Si donc vos ancêtres revenaient à la vie, quelles seraient, ô Athéniens ! leur opinion et leur sentence sur les meurtriers de la Phocide ? Ah ! je n'en doute point : après les avoir lapidés de leurs propres mains, ils croiraient ces mains pures encore. N'est-il pas honteux, en effet, ou plutôt n'est-ce pas le comble de la honte, qu'un peuple, qui alors nous sauva par un suffrage protecteur, ait rencontré un sort tout différent, grâce à nos députes, et subisse, sous nos yeux, des douleurs que ne connurent jamais les autres Hellènes ? Qui donc est la cause de ces maux ? quel fut l'artisan de ces impostures ? N'est-ce pas Eschine ? (67) Que de motifs, ô Athéniens! d'appeler Philippe heureux ! heureux surtout d'un avantage dont je ne trouve pas d'autre exemple (j'en atteste tous les Dieux !) parmi les hautes fortunes de notre siècle. Avoir pris de grandes villes, avoir soumis à son sceptre de vastes contrées, s'être signalé par mille succès, ce sont là des prospérités brillantes et dignes d'envie : qui en doute ? Mais combien d'autres on pourrait citer qui en ont joui ! (68) Il est un bonheur qui lui fut propre, et qu'il n'a partagé avec personne. Quel bonheur ? sa politique avait besoin de s'aider d'hommes pervers, et la perversité de ceux qu'il a trouvés a passé ses souhaits. Peut-on, à ces traits, ne pas reconnaître nos députés ? Les mensonges que Philippe, ayant à débattre de si grands intérêts, n'osait ni vous présenter pour lui-même, ni écrire dans une seule de ses lettres, ni communiquer par aucune ambassade, ces hommes, pour un salaire, en ont séduit votre crédulité !


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Controverse autour d'une agression à domicile

L'origine de la querelle entre le plaideur et son adversaire, Simon, est une rivalité amoureuse pour un jeune homme




[3,28] Λέγει δ' ὡς ἡμεῖς ἤλθομεν ἐπὶ τὴν οἰκίαν τὴν τούτου ὄστρακον ἔχοντες, καὶ ὡς ἠπείλουν αὐτῷ ἐγὼ ἀποκτενεῖν, καὶ ὡς τοῦτό ἐστιν ἡ πρόνοια. ἐγὼ δ' ἡγοῦμαι, ὦ βουλή, ῥᾴδιον εἶναι γνῶναι ὅτι ψεύδεται, οὐ μόνον ὑμῖν τοῖς εἰωθόσι σκοπεῖσθαι περὶ τῶν τοιούτων, ἀλλὰ καὶ τοῖς ἄλλοις ἅπασι. [3,29] τῷ γὰρ ἂν δόξειε πιστὸν ὡς ἐγὼ προνοηθεὶς καὶ ἐπιϐουλεύων ἦλθον ἐπὶ τὴν Σίμωνος οἰκίαν μεθ' ἡμέραν, μετὰ τοῦ μειρακίου, τοσούτων ἀνθρώπων παρ' αὐτῷ συνειλεγμένων, εἰ μὴ εἰς τοῦτο μανίας ἀφικόμην ὥστε ἐπιθυμεῖν εἷς ὢν πολλοῖς μάχεσθαι, ἄλλως τε καὶ εἰδὼς ὅτι ἀσμένως ἄν με εἶδεν ἐπὶ ταῖς θύραις ταῖς αὑτοῦ, ὃς καὶ ἐπὶ τὴν ἐμὴν οἰκίαν φοιτῶν εἰσῄει βίᾳ, καὶ οὔτε τῆς ἀδελφῆς οὔτε τῶν ἀδελφιδῶν φροντίσας ζητεῖν με ἐτόλμα, καὶ ἐξευρὼν οὗ δειπνῶν ἐτύγχανον, ἐκκαλέσας ἔτυπτέ με.

[3,30] καὶ τότε μὲν ἄρα, ἵνα μὴ περιϐόητος εἴην, ἡσυχίαν ἦγον, συμφορὰν ἐμαυτοῦ νομίζων τὴν τούτου πονηρίαν· ἐπειδὴ δὲ χρόνος διεγένετο, πάλιν, ὡς οὗτός φησιν, ἐπεθύμησα περιϐόητος γενέσθαι; καὶ εἰ μὲν ἦν παρὰ τούτῳ τὸ μειράκιον, εἶχεν ἄν τινα λόγον τὸ ψεῦδος αὐτῷ ὡς ἐγὼ διὰ τὴν ἐπιθυμίαν ἠναγκαζόμην ἀνοητότερόν τι ποιεῖν τῶν εἰκότων νῦν δὲ τούτῳ μὲν οὐδὲ διελέγετο.  ἀλλ' ἐμίσει πάντων ἀνθρώπων μάλιστα.
                                                                                                                                                                                    Lysias, contre Simon, 3, 28-30



ὄστρακον, ου (τὸ) :  coquille, coquille d’œuf; tesson (semblable à une coquille sur lequel on écrivait le nom de ceux qu’on bannissait).
ἀπειλέω-ῶ (imparf. ἠπείλουν, futur ἀπειλήσω, aor. ἠπείλησα, parf. ἠπείληκα) : repousser, acculer; repousser avec menace, menacer.
λέγει δ' ὡς ἡμεῖς ἤλθομεν ἐπὶ τὴν οἰκίαν τὴν τούτου ὄστρακον ἔχοντες, καὶ ὡς ἠπείλουν αὐτῷ ἐγὼ ἀποκτενεῖν : il prétend que nous sommes allés chez lui armés de tessons, que je le menaçai de le tuer.


μισέω, -ῶ (futur μισήσω, aor. ἐμίσησα, parf. μεμίσηκα) : haïr, détester.


[3,28] Il prétend que nous sommes allés chez lui armés de tessons, que je le menaçai de le tuer, et que c'est cela la préméditation. Mais, citoyens du Conseil, il y a là un mensonge facile, je crois, à reconnaître, je ne dis pas seulement pour vous, qui avez l'habitude des cas de ce genre, mais pour n'importe qui. [3,29] A qui fera-t-on croire en effet que, de dessein prémédité, en vue d'un guet-apens, je sois allé trouver Simon près de sa propre demeure, en plein jour, avec le jeune garçon, quand il y avait un tas de gens autour de lui ? Aurais-je été assez fou pour avoir envie de me battre seul contre cette foule, sachant surtout que Simon serait enchanté de me voir à la porte de sa maison, lui qui avait rôdé autour de la mienne et y avait pénétré de force, qui, sans se soucier de la présence de ma sœur et de mes nièces, avait eu l'impudence de me relancer et, après avoir découvert l'endroit où nous dînions, de m'appeler dehors pour me frapper ?

 [3,30] Comment ! A ce moment-là j'ai voulu éviter le scandale, et je me suis tenu tranquille, pensant que ses violences me mettaient moi-même dans une fâcheuse situation, et dans la suite, à l'en croire, ce scandale je l'aurais recherché ! 31 Si encore le jeune garçon avait vécu chez mon adversaire, ce mensonge aurait une apparence de raison : c'est la passion qui m'eût poussé à cette invraisemblable folie. Mais en réalité, il n’adressait même pas la parole à cet individu; il le détestait plus que personne au monde.




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Une définition de la philosophie


[266] Φιλοσοφίαν μὲν οὖν οὐκ οἶμαι δεῖν προσαγορεύειν τὴν μηδὲν ἐν τῷ παρόντι μήτε πρὸς τὸ λέγειν μήτε πρὸς τὸ πράττειν ὠφελοῦσαν, γυμνασίαν μέντοι τῆς ψυχῆς καὶ παρασκευὴν φιλοσοφίας καλῶ τὴν διατριϐὴν τὴν τοιαύτην, ἀνδρικωτέραν μὲν ἧς οἱ παῖδες ἐν τοῖς διδασκαλείοις ποιοῦνται, τὰ δὲ πλεῖστα παραπλησίαν· [267] καὶ γὰρ ἐκείνων οἱ περὶ τὴν γραμματικὴν καὶ τὴν μουσικὴν καὶ τὴν ἄλλην παιδείαν διαπονηθέντες πρὸς μὲν τὸ βέλτιον εἰπεῖν ἢ βουλεύσασθαι περὶ τῶν πραγμάτων οὐδεμίαν πω λαμϐάνουσιν ἐπίδοσιν, αὐτοὶ δ' αὑτῶν εὐμαθέστεροι γίγνονται πρὸς τὰ μείζω καὶ σπουδαιότερα τῶν μαθημάτων. [268] Διατρῖψαι μὲν οὖν περὶ τὰς παιδείας ταύτας χρόνον τινὰ συμϐουλεύσαιμ' ἂν τοῖς νεωτέροις, μὴ μέντοι περιιδεῖν τὴν αὑτῶν κατασκελετευθεῖσαν ἐπὶ τούτοις, μηδ' ἐξοκείλασαν εἰς τοὺς λόγους τοὺς τῶν παλαιῶν σοφιστῶν, ὧν ὁ μὲν ἄπειρον τὸ πλῆθος ἔφησεν εἶναι τῶν ὄντων, Ἐμπεδοκλῆς δὲ τέτταρα, καὶ νεῖκος καὶ φιλίαν ἐν αὐτοῖς, Ἴων δ' οὐ πλείω τριῶν, Ἀλκμαίων δὲ δύο μόνα, Παρμενίδης δὲ καὶ Μέλισσος ἕν, Γοργίας δὲ παντελῶς οὐδέν.[269] Ἡγοῦμαι γὰρ τὰς μὲν τοιαύτας περιττολογίας ὁμοίας εἶναι ταῖς θαυματοποιίαις, ταῖς οὐδὲν μὲν ὠφελούσαις ὑπὸ δὲ τῶν ἀνοήτων περιστάτοις γιγνομέναις, δεῖν δὲ τοὺς προὔργου τι ποιεῖν βουλομένους καὶ τῶν λόγων τοὺς ματαίους καὶ τῶν πράξεων τὰς μηδὲν πρὸς τὸν βίον φερούσας ἀναιρεῖν ἐξ ἁπασῶν τῶν διατριϐῶν.

[270] Περὶ μὲν οὖν τούτων ἀπόχρη μοι τὸ νῦν εἶναι ταῦτ' εἰρηκέναι καὶ συμϐεϐουλευκέναι· περὶ δὲ σοφίας καὶ φιλοσοφίας τοῖς μὲν περὶ ἄλλων τινῶν ἀγωνιζομένοις οὐκ ἂν ἁρμόσειε λέγειν περὶ τῶν ὀνομάτων τούτων ̔ἔστι γὰρ ἀλλότρια πάσαις ταῖς πραγματείαις*̓, ἐμοὶ δ' ἐπειδὴ καὶ κρίνομαι περὶ τῶν τοιούτων καὶ τὴν καλουμένην ὑπό τινων φιλοσοφίαν οὐκ εἶναι φημί, προσήκει τὴν δικαίως ἂν νομιζομένην ὁρίσαι καὶ δηλῶσαι πρὸς ὑμᾶς. Ἁπλῶς δέ πως τυγχάνω γιγνώσκων περὶ αὐτῶν. [271] Ἐπειδὴ γὰρ οὐκ ἔνεστιν ἐν τῇ φύσει τῇ τῶν ἀνθρώπων ἐπιστήμην λαϐεῖν ἣν ἔχοντες ἂν εἰδεῖμεν ὅ τι πρακτέον ἤ λεκτέον ἐστίν, ἐκ τῶν λοιπῶν σοφοὺς μὲν νομίζω τοὺς ταῖς δόξαις ἐπιτυγχάνειν ὡς ἐπὶ τὸ πολὺ τοῦ βελτίστου δυναμένους, φιλοσόφους δὲ τοὺς ἐν τούτοις διατρίϐοντας ἐξ ὧν τάχιστα λήψονται τὴν τοιαύτην φρόνησιν.
                                                                                                                                                                                                            Isocrate, sur l'échange, 266-271


θαυματοποιΐα, ας (ἡ) : art de faire des tours d’adresse; miracle.
περίστατος, ος, ον : autour de qui l’on se tient, qui attire la foule autour de soi, entouré.
περισσολογία, att. περιττολογία, ας (ἡ)  : redondance, verbosité, subtilité.
Ἡγοῦμαι γὰρ τὰς μὲν τοιαύτας περιττολογίας ὁμοίας εἶναι ταῖς θαυματοποιίαις, ταῖς οὐδὲν μὲν ὠφελούσαις ὑπὸ δὲ τῶν ἀνοήτων περιστάτοις γιγνομέναις : de telles subtilités ressemblent, je crois, à ces jongleries qui ne servent à rien et rassemblent pourtant les sots autour d'elles.


[266] La philosophie, à mon avis, n'est pas digne de ce nom, qui n'est d'aucune aide immédiate pour parler ou pour agir : une gymnastique de l'âme et une préparation à la vraie philosophie, voilà comment j'appelle une telle étude, qui, si elle convient mieux à des hommes que celles auxquelles se livrent les enfants dans les écoles, leur ressemble pourtant beaucoup. En effet, les enfants qui s'appliquent à apprendre les lettres, la musique et les autres matières de l'éducation, n'ont encore fait aucun progrès en ce qui concerne le talent de bien dire et de juger sainement dans la vie pratique, mais ils se rendent ainsi plus capables qu'ils n'étaient de recevoir des connaissances plus élevées et plus sérieuses.
[268] Je conseillerais donc volontiers aux jeunes gens de consacrer quelque temps à ces études, mais sans laisser leurs esprits s'y dessécher ni s'enliser dans les théories des anciens sophistes. Parmi ceux-là, l'un a  prétendu que le nombre des éléments est infini, tandis qu'Empédocle n'en admettait que quatre, qui se combattent ou s'allient entre eux. Ion, pas plus de trois, Alcméon, deux seulement, Parménide et Mélissos, un seul; quant à Gorgias,  il n'en reconnaissait absolument aucun.
[269]
De telles imaginations ressemblent, je crois, à ces jongleries qui ne servent à rien et rassemblent pourtant les sots autour d'elles.
[270]  Là-dessus, je me content pour l'instant de ces paroles et de ces conseils, mais il convient que je définisse que je définisse et que j'expose devant vous la sagesse et la philosophie qui pourraient être reconnues à bon droit ccomme telles. Mon opinion sur elles se trouve être assez simple : puisqu'il n'est pas dans la nature des hommes d'acquérir une science qui nous donnerait, si nous la possédions,  la connaissance de  ce qu'il faut faire ou dire, cela étant exclu, je considère comme sages ceux dont les opinions sont capables de rencontrer le plus souvent ce qui est le meilleur, et comme philosophes ceux qui s'adonnent aux études grâce auxquelles ils acquerront le plus vite possible un tel discernement.
           trad. Bizos et Flacelière; versions grecques, éd. Vuibert



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L'orateur propose, la fortune dispose
 


[1] εἰ μετὰ τῆς αὐτῆς γνώμης, ὦ ἄνδρες Ἀθηναῖοι, τούς τε λόγους ἠκούετε τῶν συμϐουλευόντων καὶ τὰ πράγματ᾽ ἐκρίνετε, πάντων ἀσφαλέστατον ἦν ἂν τὸ συμϐουλεύειν. καὶ γὰρ εὐτυχῶς καὶ ἄλλως πράξασι (λέγειν γὰρ εὐφήμως πάντα δεῖ) κοίν᾽ ἂν ἦν τὰ τῆς αἰτίας ὑμῖν καὶ τῷ πείσαντι. νῦν δ᾽ ἀκούετε μὲν τῶν ἃ βούλεσθε λεγόντων ἥδιστα, αἰτιᾶσθε δὲ πολλάκις ἐξαπατᾶν ὑμᾶς αὐτούς, ἐὰν μὴ πάνθ᾽ ὃν ἂν ὑμεῖς τρόπον βούλησθε γένηται, [2] οὐ λογιζόμενοι τοῦθ᾽ ὅτι τοῦ μὲν ζητῆσαι καὶ λογίσασθαι τὰ βέλτιστα, ὡς ἄνθρωπος, καὶ πρὸς ὑμᾶς εἰπεῖν αὐτὸς ἕκαστός ἐστιν κύριος, τοῦ δὲ πραχθῆναι ταῦτα καὶ συνενεγκεῖν ἐν τῇ τύχῃ τὸ πλεῖστον μέρος γίγνεται. ἔστιν δ᾽ ἄνθρωπον ὄντ᾽ ἀγαπητὸν τῆς αὑτοῦ διανοίας λόγον ὑπέχειν· τῆς δὲ τύχης πρὸς ὑποσχεῖν ἕν τι τῶν ἀδυνάτων. [3] εἰ μὲν οὖν ηὑρημένον ἦν πῶς ἄν τις ἀσφαλῶς ἄνευ κινδύνου δημηγοροίη, μανί' ἂν παραλείπειν τοῦτον ἦν τὸν τρόπον· ἐπεὶ δ᾽ ἀνάγκη τὸν περὶ τῶν μελλόντων πραγμάτων γνώμην ἀποφαινόμενον κοινωνεῖν τοῖς ἀπ᾽ αὐτῶν γενομένοις καὶ μετέχειν τῆς ἀπὸ τούτων αἰτίας, αἰσχρὸν ἡγοῦμαι λέγειν μὲν ὡς εὔνους, μὴ ὑπομένειν δέ, εἴ τις ἐκ τούτου κίνδυνος ἔσται.

εὔχομαι δὲ τοῖς θεοῖς, ἃ καὶ τῇ πόλει κἀμοὶ συμφέρειν μέλλει, ταῦτ᾽ ἐμοί τ᾽ εἰπεῖν ἐλθεῖν ἐπὶ νοῦν καὶ ὑμῖν ἑλέσθαι. τὸ γὰρ πάντα τρόπον ζητεῖν νικῆσαι, δυοῖν θάτερον, ἢ μανίας ἢ κέρδους ἕνεκ᾽ ἐσπουδακότος φήσαιμ᾽ ἂν εἶναι.
                                                                                                                                                                                   Démosthène, prologue 25

ἀκούω (futur ἀκούσομαι, aor. ἤκουσα, parf. ἀκήκοα) : entendre, écouter.
συμϐουλεύω : donner un conseil, conseiller.
λέγειν γὰρ εὐφήμως πάντα δεῖ : car il faut parler toujours avec euphémisme.
ἡδύς, ἡδεῖα, ἡδύ, gén. ἡδέος, ἡδείας, ἡδέος : agréable.
superl. ἥδιστος
νῦν δ᾽ ἀκούετε μὲν τῶν ἃ βούλεσθε λεγόντων ἥδιστα : en réalité vous écoutez avec délices ceux qui flattent vos désirs

[1]Athéniens, si vous apportiez les mêmes dispositions pour écouter les discours de vos conseillers et pour juger les faits, rien ne serait moins périlleux que la tâche du conseiller. Que les choses tournent bien ou autrement (car il faut parler toujours avec euphémisme), la responsabilité serait partager entre vous et votre guide. Malheureusement vous écoutez avec délices ceux qui flattent vos désirs, quittes à les accuser souvent de vous tromper si tout ne va pas comme vous le désirez :  [2] vous ne réfléchissez pas à une chose, c'est que, s'il ne s'agit que de chercher et de peser le parti le meilleur (humainement parlant), s'il ne s'agit que de vous l'exposer, chaque orateur reste le maître souverain; mais l'exécution de ces idées, mais leur efficacité, tout cela incombe essentiellement à la Fortune. Il faut se contenter, comme homme, de rendre compte de sa propre pensée : quant à rendre compte aussi de la Fortune, c'est une tâche impossible. Si l'on avait trouvé le moyen de vous faire des discours sans rique et sans péril, ce serait folie de renoncer à ce procédé; mais puisque fatalement celui qui expose son opinion sur les faits à venir est associé aux conséquences qui en découlent et se trouve enveloppé dans les accusations qui en résultent, je trouve honteux de parler comme un bon patriote, sans faire front devant tout péril qui peut naître de là.

Je prie les dieux de nous inspirer à moi de dire et à vous de choisir ce qui doit servir les intérêts de la Cité et les miens. Mais de choisir coûte que coûte à triompher, je serais tenté de dire que c'est la marque d'un homme passionné qui obéit, de deux choses l'une, ou bien à la folie ou bien à la vénalité.
      trad. Robert Clavaud; éd. les belles lettres



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L'épisode de Nausicaa, jeune princesse,  évoqué par un père de l'Eglise


[5, 7] Ὡς δ´ ἐγώ τινος ἤκουσα δεινοῦ καταμαθεῖν ἀνδρὸς ποιητοῦ διάνοιαν, πᾶσα μὲν ἡ ποίησις τῷ Ὁμήρῳ ἀρετῆς ἐστιν ἔπαινος, καὶ πάντα αὐτῷ πρὸς τοῦτο φέρει, ὅ τι μὴ πάρεργον· οὐχ ἥκιστα δὲ ἐν οἷς τὸν στρατηγὸν τῶν Κεφαλλήνων πεποίηκε, γυμνὸν ἐκ τοῦ ναυαγίου περισωθέντα, πρῶτον μὲν αἰδέσαι τὴν βασιλίδα φανέντα μόνον, τοσούτου δεῖν αἰσχύνην ὀφλῆσαι γυμνὸν ὀφθέντα, ἐπειδήπερ αὐτὸν ἀρετῇ ἀντὶ ἱματίων κεκοσμημένον ἐποίησε· ἔπειτα μέντοι καὶ τοῖς λοιποῖς Φαίαξι τοσούτου ἄξιον νομισθῆναι ὥστε ἀφέντας τὴν τρυφὴν ᾗ συνέζων, ἐκεῖνον ἀπο
ϐλέπειν καὶ ζηλοῦν ἅπαντας, καὶ μηδένα Φαιάκων ἐν τῷ τότε εἶναι ἄλλο τι ἂν εὔξασθαι μᾶλλον ἢ Ὀδυσσέα γενέσθαι, καὶ ταῦτα ἐκ ναυαγίου περισωθέντα. Ἐν τούτοις γὰρ ἔλεγεν ὁ τοῦ ποιητοῦ τῆς διανοίας ἐξηγητὴς μονονουχὶ βοῶντα λέγειν τὸν Ὅμηρον ὅτι· Ἀρετῆς ὑμῖν ἐπιμελητέον, ὦ ἄνθρωποι, ἣ καὶ ναυαγήσαντι συνεκνήχεται καὶ ἐπὶ τῆς χέρσου γενόμενον γυμνὸν τιμιώτερον ἀποδείξει τῶν εὐδαιμόνων Φαιάκων.  Καὶ γὰρ οὕτως ἔχει. Τὰ μὲν ἄλλα τῶν κτημάτων οὐ μᾶλλον τῶν ἐχόντων ἢ καὶ οὑτινοσοῦν τῶν ἐπιτυχόντων ἐστίν, ὥσπερ ἐν παιδιᾷ κύϐων τῇδε κἀκεῖσε μεταϐαλλόμενα· μόνη δὲ κτημάτων ἡ ἀρετὴ ἀναφαίρετον, καὶ ζῶντι καὶ τελευτήσαντι παραμένουσα. Ὅθεν δὴ καὶ Σόλων μοι δοκεῖ πρὸς τοὺς εὐπόρους εἰπεῖν τό· Ἀλλ´ ἡμεῖς αὐτοῖς οὐ διαμειψόμεθα τῆς ἀρετῆς τὸν πλοῦτον· ἐπεὶ τὸ μὲν ἔμπεδον αἰεί, χρήματα δ´ ἀνθρώπων ἄλλοτε ἄλλος ἔχει. Παραπλήσια δὲ τούτοις καὶ τὰ Θεόγνιδος, ἐν οἷς φησι τὸν θεόν, ὅντινα δὴ καί φησι, τοῖς ἀνθρώποις τὸ τάλαντον ἐπιρρέπειν ἄλλοτε ἄλλως, "ἄλλοτε μὲν πλουτεῖν, ἄλλοτε δὲ μηδὲν ἔχειν".
                                                                                                                                                                   Basile de Césarée, discours aux jeunes gens, 5, 7-



ἔπαινος, ου (ὁ) : approbation, louange, éloge.
πᾶσα μὲν ἡ ποίησις τῷ Ὁμήρῳ ἀρετῆς ἐστιν ἔπαινος :
pour Homère toute la poésie est un éloge de la vertu.
πάρεργος, ος, ον : qui est hors d’œuvre, accessoire, secondaire.
ἥκιστα, adv. : très peu, le moins, pas du tout.
οὐχ ἥκιστα : surtout.
περισῴζω : sauver la vie de, assurer le salut de; sauver sa vie en s'échappant (du naufrage).
ναυάγιον, ου (τὸ) : débris d’un naufrage; naufrage.
οὐχ ἥκιστα δὲ ἐν οἷς τὸν στρατηγὸν τῶν Κεφαλλήνων πεποίηκε, γυμνὸν ἐκ τοῦ ναυαγίου περισωθέντα : surtout dans les vers où le poète nous montre le chef des Céphaléniens sauvé nu du naufrage.

ἐπιμελέομαι-οῦμαι (futur ἐπιμελήσομαι, aor. ἐπεμελήθην) : avoir soin de, s’occuper de, veiller à.
ναυαγέω, -ῶ : faire naufrage.
part. aor. masc. ναυαγήσας, αντος.
συνεκνήχομαι : se sauver à la nage avec.
Ἀρετῆς ὑμῖν ἐπιμελητέον, ὦ ἄνθρωποι, ἣ καὶ ναυαγήσαντι συνεκνήχεται καὶ ἐπὶ τῆς χέρσου γενόμενον γυμνὸν τιμιώτερον ἀποδείξει τῶν εὐδαιμόνων Φαιάκων : vous devez cultiver, hommes, une vertu qui surnage avec le naufragé, et, dès qu'il a pris terre,  le fera paraître plus honorable dans sa nudité que les heureux Phéaciens.

ἐπιρρέπω : pencher sur ou vers; faire pencher.
ἐπιρρέπειν τάλαντον : faire pencher le plateau de la balance.
ἄλλοτε, adv. : une autre fois, d’autres fois.
ἄλλοτε μὲν…, ἄλλοτε δέ : tantôt ... tantôt.
ἄλλοτε ἄλλως : tantôt d'un côté tantôt d'un autre.
ἄλλοτε μὲν πλουτεῖν, ἄλλοτε δὲ μηδὲν ἔχειν : (il dit que) tantôt ils sont riches et tantôt ils n'ont rien.




[5, 7] J'ai d'ailleurs entendu dire par un homme habile à interpréter la pensée des poètes, que pour Homère toute la poésie est un éloge de la vertu, et que tout chez lui, sauf accessoirement, tend à cette fin; plus que tout, les vers où le poète nous montre le chef des Céphaléniens sauvé nu du naufrage, inspirant dès l'abord du respect à la princesse par sa seule présence, bien loin de devoir rougir d'être vu nu, le poète lui ayant donné en guise de manteau la vertu pour parure; mais, par la suite, jusqu'aux autres Phéaciens reçoivent de lui une telle estime, qu'ils renoncent à la mollesse où il passaient leur vie, les yeux fixés sur lui pour l'imiter tous, et pas un des Phéaciens, à ce moment, n'aurait rien tant souhaité que d'être Ulysse et Ulysse survivant d'un naufrage. Car dans ces vers, disait l'interprète de la pensée du poète, Homère nous dit en quelque sorte à grands cris : "Vous devez cultiver, hommes, une vertu qui surnage avec le naufragé, et, dès qu'il a pris terre,  le fera paraître plus honorable dans sa nudité que les heureux Phéaciens. C'est bien cela. Les autres biens ne sont plus à leurs possesseurs qu'au premier venu; comme au jeu de dés, ils sont jetés tantôt ici tantôt là; seule entre les biens, la vertu est chose imprenable : pendant la vie et après la mort, elle demeure. C'est, il me semble, ce qui faisait dire aussi à Solon, à l'adresse des riches, cette parole : "De nous à eux, il n'y aura pas échange de notre vertu contre leur fortune, car la première est constante toujours. Mais les richesses sont tantôt à un homme tantôt à un autre". C'est une idée semblable à celle-ci qu'exprime encore Théognis, quand il dit que le dieu, quelque soit le dieu dont il parle, pour les hommes fait pencher le plateau tantôt d'un côté tantôt d'un autre; tantôt ils sont riches tantôt ils n'ont rien.
                                     trad. Fernand Boulanger; éd. les belles lettres



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Un gué salvateur



[4,3,10] καὶ ἀριστῶντι τῷ Ξενοφῶντι προσέτρεχον δύο νεανίσκω· ᾔδεσαν γὰρ πάντες ὅτι ἐξείη αὐτῷ καὶ ἀριστῶντι καὶ δειπνοῦντι προσελθεῖν καὶ εἰ καθεύδοι ἐπεγείραντα εἰπεῖν, εἴ τίς τι ἔχοι τῶν πρὸς τὸν πόλεμον. (4.3.11) καὶ τότε ἔλεγον ὅτι τυγχάνοιεν φρύγανα συλλέγοντες ὡς ἐπὶ πῦρ, κἄπειτα κατίδοιεν ἐν τῷ πέραν ἐν πέτραις καθηκούσαις ἐπ᾽ αὐτὸν τὸν ποταμὸν γέροντά τε καὶ γυναῖκα καὶ παιδίσκας ὥσπερ μαρσίπους ἱματίων κατατιθεμένους ἐν πέτρᾳ ἀντρώδει. (4.3.12) ἰδοῦσι δὲ σφίσι δόξαι ἀσφαλὲς εἶναι διαϐῆναι· οὐδὲ γὰρ τοῖς πολεμίοις ἱππεῦσι προσϐατὸν εἶναι κατὰ τοῦτο. ἐκδύντες δ᾽ ἔφασαν ἔχοντες τὰ ἐγχειρίδια γυμνοὶ ὡς νευσόμενοι διαϐαίνειν· πορευόμενοι δὲ πρόσθεν διαϐῆναι πρὶν βρέξαι τὰ αἰδοῖα· (4.3.13) καὶ διαϐάντες, λαϐόντες τὰ ἱμάτια πάλιν ἥκειν. εὐθὺς οὖν Ξενοφῶν αὐτός τε ἔσπενδε καὶ τοῖς νεανίσκοις ἐγχεῖν ἐκέλευε καὶ εὔχεσθαι τοῖς φήνασι θεοῖς τά τε ὀνείρατα καὶ τὸν πόρον καὶ τὰ λοιπὰ ἀγαθὰ ἐπιτελέσαι. σπείσας δ᾽ εὐθὺς ἦγε τοὺς νεανίσκους παρὰ τὸν Χειρίσοφον, καὶ διηγοῦνται ταὐτά. (4.3.14) ἀκούσας δὲ καὶ ὁ Χειρίσοφος σπονδὰς ἐποίει. σπείσαντες δὲ τοῖς μὲν ἄλλοις παρήγγελλον συσκευάζεσθαι, αὐτοὶ δὲ συγκαλέσαντες τοὺς στρατηγοὺς ἐϐουλεύοντο ὅπως ἂν κάλλιστα δια
ϐαῖεν καὶ τούς τε ἔμπροσθεν νικῷεν καὶ ὑπὸ τῶν ὄπισθεν μηδὲν πάσχοιεν κακόν. (4.3.15) καὶ ἔδοξεν αὐτοῖς Χειρίσοφον μὲν ἡγεῖσθαι καὶ διαϐαίνειν ἔχοντα τὸ ἥμισυ τοῦ στρατεύματος, τὸ δ᾽ ἥμισυ ἔτι ὑπομένειν σὺν Ξενοφῶντι, τὰ δὲ ὑποζύγια καὶ τὸν ὄχλον ἐν μέσῳ τούτων διαϐαίνειν. (4.3.16) ἐπεὶ δὲ ταῦτα καλῶς εἶχεν ἐπορεύοντο· ἡγοῦντο δ᾽ οἱ νεανίσκοι ἐν ἀριστερᾷ ἔχοντες τὸν ποταμόν· ὁδὸς δὲ ἦν ἐπὶ τὴν διάϐασιν ὡς τέτταρες στάδιοι. (4.3.17) πορευομένων δ᾽ αὐτῶν ἀντιπαρῇσαν αἱ τάξεις τῶν ἱππέων. ἐπειδὴ δὲ ἦσαν κατὰ τὴν διάϐασιν καὶ τὰς ὄχθας τοῦ ποταμοῦ, ἔθεντο τὰ ὅπλα, καὶ αὐτὸς πρῶτος Χειρίσοφος στεφανωσάμενος καὶ ἀποδὺς ἐλάμϐανε τὰ ὅπλα καὶ τοῖς ἄλλοις πᾶσι παρήγγελλε, καὶ τοὺς λοχαγοὺς ἐκέλευεν ἄγειν τοὺς λόχους ὀρθίους, τοὺς μὲν ἐν ἀριστερᾷ τοὺς δ᾽ ἐν δεξιᾷ ἑαυτοῦ. (4.3.18) καὶ οἱ μὲν μάντεις ἐσφαγιάζοντο εἰς τὸν ποταμόν· οἱ δὲ πολέμιοι ἐτόξευον καὶ ἐσφενδόνων· (4.3.19) ἀλλ᾽ οὔπω ἐξικνοῦντο· ἐπεὶ δὲ καλὰ ἦν τὰ σφάγια, ἐπαιάνιζον πάντες οἱ στρατιῶται καὶ ἀνηλάλαζον, συνωλόλυζον δὲ καὶ αἱ γυναῖκες ἅπασαι. πολλαὶ γὰρ ἦσαν ἑταῖραι ἐν τῷ στρατεύματι.
                                                                                                                                                                                                               Xénophon, Anabase, 4, 3, 10-19.
κατατίθημι : déposer; moyen  déposer, quitter.                                              
παιδίσκη, ης (ἡ) : petite fille, jeune fille. 

προσϐατός, ή, όν : accessible à.
ἰδοῦσι δὲ σφίσι δόξαι ἀσφαλὲς εἶναι διαϐῆναι· οὐδὲ γὰρ τοῖς πολεμίοις ἱππεῦσι προσϐατὸν εἶναι κατὰ τοῦτο : à cette vue ils avaient estimé qu'il n'y avait aucun danger à passer, car en face il n'y avait même pas d'accès pour la cavalerie ennemie.
αἰδοῖος, α, ον : vénérable, digne de respect; honteux, vil; qui marque du respect, respectueux, déférent.
τὰ αἰδοῖα : les organes génitaux.
βρέχω (imparf. ἔϐρεχον, futur réc. βρέξω, aor. ἔϐρεξα; passif futur réc. βραχήσομαι, aor. ἐϐρέχθην, aor.2 ἐϐράχην, parf. βέϐρεγμαι) : mouiller.
ἐκδύντες δ᾽ ἔφασαν ἔχοντες τὰ ἐγχειρίδια γυμνοὶ ὡς νευσόμενοι διαϐαίνειν· πορευόμενοι δὲ πρόσθεν διαϐῆναι πρὶν βρέξαι τὰ αἰδοῖα : ils se déshabillent et, disent-ils, un poignard à la main, nus, comme s'ils allaient nager, ils se mettent à traverser, et tout en s'avançant, ils franchissent la rivière sans se mouiller les organes génitaux.

καλῶς : voir dico Bailly
ἐπεὶ δὲ ταῦτα καλῶς εἶχεν ἐπορεύοντο : ces dispositions une fois bien arrêtées, on se mit en marche.

ἀντιπάρειμι (imparf. ἀντιπαρῇν) : s’avancer parallèlement.
ἀντιπαρῇσαν : ils marchaient en se maintenant à leur hauteur sur la rive opposée.
ἀντιπαρῇσαν αἱ τάξεις τῶν ἱππέων : pendant la marche la cavalerie ennemie se portait toujours à la hauteur des Grecs sur la rive opposée.
ἡγοῦντο δ᾽ οἱ νεανίσκοι ἐν ἀριστερᾷ ἔχοντες τὸν ποταμόν· ὁδὸς δὲ ἦν ἐπὶ τὴν διάϐασιν ὡς τέτταρες στάδιοι : on se mit en marche sous la conduite des jeunes gens, en ayant le cours d'eau à gauche; on fit ainsi à peu près quatre stades pour arriver au gué.

ἐξικνέομαι, -οῦμαι (futur ἐξίξομαι, aor.2 ἐξικόμην) : dépasser, s’étendre, parvenir à, atteindre.
σφάγιον, ου (τὸ) : victime (pour un sacrifice); sacrifice.
καὶ οἱ μὲν μάντεις ἐσφαγιάζοντο εἰς τὸν ποταμόν· οἱ δὲ πολέμιοι ἐτόξευον καὶ ἐσφενδόνων : cependant les devins égorgèrent les victimes sur le bord du fleuve, tandis que les ennemis tiraient avec leurs arcs, leurs frondes.
ἀλλ᾽ οὔπω ἐξικνοῦντο· ἐπεὶ δὲ καλὰ ἦν τὰ σφάγια, ἐπαιάνιζον πάντες οἱ στρατιῶται καὶ ἀνηλάλαζον, συνωλόλυζον δὲ καὶ αἱ γυναῖκες ἅπασαι : mais les projectiles n'atteignaient pas les Grecs; quand les entrailles eurent été jugées favorables, toute l'armée chanta le péan et poussa des cris de guerre; toutes les femmes y joignirent leurs voix.

στράτευμα, ατος (τὸ) : expédition, campagne.
ἑταίρα, ας (ἡ) : maîtresse, courtisane.
πολλαὶ γὰρ ἦσαν ἑταῖραι ἐν τῷ στρατεύματι : car beaucoup de Grecs à l'armée avaient des maîtresses.


                                              
[4,3,10] Pendant que Xénophon dînait, deux jeunes Grecs accoururent à lui; car tout le monde savait qu'il était permis de l'aborder pendant ses repas, et de le réveiller même lorsqu'il dormait pour lui parler de ce qui concernait la guerre.
(4.3.11) Ces jeunes gens lui dirent qu'en ramassant des broussailles sèches pour faire du feu, ils avaient vu au-delà du Centrite, entre des rochers qui descendaient jusqu'à son lit, un vieillard, sa femme et de jeunes filles déposer, dans une caverne qui formait le roc, des espèces de sacs qui paraissaient contenir des habits; (4.3.12) qu'ils avaient cru pouvoir y passer en sûreté, parce que le sol ne permettait pas à la cavalerie ennemie d'en approcher; qu'ils avaient dépouillé leurs vêtements, et, n'ayant qu'un poignard nu à la main, s'étaient jetés dans le fleuve comme pour nager, mais qu'ils l'avaient traversé sans avoir de l'eau, jusqu'à la ceinture; qu'ils avaient pris les habits cachés, par les Arméniens, et étaient revenus. Aussitôt Xénophon fit lui-même des libations; il ordonna qu'on versât du vin à ces jeunes gens pour qu'ils en fissent aussi, et conjurassent les dieux qui lui avaient envoyé le songe et fait connaître un gué, de confirmer, par des succès, de si heureux présages. Après cet acte de religion, il les mena aussitôt à Chirisophe : ils lui répétèrent le même récit. (4.3.14) Chirisophe, quand il eut entendu leur rapport, fit à son tour des libations; puis ayant donné ordre à toute l'armée de plier ses équipages, on assembla les autres généraux, et l'on délibéra sur les meilleures dispositions à faire pour passer le fleuve sans perte, repousser les ennemis qui étaient sur l'autre rive, et n'être pas entamés par ceux qu'on laissait derrière soi. On décida que Chirisophe marcherait à la tête, et traverserait le Centrite, suivi de la moitié de l'armée; que Xénophon resterait en deçà avec l'autre moitié; et que les équipages et les esclaves passeraient le gué entre ces deux corps. (4.3.16) Après avoir bien arrêté ce projet, on se mit en marche. Les jeunes gens, servaient de guides; l'armée longeait le fleuve et l'avait à sa gauche : elle fit ainsi à peu près quatre stades pour arriver au gué. (4.3.17) Pendant la marche la cavalerie ennemie se portait toujours à la hauteur des Grecs sur la rive opposée. Quand on fut vis-à-vis du gué, on posa les armes à terre, en ordre, sur le bord du fleuve. Puis Chirisophe, le premier, la tête ceinte d'une couronne, quitta ses habits, reprit ses armes et donna ordre aux troupes d'en faire autant. Il dit aux chefs de former l'armée en colonnes par lochos, et de marcher à la même hauteur, les uns à sa droite, les autres à sa gauche. (4.3.18) Les sacrificateurs immolèrent des victimes sur le bord du fleuve. Les ennemis se servirent en vain de leurs arcs et de leurs frondes; (4.3.19) les Grecs étaient hors de portée. Quand les entrailles eurent été jugées favorables, toute l'armée chanta le péan et poussa des cris de guerre. Toutes les femmes y joignirent leurs voix; car beaucoup de Grecs avaient des maîtresses à leur suite.



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Combat des Lacédémoniens et des Thébains
à Coronée

(12) ἀντιμέτωπος συνέρραξε τοῖς Θηϐαίοις, καὶ συμϐαλόντες τὰς ἀσπίδας ἐωθοῦντο, ἐμάχοντο, ἀπέκτεινον, ἀπέθνηισκον. καὶ κραυγὴ μὲν οὐδεμία παρῆν, οὐ μὴν οὐδὲ σιγή, φωνὴ δέ τις ἦν τοιαύτη οἵαν ὀργή τε καὶ μάχη παράσχοιτ᾽ ἄν. τέλος δὲ τῶν Θηϐαίων οἱ μὲν διαπίπτουσι πρὸς τὸν Ἑλικῶνα, πολλοὶ δ᾽ ἀποχωροῦντες ἀπέθανον. (13) ἐπειδὴ δὲ ἡ μὲν νίκη σὺν Ἀγησιλάῳ ἐγένετο, τετρωμένος δ᾽ αὐτὸς προσηνέχθη πρὸς τὴν φάλαγγα, προσελάσαντές τινες τῶν ἱππέων λέγουσιν αὐτῷ ὅτι τῶν πολεμίων ὀγδοήκοντα σὺν τοῖς ὅπλοις ὑπὸ τῷ ναῷ εἰσι, καὶ ἠρώτων τί χρὴ ποιεῖν. ὁ δὲ καίπερ πολλὰ τραύματα ἔχων πάντοσε καὶ παντοίοις ὅπλοις ὅμως οὐκ ἐπελάθετο τοῦ θείου, ἀλλ᾽ ἐᾶν τε ἀπιέναι ὅποι βούλοιντο ἐκέλευε καὶ ἀδικεῖν οὐκ εἴα, καὶ προπέμψαι ἐπέταξε τοὺς ἀμφ᾽ αὐτὸν ἱππεῖς ἔστε ἐν τῶι ἀσφαλεῖ ἐγένοντο. (14) ἐπεί γε μὴν ἔληξεν ἡ μάχη, παρῆν δὴ θεάσασθαι ἔνθα συνέπεσον ἀλλήλοις τὴν μὲν γῆν αἵματι πεφυρμένην, νεκροὺς δὲ κειμένους φιλίους καὶ πολεμίους μετ᾽ ἀλλήλων, ἀσπίδας δὲ διατεθρυμμένας, δόρατα συντεθραυσμένα, ἐγχειρίδια γυμνὰ κολεῶν, τὰ μὲν χαμαί, τὰ δ᾽ ἐν σώματι, τὰ δ᾽ ἔτι μετὰ χεῖρας. (15) τότε μὲν οὖν (καὶ γὰρ ἦν ἤδη ὀψέ) συνελκύσαντες τοὺς τῶν πολεμίων νεκροὺς εἴσω φάλαγγος ἐδειπνοποιήσαντο καὶ ἐκοιμήθησαν· πρῲ δὲ Γῦλιν τὸν πολέμαρχον παρατάξαι τε ἐκέλευσε τὸ στράτευμα καὶ τρόπαιον ἵστασθαι καὶ στεφανοῦσθαι πάντας τῷ θεῷ καὶ τοὺς αὐλητὰς πάντας αὐλεῖν. (16) καὶ οἱ μὲν ταῦτ᾽ ἐποίουν· οἱ δὲ Θηϐαῖοι ἔπεμψαν κήρυκα, ὑποσπόνδους τοὺς νεκροὺς αἰτοῦντες θάψαι. καὶ οὕτως δὴ αἵ τε σπονδαὶ γίγνονται καὶ ὁ Ἀγησίλαος οἴκαδε ἀπεχώρει, ἑλόμενος ἀντὶ τοῦ μέγιστος εἶναι ἐν τῇ Ἀσίᾳ οἴκοι τὰ νόμιμα μὲν ἄρχειν, τὰ νόμιμα δὲ ἄρχεσθαι.
                                                                                                                                                                                            Xénophon, Agésilas, 2, 12-16
 


ἀντιμέτωπος, ος, ον : opposés front contre front, de front.
ὠθέω, ὠθῶ (imparf. ἐώθουν, futur ὤσω, aor. ἔωσα, parf. ἔωκα) : pousser, pousser en avant.
λήγω (futur λήξω, aor. ἔληξα) : faire cesser; cesser, finir, se terminer.
συμπίπτω, ancien att. ξυμπίπτω (futur συμπεσοῦμαι, aor.2 συνέπεσον, parf. συμπέπτωκα) :  tomber sur, se heurter contre, être aux prises avec.
(12) ἀντιμέτωπος συνέρραξε τοῖς Θηϐαίοις, καὶ συμϐαλόντες τὰς ἀσπίδας ἐωθοῦντο, ἐμάχοντο, ἀπέκτεινον, ἀπέθνηισκον : il fondit sur les Thébains front contre front; dès lors, heurtant bouclier contre bouclier, on pousse, on combat, on tue, on meurt.

(14) ἐπεί γε μὴν ἔληξεν ἡ μάχη, παρῆν δὴ θεάσασθαι ἔνθα συνέπεσον ἀλλήλοις τὴν μὲν γῆν αἵματι πεφυρμένην, νεκροὺς δὲ κειμένους φιλίους καὶ πολεμίους μετ᾽ ἀλλήλων, ἀσπίδας δὲ διατεθρυμμένας, δόρατα συντεθραυσμένα, ἐγχειρίδια γυμνὰ κολεῶν, τὰ μὲν χαμαί, τὰ δ᾽ ἐν σώματι, τὰ δ᾽ ἔτι μετὰ χεῖρας : le combat fini, on put voir sur le lieu de la rencontre la terre teinte de sang, les morts, amis et ennemis, gisant pêle-mêle, des boucliers en pièces, des lances brisées, des poignards sans fourreau, les uns à terre, les autres enfoncés dans les corps, les autres restés dans les mains des combattants.

                                             
Il fondit sur les Thébains front contre front. Dès lors, heurtant bouclier contre bouclier, on pousse, on combat, on tue, on meurt. On n'entend aucun cri, et pourtant ce n'est pas le silence, mais un bruit comme celui que produisent la colère et la lutte. A la fin, les Thébains se frayèrent un passage vers l'Hélicon, mais beaucoup périrent dans la retraite. (13) Quand la victoire se fut déclarée pour Agésilas, comme on le rapportait, blessé, vers sa ligne de bataille, quelques cavaliers accoururent lui dire que quatre-vingts soldats ennemis s'étaient réfugiés dans le temple avec leurs armes et ils demandèrent ce qu'il fallait faire. Bien qu'il eût été blessé en maint endroit et par des armes de toute sorte, il n'oublia pas ce qu'il devait aux dieux et donna l'ordre de les laisser partir où ils voudraient, sans leur faire de mal. Il ordonna même aux cavaliers de son escorte de les accompagner jusqu'à ce qu'ils fussent en lieu sûr. (14) Le combat fini, on put voir sur le lieu de la rencontre la terre teinte de sang, les morts, amis et ennemis, gisant pêle-mêle, des boucliers en pièces, des lances brisées, des poignards sans fourreau, les uns à terre, les autres enfoncés dans les corps, les autres restés dans les mains des combattants. Comme il était déjà tard, les Lacédémoniens ramassèrent les cadavres des ennemis à l'intérieur de la phalange, puis dînèrent et se couchèrent. Le lendemain matin, Agésilas ordonna au polémarque Gylis de mettre les troupes sous les armes et de dresser un trophée, et à tous ses soldats de se couronner en l'honneur du dieu et à tous les joueurs de flûte de jouer de leurs instruments.(16) Tandis qu'on exécutait ces ordres, les Thébains envoyèrent un héraut demander une trêve pour ensevelir leurs morts. Elle leur fut accordée, et Agésilas partit pour son pays, ayant préféré, au lieu d'être le plus grand en Asie, commander et obéir en son pays conformément aux lois.                            



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Une maladie qui envahit la Grèce





[259] Νόσημα γάρ, ὦ ἄνδρες Ἀθηναῖοι, νόσημα δεινὸν ἐμπέπτωκεν εἰς τὴν Ἑλλάδα, καὶ χαλεπὸν καὶ πολλῆς τινὸς εὐτυχίας καὶ παρ’ ὑμῶν ἐπιμελείας δεόμενον. Οἱ γὰρ ἐν ταῖς πόλεσι γνωριμώτατοι καὶ προεστάναι τῶν κοινῶν ἀξιούμενοι, τὴν αὑτῶν προδιδόντες ἐλευθερίαν οἱ δυστυχεῖς, αὐθαίρετον αὑτοῖς ἐπάγονται δουλείαν, Φιλίππῳ ξενίαν καὶ ἑταιρίαν καὶ φιλίαν καὶ τοιαῦθ’ ὑποκοριζόμενοι· οἱ δὲ λοιποὶ καὶ τὰ κύρι’ ἅττα ποτ’ ἔστ’ ἐν ἑκάστῃ τῶν πόλεων, οὓς ἔδει τούτους κολάζειν καὶ παραχρῆμ’ ἀποκτιννύναι, τοσοῦτ’ ἀπέχουσι τοῦ τοιοῦτόν τι ποιεῖν ὥστε θαυμάζουσι καὶ ζηλοῦσι καὶ βούλοιντ’ ἂν αὐτὸς ἕκαστος τοιοῦτος εἶναι. [260] Καίτοι τοῦτο τὸ πρᾶγμα καὶ τὰ τοιαῦτα ζηλώματα Θετταλῶν μέν, ὦ ἄνδρες Ἀθηναῖοι, μέχρι μὲν χθὲς ἢ πρώην τὴν ἡγεμονίαν καὶ τὸ κοινὸν ἀξίωμ’ ἀπωλωλέκει, νῦν δ’ ἤδη καὶ τὴν ἐλευθερίαν παραιρεῖται· τὰς γὰρ ἀκροπόλεις αὐτῶν ἐνίων Μακεδόνες φρουροῦσιν· εἰς Πελοπόννησον δ’ εἰσελθὸν τὰς ἐν Ἤλιδι σφαγὰς πεποίηκε, καὶ τοσαύτης παρανοίας καὶ μανίας ἐνέπλησε τοὺς ταλαιπώρους ἐκείνους ὥσθ’, ἵν’ ἀλλήλων ἄρχωσι καὶ Φιλίππῳ χαρίζωνται, συγγενεῖς αὑτῶν καὶ πολίτας μιαιφονεῖν. [261] Καὶ οὐδ’ ἐνταῦθ’ ἕστηκεν, ἀλλ’ εἰς Ἀρκαδίαν εἰσελθὸν πάντ’ ἄνω καὶ κάτω τἀκεῖ πεποίηκε, καὶ νῦν Ἀρκάδων πολλοί, προσῆκον αὐτοῖς ἐπ’ ἐλευθερίᾳ μέγιστον φρονεῖν ὁμοίως ὑμῖν (μόνοι γὰρ πάντων αὐτόχθονες ὑμεῖς ἐστε κἀκεῖνοι), Φίλιππον θαυμάζουσι καὶ χαλκοῦν ἱστᾶσι καὶ στεφανοῦσι, καὶ τὸ τελευταῖον, ἂν εἰς Πελοπόννησον ἴῃ, δέχεσθαι ταῖς πόλεσίν εἰσιν ἐψηφισμένοι. [262] Ταὐτὰ δὲ ταῦτ’ Ἀργεῖοι. Ταῦτα νὴ τὴν Δήμητρα, εἰ δεῖ μὴ ληρεῖν, εὐλαϐείας οὐ μικρᾶς δεῖται, ὡς βαδίζον γε κύκλῳ καὶ δεῦρ’ ἐλήλυθεν, ὦ ἄνδρες Ἀθηναῖοι, τὸ νόσημα τοῦτο. Ἕως οὖν ἔτ’ ἐν ἀσφαλεῖ, φυλάξασθε καὶ τοὺς πρώτους εἰσαγαγόντας ἀτιμώσατε· εἰ δὲ μή, σκοπεῖθ’ ὅπως μὴ τηνικαῦτ’ εὖ λέγεσθαι δόξει τὰ νῦν εἰρημένα ὅτ’ οὐδ’ ὅ τι χρὴ ποιεῖν ἕξετε. [263] Οὐχ ὁρᾶθ’ ὡς ἐναργές, ὦ ἄνδρες Ἀθηναῖοι, καὶ σαφὲς παράδειγμ’ οἱ ταλαίπωροι γεγόνασιν Ὀλύνθιοι ; Οἳ παρ’ οὐδὲν οὕτως ὡς τὸ τοιαῦτα ποιεῖν ἀπολώλασιν οἱ δείλαιοι. Ἔχοιτε δ' ἂν ἐξετάσαι καθαρῶς ἐκ τῶν συμβεβηκότων αὐτοῖς. Ἐκεῖνοι γάρ, ἡνίκα μὲν τετρακοσίους ἱππέας ἐκέκτηντο μόνον καὶ σύμπαντες οὐδὲν ἦσαν πλείους πεντακισχιλίων τὸν ἀριθμόν, οὔπω Χαλκιδέων πάντων εἰς ἓν συνῳκισμένων.
                                                                                                                                                  Démosthène, sur les forfaitures de l’ambassade, 259-263




συνοικέω, ancien att. ξυνοικέω-ῶ : habiter ensemble ou avec;  vivre avec, former une communauté avec.
οὔπω Χαλκιδέων πάντων εἰς ἓν συνῳκισμένων : alors que les gens de Chalcidique n'étaient pas encore réunis en un seul Etat.







[259] En effet, une maladie, Athéniens, une maladie redoutable s'est abattue sur la Grèce, terrible, exigeant chez vous beaucoup de chance et beaucoup d'attention. Les plus notables dans chaque cité, ceux qui étaient jugés dignes de diriger l'Etat, livrant leur propre liberté (les malheureux !) attirent sur eux-mêmes une servitude volontaire et parlent gentiment, en faveur de Philippe, d'hospitalité, de camaraderie, d'amitié, etc... Les autres, tout ce qui a de l'autorité dans chaque pays, eux qui devraient châtier ces gens-là et les mettre à mort sur le champ, bien loin d'agir ainsi, les admirent, les envient et voudraient chacun personnellement, être comme eux. [260] Or, ces actes, les rivalités de cet ordre, jusqu'à hier ou avant-hier, avaient détruit chez les Thessaliens leur hégémonie et leur honneur national; maintenant cela leur enlève encore la liberté; car les Lacédémoniens ont des garnisons  dans certaines de leurs citadelles.  Pénétrant  dans le Péloponnèse, cela a provoqué le massacre d'Elis et a rempli les malheureux habitants de ce pays d'une telle folie et d'une telle fureur que, pour se commander mutullement et faire plaisir à Philippe, ils se souillent du sang de parents et de concitoyens.  [261]  Cela ne s'est même pas arrêté là. Pénétrant en Arcadie, cela a mis là-bas tout sens dessus dessous; maintenant beaucoup d'Arcadiens, qui devraient être fiers de leur liberté tout autant que vous (seuls au monde, eux et vous êtes autochtones), admirent Philippe, lui dressent une statue de bronze, le couronnent, et enfin ils ont voté, au cass où il viendrait dans le Péloponnèse, de l'accueillir dans leurs villes. De même les Argiens.  [262] Par Déméter, ce mal, pour parler sérieusement, exige les plus grandes précautions; car, en nous encerclant, il a même pénétré ici, Athéniens. Donc, tant que vous êtes encore en sûreté, tenez-vous sur vos gardes, et privez de leurs droits les premiers qui l'ont introduit; sinon, prenez garde que les paroles dites maintenant ne paraissent justifiées au moment même où vous n'aurez plus rien à faire. [263] Ne voyez-vous pas, Athéniens,  comme les pauvres Olynthiens ont donné un exemple clair et éclatant ? Eux qui n'ont pas succombé pour autre chose que pour avoir agi ainsi, les infortunés. Vous pourrez vous en rendre un compte exact d'après ce qui leur est arrivé. Quand ils avaient seulement quatre cents cavaliers et n'étaient pas au total plus de cinq mille, alors que les gens de Chalcidique n'étaient pas encore réunis en un seul Etat.
       trad. Georges Matthieu; éd. les belles lettres.





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Les devoirs d'un ambassadeur




(3) Τὸ μὲν οὖν ἐξελέγξειν πολλὰ καὶ δεινὰ πεποιηκότα τουτονὶ καὶ τῆς ἐσχάτης ὄντα τιμωρίας ἄξιον θαρρῶ καὶ πάνυ πιστεύω· ὃ δὲ καίπερ ὑπειληφὼς ταῦτα φοϐοῦμαι, φράσω πρὸς ὑμᾶς καὶ οὐκ ἀποκρύψομαι, ὅτι μοι δοκοῦσιν ἅπαντες οἱ παρ' ὑμῖν ἀγῶνες οὐχ ἧττον, ὦ ἄνδρες Ἀθηναῖοι, τῶν καιρῶν ἢ τῶν πραγμάτων εἶναι, καὶ τὸ χρόνον γεγενῆσθαι μετὰ τὴν πρεσϐείαν πολὺν δέδοικα, μή τινα λήθην ἢ συνήθειαν τῶν ἀδικημάτων ὑμῖν ἐμπεποιήκῃ.
(4) Ὡς δή μοι δοκεῖτ' ἂν ὅμως ἐκ τούτων καὶ γνῶναι τὰ δίκαια καὶ δικάσαι νυνί, τοῦθ' ὑμῖν λέξω· εἰ σκέψαισθε παρ' ὑμῖν αὐτοῖς, ὦ ἄνδρες δικασταί, καὶ λογίσαισθε τίνων προσήκει λόγον παρὰ πρεσϐευτοῦ λαϐεῖν. Πρῶτον μὲν τοίνυν ὧν ἀπήγγειλε, δεύτερον δ' ὧν ἔπεισε, τρίτον δ' ὧν προσετάξατ' αὐτῷ, μετὰ ταῦτα τῶν χρόνων, ἐφ' ἅπασι δὲ τούτοις, εἰ ἀδωροδοκήτως ἢ μὴ πάντα ταῦτα πέπρακται. (5) Τί δήποτε τούτων; Ὅτι ἐκ μὲν τῶν ἀπαγγελιῶν τὸ βουλεύσασθαι περὶ τῶν πραγμάτων ὑμῖν ἐστίν· ἂν μὲν οὖν ὦσιν ἀληθεῖς, τὰ δέοντ' ἔγνωτε, ἂν δὲ μὴ τοιαῦται, τἀναντία. Τὰς δὲ συμϐουλίας πιστοτέρας ὑπολαμϐάνετ' εἶναι τὰς τῶν πρέσϐεων· ὡς γὰρ εἰδότων περὶ ὧν ἐπέμφθησαν ἀκούετε· οὐδὲν οὖν ἐξελέγχεσθαι δίκαιός ἐστιν ὁ πρεσβευτὴς φαῦλον οὐδ' ἀσύμφορον ὑμῖν συμϐεϐουλευκώς.
(6)
Καὶ μὴν περὶ ὧν γε προσετάξατ' εἰπεῖν ἢ πρᾶξαι καὶ διαρρήδην ἐψηφίσασθε ποιῆσαι, προσήκει διῳκηκέναι. Εἶεν· τῶν δὲ δὴ χρόνων διὰ τί; Ὅτι πολλάκις, ὦ ἄνδρες Ἀθηναῖοι, συμϐαίνει πολλῶν πραγμάτων καὶ μεγάλων καιρὸν ἐν βραχεῖ χρόνῳ γίγνεσθαι, ὃν ἄν τις ἑκὼν καθυφῇ τοῖς ἐναντίοις καὶ προδῷ, οὐδ' ἂν ὁτιοῦν ποιῇ πάλιν οἷός τ' ἔσται σῶσαι.
(7)
Ἀλλὰ μὴν ὑπέρ γε τοῦ προῖκ' ἢ μή, τὸ μὲν ἐκ τούτων λαμϐάνειν, ἐξ ὧν ἡ πόλις βλάπτεται, πάντες οἶδ' ὅτι φήσαιτ' ἂν εἶναι δεινὸν καὶ πολλῆς ὀργῆς ἄξιον· ὁ μέντοι τὸν νόμον τιθεὶς οὐ διώρισεν τοῦτο, ἀλλ' ἁπλῶς εἶπε μηδαμῶς δῶρα λαμϐάνειν, ἡγούμενος, ὡς ἐμοὶ δοκεῖ, τὸν ἅπαξ λαϐόντα καὶ διαφθαρένθ' ὑπὸ χρημάτων οὐδὲ κριτὴν ἔτι τῶν συμφερόντων ἀσφαλῆ μένειν τῇ πόλει.
                                                                                                                                                                                       Démosthène, sur l'ambassade, 3-7


ἐξελέγχω (parf. passif ἐξελήλεγμαι ou ἐξήλεγμαι) : réfuter, confondre; fournir une preuve, démontrer.
ποιέω -ῶ (imparf. ἐποίουν, futur ποιήσω, aor. ἐποίησα, parf. πεποίηκα) : faire, fabriquer, exécuter, confectionner, produire, causer.
δεινός, ή, όν : qui inspire la crainte, et, par la suite, l’étonnement. --- cf. dico Bailly
ἔσχατος, η, ον : qui est à l’extrémité, extrême, dernier.
ἄξιος, α, ον : qui entraîne par son poids, qui est de poids; qui vaut, qui a la valeur de.
τὸ μὲν οὖν ἐξελέγξειν πολλὰ καὶ δεινὰ πεποιηκότα τουτονὶ καὶ τῆς ἐσχάτης ὄντα τιμωρίας ἄξιον θαρρῶ καὶ πάνυ πιστεύω : démontrer dans un instant que cet individu a commis bien des forfaits et mérite les derniers châtiments, j'en ai la pleine et ferme confiance.


διαφθείρω (futur διαφθερῶ, aor. διέφθειρα, parf.1 διέφθαρκα, parf.2 διέφθορα) : détruire; mettre à mal, corrompre.
ἅπαξ adv. : une fois, une seule fois.
ἡγούμενος, ὡς ἐμοὶ δοκεῖ, τὸν ἅπαξ λαϐόντα καὶ διαφθαρένθ' ὑπὸ χρημάτων οὐδὲ κριτὴν ἔτι τῶν συμφερόντων ἀσφαλῆ μένειν τῇ πόλει : pensant, (à ce que je crois) que quiconque a touché une fois et a été corrompu par l'argent ne reste plus pour l'Etat un sûr juge de ce qui est utile.


(3) Démontrer dans un instant que cet individu a commis bien des forfaits et mérite les derniers châtiments, j'en ai la pleine et ferme confiance.  Mais ce que je crains, malgré cette persuasion, je vais vous le dire : je ne vous dissimulerai pas que, selon moi, tous les débats qui ont lieu devant vous, Athéniens, portent tout autant sur les conjectures que sur les faits; or je crains que le long temps qui s'est écoulé depuis l'ambassade ne vous ait fait oublier ou rendu trop familières les fautes commises.
(4) La façon dont, à mon avis, vous pourriez malgré tout reconnaître la justice en cette affaire et pronocer aujourd'hui votre verdict, je vais vous le dire : ce serait d'examiner en vous mêmes, juges, et de calculer  de quoi l'on doit rendre responsable un ambassadeur. Tout d'abord de ses rapports; en second lieu de ses conseils; en troisième,  des instructions reçues de vous;  puis du temps employé; enfin, et par dessus tout,  de la façon intègre ou non dont il a agi en tout cela.
(5) Pourquoi est-il responsable de tout cela ? Parce ce que ses rapports vous permettent d'examiner la situation : s'ils sont véridiques, vous décidez ce qu'il faut; sinon, c'est le contraire. D'autre part vous jugez que les meilleurs conseils sont ceux des ambassadeurs; car, en les écoutant, vous vous dites qu'ils sont instruits de l'objet de leur mission; il est donc juste qu'on ne puisse convaincre l'ambassadeur de vous avoir conseillé rien de mauvais ni de désavantageux.
(6) En outre, il convient qu'il ait agi selon ce que vous lui avez ordonné de dire ou de faire et ce que vos votes lui ont explicitement ordonné d'exécuter. Et ensuite ? Pourquoi est-il  responsable du temps employé ? Parce que souvent, Athéniens, il arrive que l'occasion favorable à beaucoup de grandes actions dure peu; si quelqu'un abandonne volontairement  ou livre à l'adversaire cette occasion, quoi qu'il fasse, il ne pourra à nouveau la recouvrer.
(7) En ce qui concerne l'intégrité ou son contraire, recevoir de l'argent pour ce qui nuit à l'Etat, tous, je le sais, vous diriez que c'est un crime qui mérite la plus juste indignation. Mais celui qui a établi la loi n'a pas fait cette distinction; il a dit simplement qu'on ne reçoive de présents en aucun cas; il pensait (à ce que je crois) que quiconque a touché une fois et a été corrompu par l'argent ne reste plus pour l'Etat un sûr juge de ce qui est utile.
     trad. Geoges Mathieu; éd. les belles lettres.




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La vocation de Lucien

[10] Ἤν δ᾿ ἐμοὶ πείθῃ, πρῶτον μὲν σοι πολλὰ ἐπιδείξω παλαιῶν ἀνδρῶν ἔργα καὶ πράξεις θαυμαστὰς, καὶ λόγους αὐτῶν ἀπαγγέλουσα καὶ πάντων ὡς εἰπεῖν ἔμπειρον ἀποφαίνουσα, καὶ τὴν ψυχὴν, ὅπερ σου κυριώτατόν ἐστι, κατακοσμήσῳ πολλοῖς καὶ ἀγαθοῖς κοσμήμασι, σωφροσύνῃ, δικαιοσύνῃ, εὐσεϐείᾳ, πρᾳότητι, ἐπιεικίᾳ, συνέσει, καρτερίᾳ, τῷ τῶν καλῶν ἔρωτι, τῇ πρὸς τὰ σεμνότατα ὁρμῇ· ταῦτα γὰρ ἐστιν ὁ τῆς ψυχῆς ἀκήρατος ὡς ἀληθῶς κόσμος. Λήσει δὲ σε οὔτε νῦν γενέσθαι δέον, ἀλλὰ καὶ τὰ μέλλοντα πρόψει μετ᾿ ἐμοῦ, καὶ ὅλως ἅπαντα, ὁπόσα ἐστὶ, τά τε θεῖα τά τ᾿ ἀνθρώπινα, οὐκ εἰς μακράν σε διδάξομαι.

[11] Καὶ ὁ νῦν πένης ὁ τοῦ δεῖνος, ὁ βουλευσάμενός τι περὶ ἀγεννοῦς οὕτω τέχνης, μετ᾿ ὀλίγον ἅπασι ζηλωτὸς καὶ ἐπίφθονος ἔσῃ, τιμώμενος καὶ ἐπαινούμενος καὶ ἐπὶ τοῖς ἀρίστοις εὐδοκιμῶν καὶ ὑπὸ τῶν γένει καὶ πλούτῳ προὐχόντων ἀποϐλεπόμενος, ἐσθῆτα μὲν τοιαύτην ἀμπεχόμενος, δείξασα τὴν ἑαυτῆς· πάνυ δὲ λαμπρὰν ἐφόρει- ἀρχῇς δὲ καὶ προεδρίας ἀξιούμενος· κἄν που ἀποδημῇς, οὐδ᾿ ἐπὶ τῆς ἀλλοδαπῆς ἀγνὼς καὶ ἀφανὴς ἔσῃ· τοιαῦτα σοι περιθήσω τὰ γνωρίσματα, ὥστε τῶν ὁρώντων ἕκαστος τὸν πλησίον κινήσας δεει σε τῷ δακτύλῳ "οὖτος ἐκεῖνος" λέγων.

[12] Ἄν δὲ τι σπουδῆς ἄξιον ᾖ καὶ τοὺς φίλους ἢ καὶ τὴν πόλιν ὅλην καταλαμϐάνῃ, εἰς σὲ πάντες ἀποϐλέψονται• κἄν πού τι λέγων τύχῃς, κεχηνότες οἱ πολλοὶ ἀκούσονται, θαυμάζοντες καὶ εὐδαιμονίζοντές σε τῆς δυνάμεως τῶν λόγων καὶ τὸν πατέρα τῆς εὐποτμίας ὅ δὲ λέγουσιν, ὡς ἄρα καὶ ἀθάνατοι τινες γίγνονται ἐξ ἀνθρώπων, τοῦτό σοι περιποιήσω καὶ γὰρ ἤν αὐτὸς ἐκ τ0ῦ βίου ἀπέλθῃς, οὔποτε παύσῃ συνὼν τοῖς πεπαιδευμένοις καὶ προσομιλῶν τοῖς ἀρίστοις. Ὁρᾷς τὸν Δημοσθένην ἐκεῖνον, τίνος υἱὸν ὄντα ἐγὼ ἡλίκον ἐποίησα; Ὁρᾷς τὸν Αἰσχίνην, ὅς τυμπανιστρίας υἱὸς ἦν; Ἀλλ᾿ ὅμως αὐτὸν δι᾿ ἐμὲ Φίλιππος ἐθεράπευσεν.
Ὁ δὲ Σωκράτης καὶ αὐτὸς ὑπὸ τῇ ἑρμογλυφικῇ ταύτῃ τραφεὶς ἐπειδὴ τάχιστα συνῆκε τοῦ κρείττονος καὶ δραπετεύσας παρ᾿ αὐτῆς ηὐτομόλησεν ὡς ἐμὲ, ἀκούεις ὡς παρὰ πάντων ᾄδεται.

[13] Ἀφεὶς δὲ αὐτοὺς τηλικούτους καὶ τοιούτους ἄνδρας καὶ πράξεις λαμπρὰς καὶ λόγους σεμνοὺς καὶ σχήμα εὐπρεπὲς καὶ τιμὴν καὶ δόξαν καὶ ἔπαινον καὶ προεδρίας καὶ δυνάμεις καὶ ἀρχὰς καὶ τὸ ἐπὶ λόγοις εὐδοκιμεῖν καὶ τὸ ἐπὶ συνέσει εὐδαιμονίζεσθαι χιτώνιον τὶ πιναρὸν ἐνδύσῃ καὶ σχήμα δουλοπρεπὲς ἀναλήψῃ καὶ μοχλία καὶ γλυφεῖα καὶ κοπέας καὶ κολαπτῆρας ἐν ταῖν χεροῖν ἕξεις κάτω νενευκὼς εἰς τὸ ἔργον, χαμαιπετὴς καὶ χαμαίζηλος καὶ πάντα τρόπον ταπεινὸς, ἀνακύπτων δὲ οὐδέποτε οὐδὲ ἀνδρῶδες οὐδὲ ἐλεύθερον οὐδὲν ἐπινοῶν, ἀλλὰ τὰ μὲν ἔργα ὅπως εὔρυθμα καὶ εὐσχήμονα ἔσται σοι προνοῶν, ὅπως δὲ αὐτὸς εὔρυθμος καὶ κόσμιος ἔσῃ, ἥκιστα πεφροντικώς, ἀλλ᾿ ἀτιμότερον ποιῶν σεαυτὸν λίθων.
                                                                                                                                                                                                                    Lucien, le songe, 10-13


πείθω (futur πείσω, aor.1 ἔπεισα, parf. πέπεικα) : persuader, convaincre.
moyen πείθομαι (futur πείσομαι, aor.2 ἐπιθόμην; passif futur πεισθήσομαι, aor. ἐπείσθην, parf. πέπεισμαι) : se laisser persuader; croire, obéir. 
memento πέποιθα : j'ai confiance.
Ἤν δ᾿ ἐμοὶ πείθῃ, πρῶτον μὲν σοι πολλὰ ἐπιδείξω παλαιῶν ἀνδρῶν ἔργα καὶ πράξεις θαυμαστὰς : en revanche, si tu me fais confiance, je te montrerai d'abord beaucoup d'œuvres des hommes de l'antiquité.

ἀφίημι (imparf. ἀφίην ou ἠφίην, futur ἀφήσω, aor.1 ἀφῆκα, aor.2 *ἀφῆν) : laisser aller, lâcher, lancer, abandonner; négliger, se détourner de.
τηλικοῦτος, -αύτη, -οῦτο ou -οῦτον : de cet âge; aussi âgé; aussi jeune; aussi grand, aussi puissant, aussi important.
εὐπρεπής, ής, ές : de belle apparence, convenable, décent.
λαμπρός, ά, όν : brillant, splendide, magnifique.
σεμνός, ή, όν : vénérable, auguste, saint.
ἀφεὶς δὲ αὐτοὺς τηλικούτους καὶ τοιούτους ἄνδρας καὶ πράξεις λαμπρὰς καὶ λόγους σεμνοὺς καὶ σχήμα εὐπρεπὲς : si tu te détournes de ces hommes si grands et si remarquables, des actions éclatantes, des nobles discours, d'une tenue pleine de décence.





[10] En revanche, si tu me fais confiance, je te montrerai d'abord beaucoup d'œuvres des hommes de l'antiquité, je te rapporterai leurs actes et leurs paroles admirables, et je te donnerai l'expérience de tout, si j'ose dire. Je parerai ton âme, l'élément le plus important en toi, de nombreuses qualités, la tempérance, la piété, la douceur, la mesure, l'intelligence, la fermeté, l'amour du beau, le désir des biens les plus nobles, car en cela consiste véritablement la parure sans mélange de l'âme. Tu n'ignoreras rien de ce qui a été, de ce qui doit se passer maintenant, et tu pourras même prévoir avec moi l'avenir : en un mot, je t'enseignerai bientôt tout ce qui existe, les choses divines et humaines.

[11] Et toi qui es maintenant pauvre, fils d'un inconnu, qui avais envisagé un métier aussi vil, tu seras d'ici peu pour tous un objet d'émulation et de jalousie, honoré et loué, en haute estime auprès des hommes les plus éminents, attirant les regards de ceux qui se distinguent par leur naissance ou leur fortune, vêtus d'habits tels que ceux-ci (elle me montra les siens : elle en portait de très brillants), jugé digne de magistratures et du premier rang. Si tu voyages, tu ne seras pas inconnu et obscur, même en terre inconnu. Les signes de reconnaissance dont je t'entourerai seront tels que chacun de ceux qui les verront dira, en poussant son voisin et te montrant du doigt : " C'est lui".

[12]Si quelque événement important arrive à  tes amis ou à toute la cité, tous les regards se tourneront vers toi :  si tu viens à prendre la parole, la foule t'écoutera bouche bée, pleine d'admiration, te félicitant, toi, de ta puissance oratoire, et pour ton père pour la chance qu'il a.  On dit de certains êtres qu'ils ont quitté la condition humaine pour devenir immortels : eh bien, je t'accorderai ce don. Même quand tu auras quitté la vie, tu ne cesseras jamais de vivre en compagnie de gens cultivés et de fréquenter les hommes les meilleurs. Tu vois Démosthène, de qui il était le fils, et quel grand homme j'en ai fait. Tu vois Eschine : il était le fils d'une joueuse de tambourin, et pourtant, grâce à moi, Philippe le courtisait. Et Socrate lui-même, qui avait été élevé sous la domination de cette femme, Sculpture, déserta son camp pour se réfugier auprès de moi, dès qu'il comprit ce qui était le meilleur : or tu sais à quel point tous chantent ses louanges.

[13]"Si tu te détournes de ces hommes si grands et si remarquables, des actions éclatantes, des nobles discours, d'une tenue pleine de décence,  de l'honneur, de la renommée,  des louanges, de la préséance, du pouvoir, des charges officielles, de la gloire oratoire, des félicitations dues à ton intelligence, tu revêtiras une petite tunique malpropre, tu prendras l'apparence d'un esclave, tu tiendras dans tes deux mains des levers, des gouges, des ciseaux et des burins, tu seras penché sur ton ouvrage, courbé vers le sol, et bornant à celui-ci tes désirs, vil en tout ton caractère, la tête baissée, sans jamais une pensée virile ou digne d'un homme libre. Tu veilleras à ce que tes ouvrages soient bien équilibrés et bien agencés, mais de te rendre toi-même bien équilibré et harmonieux, tu n'auras nul souci. Bien au contraire,  tu donneras moins de valeur à ta personne qu'à tes pierres.
                            trad. Anne-Marie Ozanam; éd. les belles lettres






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Cruauté des Trente

6 Θέογνις γὰρ καὶ Πείσων ἔλεγον ἐν τοῖς τριάκοντα περὶ τῶν μετοίκων, ὡς εἶέν τινες τῇ πολιτείᾳ ἀχθόμενοι· καλλίστην οὖν εἶναι πρόφασιν τιμωρεῖσθαι μὲν δοκεῖν, τῷ δ' ἔργω χρηματίζεσθαι· πάντως δὲ τὴν μὲν πόλιν πένεσθαι τὴν δ' ἀρχὴν δεῖσθαι χρημάτων. 7 Καὶ τοὺς ἀκούοντας οὐ χαλεπῶς ἔπειθον· ἀποκτιννύναι μὲν γὰρ ἀνθρώπους περὶ οὐδενὸς ἡγοῦντο, λαμϐάνειν δὲ χρήματα περὶ πολλοῦ ἐποιοῦντο. Ἔδοξεν οὖν αὐτοῖς δέκα συλλαϐεῖν, τούτων δὲ δύο πένητας, ἵνα αὐτοῖς ᾖ πρὸς τοὺς ἄλλους ἀπολογία, ὡς οὐ χρημάτων ἕνεκα ταῦτα πέπρακται, ἀλλὰ συμφέροντα τῇ πολιτεία γεγένηται, ὥσπερ τι τῶν ἄλλων [εὐλόγως πεποιηκότες].

8 Διαλαϐόντες δὲ τὰς οἰκίας ἐϐάδιζον· καὶ ἐμὲ μὲν ξένους ἑστιῶντα κατέλαϐον, οὓς ἐξελάσαντες Πείσωνί με παραδιδόασιν· οἱ δὲ ἄλλοι εἰς τὸ ἐργαστήριον ἐλθόντες τὰ ἀνδράποδα ἀπεγράφοντο. 9 Ἐγὼ δὲ Πείσωνα μὲν ἠρώτων εἰ βούλοιτό με σῶσαι χρήματα λαϐών. Ὁ δ' ἔφασκεν, εἰ πολλὰ εἴη. Εἶπον ὅτι τάλαντον ἀργυρίου ἕτοιμος εἴην δοῦναι· ὁ δ' ὡμολόγησε ταῦτα ποιήσειν. Ἠπιστάμην μὲν οὖν ὅτι οὔτε θεοὺς οὔτ' ἀνθρώπους νομίζει, ὅμως δ' ἐκ τῶν παρόντων ἐδόκει μοι ἀναγκαιότατον εἶναι πίστιν παρ' αὐτοῦ λαϐεῖν. 10 Ἐπειδὴ δὲ ὤμοσεν, ἐξώλειαν ἑαυτῷ καὶ τοῖς παισὶν ἐπαρώμενος, λαϐὼν τὸ τάλαντόν με σώσειν, εἰσελθὼν εἰς τὸ δωμάτιον τὴν κιϐωτὸν ἀνοίγνυμι. Πείσων δ' αἰσθόμενος εἰσέρχεται, καὶ ἰδὼν τὰ ἐνόντα καλεῖ τῶν ὑπηρετῶν δύο, καὶ τὰ ἐν τῇ κιϐωτῷ λαβεῖν ἐκέλευσεν. 11 Ἐπεὶ δὲ οὐχ ὅσον ὡμολόγητο εἶχεν, ὦ ἄνδρες δικασταί, ἀλλὰ τρία τάλαντα ἀργυρίου καὶ τετρακοσίους κυζικηνοὺς καὶ ἑκατὸν δαρεικοὺς καὶ φιάλας ἀργυρᾶς τέτταρας, ἐδεόμην αὐτοῦ ἐφόδιά μοι δοῦναι.  ὁ δ' ἀγαπήσειν με ἔφασκεν, εἰ τὸ σῶμα σώσω.

17 Πολεμάρχῳ δὲ παρήγγειλαν οἱ τριάκοντα τοὐπ' ἐκείνων εἰθισμένον παράγγελμα, πίνειν κώνειον, πρὶν τὴν αἰτίαν εἰπεῖν δι' ἥντινα ἔμελλεν ἀποθανεῖσθαι· οὕτω πολλοῦ ἐδέησε κριθῆναι καὶ ἀπολογήσασθαι. 18 Καὶ ἐπειδὴ ἀπεδέρετο ἐκ τοῦ δεσμωτηρίου τεθνεώς, τριῶν ἡμῖν οἰκιῶν οὐσῶν ἐξ οὐδεμιᾶς εἴασαν ἐξενεχθῆναι, ἀλλὰ κλεισίον μισθωσάμενοι προὔθεντο αὐτόν. Καὶ πολλῶν ὄντων ἱματίων αἰτοῦσιν οὐδὲν ἔδοσαν εἰς τὴν ταφήν, ἀλλὰ τῶν φίλων ὁ μὲν ἱμάτιον, ὁ δὲ προσκεφάλαιον, ὁ δὲ ὅ τι ἕκαστος ἔτυχεν ἔδωκεν εἰς τὴν ἐκείνου ταφήν. 19 Καὶ ἔχοντες μὲν ἑπτακοσίας ἀσπίδας τῶν ἡμετέρων, ἔχοντες δὲ ἀργύριον καὶ χρυσίον τοσοῦτον, χαλκὸν δὲ καὶ κόσμον καὶ ἔπιπλα καὶ ἱμάτια γυναικεῖα ὅσα οὐδεπώποτε ᾤοντο κτήσεσθαι, καὶ ἀνδράποδα εἴκοσι καὶ ἑκατόν, ὧν τὰ μὲν βέλτιστα ἔλαϐον, τὰ δὲ λοιπὰ εἰς τὸ δημόσιον ἀπέδοσαν, εἰς τοσαύτην ἀπληστίαν καὶ αἰσχροκέρδειαν ἀφίκοντο καὶ τοῦ τρόπου τοῦ αὑτῶν ἀπόδειξιν ἐποιήσαντο· τῆς γὰρ Πολεμάρχου γυναικὸς χρυσοῦς ἑλικτῆρας, οὓς ἔχουσα ἐτύγχανεν, ὅτε [τὸ] πρῶτον ἦλθεν εἰς τὴν οἰκίαν Μηλόϐιος ἐκ τῶν ὤτων ἐξείλετο.
                                                                                                                                                                                 Lysias, contre Eratosthène, 6-11; 17-19


ἄχθομαι (futur ἀχθέσομαι ou ἀχθεσθήσομαι, aor. ἠχθέσθην) : être chargé; être accablé, souffrir; supporter.
Θέογνις γὰρ καὶ Πείσων ἔλεγον ἐν τοῖς τριάκοντα περὶ τῶν μετοίκων, ὡς εἶέν τινες τῇ πολιτείᾳ ἀχθόμενοι : Théognis et Pison déclarèrent dans le Conseil des Trente que, parmi les métèques, il y en avait d'hostiles à la constitution.


διαλαμϐάνω (futur διαλήψομαι, aor.2 διέλαϐον, parf. διείληφα, etc.) : prendre ou recevoir séparément;  diviser, séparer, se répartir.
ἑστιάω, -ῶ (imparf. εἱστίων, futur ἑστιάσω, aor. εἱστίασα) : recevoir à son foyer, donner l’hospitalité à; recevoir à sa table.
ἐξελαύνω (futur ἐξελάσω, att. et ion. ἐξελῶ, aor. ἐξήλασα, parf. ἐξελήλακα) : pousser hors de; expulser, chasser.
παραδίδωμι (futur παραδώσω, etc.) : remettre de la main à la main; livrer, remettre.
διαλαϐόντες δὲ τὰς οἰκίας ἐϐάδιζον· καὶ ἐμὲ μὲν ξένους ἑστιῶντα κατέλαϐον, οὓς ἐξελάσαντες Πείσωνί με παραδιδόασιν : ils se partageaient donc les maisons, et les voilà en route; pour moi, ils me trouvent à table avec des hôtes; ils les chassent et me livrent à Pison.

ἑλικτήρ, ῆρος (ὁ) : objet enroulé ou recourbé; boucle de cheveux; pendant d’oreilles.
ἐξαιρέω-ῶ (futur ἐξαιρήσω, aor.2 ἐξεῖλον, parf. ἐξῄρηκα) : extraire, retrancher; ôter, enlever.
οὖς, gén. ὠτός (τὸ) : oreille.
τῆς γὰρ Πολεμάρχου γυναικὸς χρυσοῦς ἑλικτῆρας, οὓς ἔχουσα ἐτύγχανεν, ὅτε [τὸ] πρῶτον ἦλθεν εἰς τὴν οἰκίαν Μηλόϐιος ἐκ τῶν ὤτων ἐξείλετο : la femme de Polémarque avait des pendants d'or qu'elle possédait lorsqu'elle entra dans la maison : Mélibios les lui arracha des oreilles.






6 Théognis et Pison déclarèrent dans le Conseil des Trente que, parmi les métèques, il y en avait d'hostiles à la constitution : "excellent prétexte pour se procurer de l'argent, sous couleur de faire un exemple; la ville était sans ressources et le pouvoir avait besoin de fonds. 7 Ils n'eurent pas de peine à persuader des auditeurs qui comptaient pour rien la vie des gens, et pour beaucoup l'argent qu'ils en tireraient. On décida d'arrêter dix métèques, et, dans le groupe, deux pauvres, afin de pouvoir protester auprès du public que la mesure avait été dicté non par la cupidité, mais par l'intérêt de l'Etat, comme tout le reste.

8 Ils se partageaient donc les maisons, et les voilà en route. Pour moi, ils me trouvent à table avec des hôtes; ils les chassent et me livrent à Pison. Le reste de la bande entre dans l'atelier et dresse la liste des esclaves. Je dis à Pison : "Veux-tu me sauver pour de l'argent" ?  9 "Oui", répond-il, "si la somme est forte". Je me déclarai prêt à lui donner un talent. "Entendu", fit-il. Je le connaissais pour n'avoir ni foi ni loi; pourtant, dans ma situation, il me parut indispensable d'exiger de lui un serment.  10 Il jura sur la tête de ses enfants et sur la sienne de me sauver la vie pour un talent. J'entre alors dans ma chambre, et j'ouvre mon coffre. Pison s'en aperçoit, entre à son tour, et, voyant le contenu, il appelle deux de ses aides et leur ordonne de s'en saisir. 11 Ce n'était plus seulement la somme convenu, juges, mais trois talents d'argent, quatre cents cyzicènes, cent dariques et quatre coupes d'argent : je lui demandai de me laisser au moins de quoi voyager. "Tu devras t'estimer heureux, me répondit-il,  si tu as la vie sauve". 

17 Quant à Polémarque, les Trente lui envoyèrent leur ordre habituel, celui de boire la ciguë, sans lui faire connaître le motif de sa condamnation, à plus forte raison sans le juger ni le laisser se défendre. 18 Une fois mort, ils l'emportèrent hors de la prison; mais au lieu de laisser le convoi partir d'une des trois maisons qui nous appartenaient, ils louèrent un hangar pour y exposer le corps. Nous avions beaucoup de manteaux, mais quand on en demanda, ils n'en donnèrent pas un seul pour les funérailles; mais ce furent nos amis qui fournirent, l'un un manteau, l'autre un coussin, chacun enfin ce qu'il pouvait avoir, pour l'ensevelir. 19 Ils avaient à nous sept cents boucliers, ils avaient de l'argent et de l'or en quantité, du cuivre, des bijoux, des meubles, des vêtements de femmes plus qu'ils  n'avaient jamais espéré en prendre, sans parler de cent vingt esclaves, dont ils gardèrent les meilleurs pour eux, abandonnant le reste au trésor. Voyez pourtant jusqu'où alla leur insatiable cupidité et comment ils montrèrent ce qu'ils étaient. La femme de Polémarque avait des pendants d'or qu'elle possédait lorsqu'elle entra dans la maison : Mélibios les lui arracha des oreilles.
       trad. Louis Gernet et Marcel Bizos; éd. les belles lettres






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La morale de Calliclès   



 (Καλλίκλης)
 
πάνυ γε σφόδρα, ὦ Σώκρατες. ἐπεὶ πῶς ἂν εὐδαίμων γένοιτο ἄνθρωπος δουλεύων ὁτῳοῦν; ἀλλὰ τοῦτ' ἐστὶν τὸ κατὰ φύσιν καλὸν καὶ δίκαιον, ὃ ἐγώ σοι νῦν παρρησιαζόμενος λέγω, ὅτι δεῖ τὸν ὀρθῶς βιωσόμενον τὰς μὲν ἐπιθυμίας τὰς ἑαυτοῦ ἐᾶν ὡς μεγίστας εἶναι καὶ μὴ κολάζειν. (492a) ταύταις δὲ ὡς μεγίσταις οὔσαις ἱκανὸν εἶναι ὑπηρετεῖν δι' ἀνδρείαν καὶ φρόνησιν, καὶ ἀποπιμπλάναι ὧν ἂν ἀεὶ ἡ ἐπιθυμία γίγνηται.

ἀλλὰ τοῦτ' οἶμαι τοῖς πολλοῖς οὐ δυνατόν· ὅθεν ψέγουσιν τοὺς τοιούτους δι' αἰσχύνην, ἀποκρυπτόμενοι τὴν αὑτῶν ἀδυναμίαν, καὶ αἰσχρὸν δή φασιν εἶναι τὴν ἀκολασίαν, ὅπερ ἐν τοῖς πρόσθεν ἐγὼ ἔλεγον, δουλούμενοι τοὺς βελτίους τὴν φύσιν ἀνθρώπους, καὶ αὐτοὶ οὐ δυνάμενοι ἐκπορίζεσθαι ταῖς ἡδοναῖς πλήρωσιν (492b) ἐπαινοῦσιν τὴν σωφροσύνην καὶ τὴν δικαιοσύνην διὰ τὴν αὑτῶν ἀνανδρίαν. ἐπεὶ ὅσοις ἐξ ἀρχῆς ὑπῆρξεν ἢ βασιλέων ὑέσιν εἶναι ἢ αὐτοὺς τῇ φύσει ἱκανοὺς ἐκπορίσασθαι ἀρχήν τινα ἢ τυραννίδα ἢ δυναστείαν, τί τῇ ἀληθείᾳ αἴσχιον καὶ κάκιον <ἂν> εἴη σωφροσύνης καὶ δικαιοσύνης τούτοις τοῖς ἀνθρώποις, οἷς ἐξὸν ἀπολαύειν τῶν ἀγαθῶν καὶ μηδενὸς ἐμποδὼν ὄντος, αὐτοὶ ἑαυτοῖς δεσπότην ἐπαγάγοιντο τὸν τῶν πολλῶν ἀνθρώπων νόμον τε καὶ λόγον καὶ ψόγον ; ἢ πῶς οὐκ ἂν ἄθλιοι γεγονότες (492c) εἶεν ὑπὸ τοῦ καλοῦ τοῦ τῆς δικαιοσύνης καὶ τῆς σωφροσύνης, μηδὲν πλέον νέμοντες τοῖς φίλοις τοῖς αὑτῶν ἢ τοῖς ἐχθροῖς, καὶ ταῦτα ἄρχοντες ἐν τῇ ἑαυτῶν πόλει; ἀλλὰ τῇ ἀληθείᾳ, ὦ Σώκρατες, ἣν φῂς σὺ διώκειν, ὧδ' ἔχει· τρυφὴ καὶ ἀκολασία καὶ ἐλευθερία, ἐὰν ἐπικουρίαν ἔχῃ, τοῦτ' ἐστὶν ἀρετή τε καὶ εὐδαιμονία, τὰ δὲ ἄλλα ταῦτ' ἐστὶν τὰ καλλωπίσματα, τὰ παρὰ φύσιν συνθήματα ἀνθρώπων, φλυαρία καὶ οὐδενὸς ἄξια.

 (Σωκράτης)

(492d) οὐκ ἀγεννῶς γε, ὦ Καλλίκλεις, ἐπεξέρχῃ τῷ λόγῳ παρρησιαζόμενος· σαφῶς γὰρ σὺ νῦν λέγεις ἃ οἱ ἄλλοι διανοοῦνται μέν, λέγειν δὲ οὐκ ἐθέλουσιν.
                                                                                                                                                                                                 Platon, Gorgias, 491e-492d
                                               

ὑπηρετέω, -ῶ (futur ὑπηρετήσω, aor. ὑπηρέτησα, parf. ὑπηρέτηκα) : servir comme rameur ou comme matelot; servir, aider, assister, se mettre à la disposition de.
ἀνδρεία, ας (ἡ) : virilité, énergie, bravoure, courage.
φρόνησις, εως (ἡ) : pensée, dessein; intelligence raisonnable, raison, sagesse.
ἀποπίμπλημι (futur ἀποπλήσω, etc.) : remplir complètement.
ἀποπιμπλάναι ἐπιθυμίας : satisfaire ses désirs.
ἐπιθυμία, ας (ἡ) : désir, souhait.
ἐν ἐπιθυμίᾳ εἶναί τινος, PLAT. Prot. 318a, ou γίγνεσθαι, PLAT. Leg. 841c : avoir le désir de quelque chose.
γίγνομαι (imparf. ἐγιγνόμην, futur γενήσομαι, aor.2 ἐγενόμην) : devenir; naître. --- voir conj. subjonctif.
ταύταις δὲ ὡς μεγίσταις οὔσαις ἱκανὸν εἶναι ὑπηρετεῖν δι' ἀνδρείαν καὶ φρόνησιν, καὶ ἀποπιμπλάναι ὧν ἂν ἀεὶ ἡ ἐπιθυμία γίγνηται : lorsqu'elles sont ainsi parvenues à leur plus grand développement, il faut être en état de les satisfaire par son courage et son intelligence, et de remplir chaque désir à mesure qu'il naît.


                                             
CALLICLÈS.
Tu parles d'eux très expressément, Socrate. Qui donc, en effet, peut être heureux, s'il est esclave de qui que ce soit ? Non; le beau et le juste, selon la nature, c'est ce que je suis en train de t'expliquer sans déguisement : à savoir, que pour bien vivre, il faut entretenir en soi-même les plus fortes passions au lieu de les réprimer, (492a) et qu'à ces passions, quelles que fortes qu'elles soient, il faut se mettre en état de donner satisfaction par son courage et son intelligence, en leur prodiguant tout ce qu'elles désirent.

Mais cela, sans doute,  n'est pas à la portée du vulgaire; de là vient que la foule blâme ceux qu'elle rougit de ne pouvoir imiter, dans l'espoir de cacher par là sa propre faiblesse; elle déclare que l'intempérance est honteuse, s'appliquant, comme je le disais précédemment, à asservir les hommes mieux doués par la nature, et, faute de pouvoir elle-même procurer à ses passions une satisfaction complète, (492b) elle vante la tempérance et la justice à cause de sa propre lâcheté. Quand un homme est né de roi ou trouve d'abord en lui-même la force nécessaire pour conquérir un commandement, une tyrannie, un pouvoir suprême, que pourrait-il, en vérité, y avoir de plus honteux et de plus funeste pour un homme qu'une sage tempérance ? Quand on peut jouir de tous les biens sans que personne y fasse obstacle, on se donnerait pour maître à soi-même la loi de la foule, ses propos et son blâme ? Et comment cet homme ne serait-il pas malheureux, du fait de la morale, selon la justice et la tempérance, lorsqu'il ne pourrait rien donner de plus à ses amis qu'à ses ennemis, et cela dans sa propre cité, où il serait le maître ?

La vérité, Socrate, que tu prétends chercher, la voici : la vie facile, l'intempérance, la licence, quand elles sont favorisées, font la vertu et le bonheur; le reste, toutes ces fantasmagories qui reposent sur les conventions humaines contraires à la nature, n'est que sottise et néant.

SOCRATE.
(492d) Ton exposé, Calliclès, ne manque ni de bravoure ni de  franchise : tu as exprimé clairement ce que les autres pensent, mais n'osent pas dire.
                    trad. Alfred Croiset et Jean-François Pradeau; éd. les belles lettres









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